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Santé : mieux vaut mourir chez soi qu’à la clinique du spécialiste

Il n’y a pas de meilleure phrase d’accroche pour commencer ce billet. Alors je me lance avec l’incompréhension qui m’anime, la volonté qui est mienne de comprendre les choses, ou du moins essayer, et bien évidemment ma rage, celle d’un patient qui jusqu’ici se voulait positif malgré les réalités d’un système de santé déjà asphyxié et sous protocole de transfusion massive car ‘’un peu’’ optimiste dans l’âme ! Énième désenchantement ! Malgré moi.

Face au capitalisme dans le monde de la santé, aucune morale médicale n’existe et le code de la déontologie est aux oubliettes. Il y a de l’argent en jeu, beaucoup d’argent, tant au niveau de la production que de la consommation et cela définit largement le pilier du système capitaliste dans l’univers de la santé. Peu importe le niveau de développement du pays.

Crédit Photo : Medsile/Iwaria

Tout commence ce jour-là…

Il y a quelques mois, suite à des problèmes de santé dont je vais vous épargner les détails, mon médecin traitant me dit d’aller consulter un cardiologue afin de trouver d’éventuelles réponses pour une histoire de douleur thoracique dont j’ai été victime la nuit précédente. Il faut se dire que cette consultation n’est pas le fruit du hasard car des mois avant, j’avais eu des problèmes de tachycardie sinusale. Mais revenons à nos moutons ! Mes fortes douleurs au thorax ont commencé la nuit, un vendredi et le samedi matin, mon médecin me dit d’aller sans trainer dans cette clinique de cardiologie. J’y suis allé dans l’heure même, convaincu de me retrouver entre de bonnes mains car, ce cardiologue était une référence selon mon médecin.

A l’accueil, une dame un peu froide me reçoit. Je lui dis que j’étais là pour voir un médecin. Ce à quoi elle a rétorqué : ‘’consultation 10.000 Frs, électrocardiogramme 10.000 Frs et un carnet à 1.000 Frs’’. Au moment de régler ma note, dans ma tête, je me posais des questions : et est-ce le médecin ? Il était peu probable pourtant. Pourquoi me demande-t-elle de passer un examen avant même que je ne sois consulté ? Pour anticiper les choses ? C’est comme cela que fonctionne la clinique ? J’étais occupé à mes questionnements, quand elle me dit après avoir pris de mes mains l’argent, qu’elle n’avait pas de petites coupures. Au même moment, entrait un monsieur avec une femme âgée en souffrance, visiblement sa mère. Je cédais aussitôt ma place et dis à la dame de l’accueil qu’elle me remettra ma monnaie quand elle aura trouvé puisque j’allais être dans la clinique pendant encore un moment. Je m’assieds sur une chaise dans cette pièce même, attendant que l’on m’appelle pour mon examen. Ce fut mon tour au bout d’une heure environ. 

Une jeune femme m’invita dans une pièce exiguë attenante à la salle de réception, il y avait des machines que je n’avais encore jamais vu avant et elle me somma de me déshabiller (sans même une invitation à dîner avant cela dit lol). J’étais dans la salle où l’on pratique l’électrocardiogramme. L’examen aura duré moins de 10 minutes, je suis invité à me retirer et d’attendre le résultat qui sera interprété par le cardiologue. Deux heures plus tard, ce fut enfin mon tour pour la consultation. Un jeune homme d’à peine la trentaine me reçoit. Il n’était pas très bavard, me pose quelques questions et me fait une palpation de l’abdomen sur une table de consultation dans le bureau même. Entre alors, un monsieur, la cinquantaine, peut-être même la soixantaine bien tassée. J’ai alors compris que c’était le cardiologue et le jeune son assistant, sûrement un interne en médecine ou un jeune médecin. 

Crédit Photo : AMISOM/Iwaria

C’est à ce moment-là que l’élément déclencheur de ce billet va surgir !

C’est à peine si le médecin m’a adressé la parole. Ensuite, il s’est retourné vers son assistant pour lui demander de lui dire ce que j’avais, le tout pendant que j’étais là, assis, en face de lui !!! Pourquoi ? Est-ce une pratique courante chez les médecins ? Est-ce par respect au jeune-homme ? Est-ce normal ? Je n’en revenais pas. Pourquoi ne me pose-t-il pas des questions directement alors qu’il n’y avait même pas une barrière de langue ? J’observais la scène médusé pendant qu’il remplissait mon carnet de santé de ce que lui racontait son assistant. Il s’est enfin retourné vers moi, le regard à peine intéressé, le nez dans le carnet et m’a posé deux questions. Je débordais d’incompréhension et en même temps, pour me calmer, je pensais à mon pauvre cœur…

Il a vérifié le résultat de l’électrocardiogramme et m’a dit que tout était normal mais que par rapport à mes antécédents de santé, il fallait faire d’autres examens pour se rassurer de ne pas passer à côté de quelque chose. Je n’avais plus envie de continuer la consultation mais il me fallait des réponses, je me suis alors retrouvé là, impuissant, suspendu à ses lèvres et à son stylo alignant sur une fiche des examens par dizaine et sur une autre une échographie du cœur ! Mon niveau d’angoisse a augmenté drastiquement ! Une échographie du cœur demandais-je ? Oui, une échographie du cœur mais pour le faire, vous devez revenir le mardi dans l’après-midi ! C’étaient les derniers mots du cardiologue qui appuya sur une sonnette pour faire entrer le patient suivant.

Je ne vous cache rien. A ce moment-là montait en moi une colère noire ! On était samedi, il fallait que je rentre pour revenir le mardi dans l’après-midi afin de faire cette fameuse échographie du cœur mais entre-temps, qu’est-ce que je fais de mes douleurs thoraciques ? Ces douleurs même qui ont conduit mes pas dans cette clinique… Ma consultation aura duré moins de 10 minutes, je n’ai eu le temps de poser aucune question : le patient suivant attendait que je lui libère le siège pour s’asseoir. A peine sortie de là, j’appelle mon médecin au téléphone et lui explique ma mésaventure. Oui, pour moi, ça en était une ! On se rencontre, il me consulte et me dit la conduite à tenir en m’encourageant à repartir faire l’échographie du cœur chez le cardiologue. « Il faut qu’on sache avec exactitude ce dont tu souffres », me dit-il

Crédit Photo : AMISOM/Iwaria

Deuxième rendez-vous à la clinique 

Je repars le mardi à 16 heures comme convenu. J’attends environ une heure à la salle d’attente puis l’assistant du médecin m’invite dans la salle d’échographie. Je m’allonge sur le lit, le cardiologue entre, ne me salut pas et me somme de me retourner sur le côté gauche. Il commence ensuite l’échographie. Il dictait des paramètres a son assistant assis devant un ordinateur à noter tout ce qu’il lui disait. Après quelques minutes, il me tend un papier toilette pour me nettoyer le torse et sort précipitamment de la salle. Son assistant m’imprime les résultats de l’échographie et me dit : « Vous n’avez rien mais vous devez revenir demain à 16 heures pour voir le médecin. Pourquoi est-ce que je ne peux pas le voir maintenant ? Il est occupé, il y a beaucoup de patients programmés pour l’échographie et il est le seul à pouvoir le faire. Puisque vous dites que je n’ai rien, pourquoi devrais-je revenir ? Pour interpréter les résultats de vos examens sanguins. Ah oui, ces examens ! »

Troisième rendez-vous à la clinique

Cette fois-là quand je repars à la clinique, l’assistant n’est pas là. Le médecin est venu avec un retard et a commencé à recevoir les patients par ordre d’arrivée. Quand ce fut mon tour, je suis entré dans la salle de consultation avec une humeur massacrante, je ne voulais pas parler. Alors je me suis tu ! Il a interprété les résultats, découvert quelques petits problèmes, m’a fait une ordonnance et m’a demandé de revenir après le traitement pour d’autres examens. Jamais avant je n’avais rencontré un médecin aussi froid. Je suis sorti de cette salle en me promettant de ne plus repartir dans cette clinique ! 

Sur l’ordonnance, il y avait un antibiotique que je prenais déjà parce que prescrit par mon médecin traitant qui m’alerta et me défendit de le prendre au risque de faire un surdosage. Pourquoi le cardiologue n’a-t-il pas pris le temps pendant les consultations de me poser des questions à ce sujet, de comprendre mes antécédents de santé qui auraient pu conduire à tout cela ? Une chose est sûre, pour l’argent, il était bien plus cohérent mais pour quels services finalement ? 

Crédit Photo : AMISOM/Iwaria

Quand il y en a plus, il y en a encore !

Mon périple me conduit deux jours plus tard dans une clinique d’ophtalmologie pour un examen du fond de l’œil. Après avoir payé 10.000 FCFA pour la consultation, je patiente près de quatre heures pour enfin être reçu par le médecin. Il était accueillant et m’a posé plusieurs questions, nous avons discuté pendant qu’il m’examinait. Quand il eut fini, il m’interpréta mes résultats. Là aussi, rien de bien méchant. Il m’a fait une ordonnance de collyre et m’a encouragé à continuer de faire ces examens annuels comme j’en ai l’habitude. Sauf qu’au moment de partir, il m’interpella : « Il faut que vous fassiez un autre examen. Une rétinographie ! Qu’est-ce que c’est ? C’est une sorte de photo de votre fond de l’œil. » Il sorti d’un tiroir de son étagère un cliché de cet examen d’un autre patient pour me montrer ce à quoi cela ressemblait. Puis, me dit que ce patient à des dégâts dans l’œil gauche et que c’était sérieux s’il n’avait pas un bon suivi. J’avais l’impression qu’il me faisait culpabiliser si je ne faisais pas cet examen. Je ne vous cache pas que j’étais en colère. J’ai demandé au docteur si j’avais un quelconque problème aux yeux ce à quoi il m’a répondu que non. C’est juste pour vous permettre de garder un cliché de votre fond de l’œil pour les prochaines consultations. Combien coûte cet examen ? Il me répond 30.000 FCFA, prenez un rendez-vous à la réception et revenez la semaine prochaine, le mercredi pour les examens…

Ce fut une autre phase de montagnes russes d’incompréhension ! Mais heureusement, il y a encore des médecins avec un cœur et une part d’humanité en eux, ceux qui ont le sens de la déontologie et l’amour de leur métier, ceux qui mettent la priorité de leurs patients bien avant le gain financier.

Je veux bien dépenser de l’argent pour ma santé mais pas chez un médecin froid, qui multiplie les fiches d’examens farfelues juste pour que je dépense plus d’argent dans sa clinique. Le pire c’est qu’ils sont généralement bien côtés, réputés être de bons médecins dans leurs domaines mais pour moi, cela est complément relatif. 

Mais comment imaginer traiter un paludisme à plus de 100.000 FCFA dans un pays où la majorité de la population vit sous le seuil de la pauvreté et où le SMIG est de 60.000 FCFA ? Comprenez-vous pourquoi des gens meurent terrer chez eux parce que n’ayant pas de faramineuses sommes d’argent pour soigner un palu qui fait partie des plus grandes causes de décès au Tchad ? 

Ce qui m’amène à creuser d’avantage la question sur le fonctionnement des cliniques au Tchad dans un autre billet… En attendant, dites-moi dans le commentaire les mésaventures dont vous avez été victimes ou témoins.


Pour ce Tchad mis à feu et à sang, rêve-t-on justice ou chimère ?

Le silence n’apporte pas de réponse qu’on attendrait hélas et les haines proférées n’ont pas tendance à ressusciter nos morts pour autant. Face à cela des Hommes désarmés mettant en terre des êtres chers, des mamans avec le torse dénudé, témoignage de leurs faiblesses, leur impuissance. Des mamans pourtant si loin des décisions sur fond de surenchères politiques, acculées à ce destin qui finalement n’a tenu qu’au bout d’un AK 47 : MAYO KEBBI, KOURI, FAYA, ABECHE, LEO, SANDANA !!!

Des hommes se déchirent au nom de leurs intérêts, de ces cases dans lesquelles ils se sont mis et qu’ils défendent : régionalisme, clanisme, tribalisme, confessionnalisme… au détriment de ce qui aurait dû triompher au-delà tout, l’HUMANITE. A chaque fois, le même scénario, ‘’éleveurs nomades Vs agriculteurs autochtones’’ le tout sous l’impassibilité légendaire des autorités locales (préfet, commissaire, gouverneur…), ces ‘’réalisateurs’’ qui mériteraient leurs places à Hollywood. 

Conflits dans le Mayo Kebbi Est. Crédit Photo : Tchad Média

Des femmes se mettent à nue, elles pleurent, des familles sont irréparablement chamboulées parce que des vies se sont tues… Des enfants sont perdus face aux papas qui vocifèrent désobligeances et des mamans dont la mélancolie ne semble guère tarir. Il n’y a même plus de mots suffisamment courageux pour tenir face à telles cruautés, ni face à l’incongruité des mises en scènes pour les concepts chers à nos politiques : cohabitation pacifique, vivre ensemble, paix… alors même que Abéché, Faya, Léo, Sandana subissent les stigmates de ce qu’on peut qualifier de guerre civile ! Le tout face aux autorités démissionnaires plaidant les ‘’Nos sincères condoléances’’ et des ‘’Al moussama’’ au détriment de la JUSTICE à défaut de réparer les cœurs des victimes déjà émiettés par les conflits !

Il y a eu des morts ! Des gens soustraits à tout jamais la vie face à une politique discourtoise. Mais comment sommes-nous arrivés là ? A retenir ces noms : LEO, SANDANA, FAYA… non pasnpour leurs paysages, pour la richesse de leurs cultures, leurs beautés mais pour leurs désormais tristes décors ?  Comment se dessine l’horizon ? Des haines intarissables entre familles ? Des éternelles malveillances entre communautés ? Des regards venimeux à tout jamais ? Des cœurs lourds qui ne sauront plus aimer ? On occultera les vrais visages de ces cités au détriment de leurs obscures histoires… A qui le tour demain ?

Un village brûlé à Léo dans le Mayo Kebbi. Crédit photo : Tchad Media

Les actes de terrorismes sont vécus de l’intérieur du pays pendant qu’à coups de ‘’Des mesures appropriées seront prises’’ et ‘’Aucun acte posé contre la cohabitation pacifique au Tchad ne sera toléré’’ on fanfaronne au sujet d’un dialogue national pour la paix. Mais alors quelle paix après toutes ces décennies de bains de sang et de violences de toute sorte ? Des mots, encore des mots auxquels personne ne semble y croire et toujours des mots à en faire déglutir un académicien de non-sens et de rebuffade. Voilà comment on résout des problèmes dans ce pays : de bons petits mots et de photos bien gentilles pour des campagnes de communication imprudentes.

Pas de liberté sans égalité, pas de paix sans justice ! Partout montent des joutes verbales face au silence honteux instauré et attisé par les autorités. Abéché, Kouri Faya et Sandana hier et Léo aujourd’hui. Alors qui portera le deuil demain ? Au nom de quel autre prétexte ? Léo qui crie changement comme si des fois, les grandes transformations sociétales étaient nécessairement entachées de sang, du sang humain. 

Mais nous en sommes à ce stade où, rien ne sert de se voiler la face. C’est une nouvelle fois, l’occasion de tout repenser. En mieux… de prouver au peuple que nous vivons réellement dans un État qui peut encore se racheter une conduite, un État qui avance vers le droit, un État de droit, de Justice, de Démocratie. Simplement un État de personnes résilientes. 

Quand on vit dans ce pays, on apprend à cultiver le goût du risque face aux innombrables inégalités sociales. Ici, les tirs d’armes à feux ne surprennent plus personne, on se tire dessus comme dans un safari à la savane. Clairement, les vies ne se valent pas toujours vis-à-vis de la justice car, parmi le peuple, il y a un super peuple, face à la loi, de supers lois… Des gens ont érigé des murs entre les peuples, entre les cultures, entre les amours… Et l’erreur c’est de croire que la roue ne tourne pas ! 

Des victimes recouverts de pagnes lors des conflits de SANDANA. Crédit Photo : Tchadinfos

Le Tchad a mieux à offrir que de voir ses enfants s’entretuer injustement décennies après décennies. Le Tchad a mieux à offrir que ces images de manifestants pacifiques à genou avec les mains sur la tête chantant l’hymne national pendant qu’ils se font tirer dessus par les forces de l’ordre comme des lapins. Le Tchad à mieux à offrir que de voir ses femmes en pleurs et torses nues parce que réduites au désespoir. Le Tchad à mieux à offrir que les appels à la haine, des problèmes certains qu’on étouffe, des œillères face aux réalités, de l’hypocrisie de bas étages, TOUT CE QUI FREINE LA JUSTICE. Le Tchad à mieux à offrir que de l’INJUSTICE, tout le temps.

‘’Diviser pour mieux régner est l’attitude des faibles, car rassembler les gens malgré leur divergence n’appartient qu’à ceux qui connaissent la valeur de l’être humain.’’ William Sinclair M. SANDANA du silence incompris, LEO des voix qu’on étouffe, FAYA de tous les doutes, KOURI des deuils mis en scène, N’DJAMENA des avis de tous bords, ABECHE de toutes les colères, LAI qui baigne dans le sang, le TCHAD d’un nouveau départ, celui-là même qui crie JUSTICE !!!

Face aux massacres, il ne suffit pas de dire de belles paroles, de changer simplement de discours mais d’agir pour le triomphe de la justice car l’on ne peut pas perpétrer des violences et exiger de la victime le silence. Alors, rallumons ensemble les étoiles dans le ciel tchadien pour que la justice pour chaque enfant de ce pays quel qu’il soit ne soit pas juste un concept mais une réalité.


Numérisantes : un programme des cultures numériques consacré aux collégiennes et lycéennes

Elles ont entre douze et dix-huit ans, elles sont curieuses, elles cherchent des réponses à leurs questions à propos de l’univers fascinant du numérique… Elles ont adhéré au programme Numérisantes !  A sa 3e édition cette année, Numérisantes est un programme de découverte des métiers du numérique consacré aux jeunes filles collégiennes et lycéennes pour permettre une immersion au travers de plusieurs programmes Tech et numériques afin de susciter des vocations et démystifier les métiers du digital.

A lire : L’exposition « femmes digitales » suscite des vocations

Jeunes participantes au programme Numérisantes
Jeunes participantes au programme Numérisantes

Dans son rapport de 2020 sur l’état du digital dans le monde, Hootsuite met le Tchad au plus bas de son classement avec 14% de taux de pénétration, soit 2.23 millions d’utilisateurs pour une population estimée à 16.19 millions. Le taux de pénétration ici, indique le pourcentage de personnes ou de consommateurs ayant acheté un produit ou utilisé un service sur une période de référence. Dans le cas présent, il s’agit des utilisateurs des produits numériques recensés sur l’ensemble de l’année 2020.

Il convient néanmoins de rappeler que c’est un taux qui s’amenuise vis-à-vis de la gent féminine avec un contexte socioculturel propre au Tchad lié à la scolarisation des jeune fille. Numérisantes vient donc palier un gros problème de manque d’information face aux sujets liés au digital.

A lire : World Wide Web : Internet, doit-on vraiment s’en méfier ?

Jeunes participantes au programme Numérisantes découvrant Canva sur mobile.
Numérisantes découvrant Canva sur mobile

L’immersion a été possible grâce au Hub de technologie et d’innovation numérique WenakLabs qui ouvre ses portes pour la 7e édition du Novembre Numérique avec, comme d’habitude, des programmations riches en couleurs. Le programme Numérisantes a réuni une centaine de jeunes filles qui ont eu l’occasion d’écouter, de voir, de poser des questions, de se former et de comprendre bien des choses du digital. L’engouement autour de la découverte du Pack Office, des logiciels de graphisme, des plateformes de communication, auront retenu l’attention des Numérisantes et des organisatrices qui entendent renouveler l’expérience les mois à venir en espérant toucher plus de jeunes filles.

A lire : U-Report Tchad forme des jeunes à l’utilisation responsable d’internet

Jeunes et nombreuses participantes au programme Numérisantes prenant la pose en extérieur
Jeunes participantes au programme Numérisantes

Grâce à un financement d’UNICEF Chad via la plateforme U-Report, cette journée s’inscrit dans une approche différente, pour une initiation sans précédent aux métiers du numérique, qui sont, sans conteste les métiers du futur. Et comment imaginer l’avenir de ce monde sans les jeunes filles ?


Dewoleu Design : une singulière pépite du stylisme prend ses marques à N’Djaména

Une entrée digne des grands podiums et des grands noms du stylisme ! Une entrée sereine, élégante et sobre couplée à l’ouverture d’une boutique qui vous offre la possibilité d’un shopping personnalisé ! Le tout dans le quartier Gassi, ici à N’Djaména la capitale tchadienne ! 

A lire : les magiciens du ciseau au Tchad

Le ciel au-dessus de l’hôtel Sherabel était profond et d’un noir imperturbable ce vendredi 5 novembre, le podium lustré et décoré, les places assises aussi. Les convives petit à petit s’installaient par dizaine dès 16h pour voir les choses démarrées à 18h.

La promesse d’une différente messe de la mode se faisait sentir au premier défilé fait par des enfants de l’orphelinat Shalom ! Comme un hommage à l’humanisme, l’ultime désir d’un partage avec ceux qu’on a tendance à oublier : les orphelins !

Crédit Photo : Edith Ngaba

L’autre particularité de cette collection, est qu’elle s’adresse à toutes les mensurations ! Des grandes, des petites, des fines et des rondes… Avec Dewoleu Design, chaque femme compte !

A lire : Ces mannequins tchadiennes qui domptent les podiums de défilés de mode

Des yeux pleins de couleurs avaient regardé, scruté, admiré et rêvé éveillé à l’unisson avec Mireille Dewoleu promotrice de cet événement et son staff !

Crédit Photo : Edith Ngaba

Lors de son discours d’ouverture, Mireille Dewoleu conta à son public sa story, les chemins qui ont sublimé ou non sa vie de jeune femme, son parcours humain, académique, professionnel et artistique dont sa passion depuis toute petite pour la couture.

Un moment également plein d’émotions pour l’hommage qu’elle rend à ses parents présents à la cérémonie pour leurs sacrifices multiformes et ceux dans ses études à l’ENAM. Etudes qu’elle ne regrette pas, dit-elle à Véronique, une femme discrète qui est une force dans l’ombre, celle qui lui aura tout appris !

La PDG de Dewoleu Design : Dewoleu Christiana Mireille

Ces dernières années, l’entrepreneuriat féminin prend de l’ampleur avec beaucoup d’aisance et dans divers domaines dont celui de la mode. Un entrepreneuriat sur fond de sororité aussi. Comme un besoin impérial pour les femmes de se donner la main, de se soutenir, de s’entraider… Avec à l’idée que cet écosystème a bien besoin de tout le monde et qu’il n’y a pas de petites gens. Dewoleu l’a vite compris et seront impliqués à cet événement d’autres stylistes (Memsi et Cyrille Mosse), des artistes chanteurs, des photographes… pour un Dewoleu Show mémorable et dont tout le peut s’en approprier.

Crédit Photo : Edith Ngaba

Au total, il y aura trois sorties de Dewoleu Design : une première avec les enfants et les suivantes avec les adultes. Entre ces sorties, Cyrille et Memsi !

Allant des coupes majestueuses, aux tenues plus sobres avec le kaba revisité, des tenues de villes, des tenues époustouflantes pour des cérémonies de mariage et dot… Le public a été servi et pas qu’un peu ! Spécialisée dans la couture pour femme, Dewoleu nous confiera qu’elle ne s’occupe que des dames !

Au cours de ce spectacle riche en couleurs qui aura duré deux heures, le public a pu faire un shopping sur place, échantillon de ce que propose la Dewoleu boutique : des pagnes de premiers choix, des tissus aux motifs africains, des prêt à porter, des perles, des colliers, des sacs à mains, des chaussures…

Désormais, pour vos achats et commandes, contactez Dewoleu Design ou Madji Shop via Facebook.

Crédit Photo : Edith Ngaba


Interview de la peintre tchadienne Aisha

Elles ne courent pas les rues les femmes artistes tchadiennes, les peintres encore moins. Mais lorsque vous croisez le chemin d’une d’entre elles, vous sentirez la passion métissée à un génie indéniable se mêler presqu’avec mystère à leurs œuvres. Peut-être que je m’emballe un peu ; mais il y a un mois environ, j’ai fait la rencontre d’Aisha une peintre tchadienne, aussi discrète que ses consœurs.

La vingtaine révolue, notre invitée qui a bien voulu se prêter au jeu des questions-réponses est une artiste à part, elle a l’art de la générosité au travers de ses tableaux, celui d’éblouir, l’art de transcrire, l’art du mystère, celui de la complémentarité aussi. Le cœur empli de générosité, le pinceau dans les étoiles, le rêve sur une toile… Aisha pour La fenêtre étoilée !

Peux-tu me résumer ton parcours universitaire ?

J’ai un diplôme en technologie de l’information et de la communication.

Quand es-tu devenue peintre et à quel âge as-tu eu un déclic pour cette passion ?

Le dessin est mon talent depuis l’enfance. Il s’est ensuite automatiquement transformé en passion.

Crédit Photo : Aisha

Te souviens-tu de ton premier tableau ? A quel âge l’avais-tu réalisé ? 

Oui je m’en souviens ! C’était une glace ! A l’époque, j’avais 8 ans. En fait c’était un devoir d’école.

Quelles sont les techniques que tu utilises pour peindre? 

Les techniques que j’utilise dans ma peinture c’est l’art plastique… A travers cette technique, l’artiste exprime ses pensées et ses sentiments, alors qu’il cherche à transformer des matières premières en belles formes ; comme l’architecture, la photographie, la décoration et la sculpture, et ce type d’art est perçu par le sens de la vue.

Crédit Photo : Aisha

En tant que jeune femme musulmane, y a-t-il des difficultés religieuses ou culturelles à exercer ce métier d’artiste ?

Non, pas du tout !

Qui est pour toi le plus grand peintre du monde ?

Picasso !!! Mais je crois que toute personne qui peut traduire ses idées en peinture est un grand peintre.

Crédit Photo : Aisha

Quel est, selon toi, l’avenir de cet art dans un pays comme le Tchad ?

L’avenir le plus brillant est construit sur des passés oubliés et le Tchad en tant que pays d’Afrique a une Histoire que nous pouvons traduire par la peinture.

Où peut-on trouver et acheter tes œuvres ?

Je n’ai pas encore d’emplacement mais vous pouvez me contacter via mon numéro WhatsApp qui est : 00235 65 35 60 62

Quels sont tes projets futurs ?

Mon futur projet est de mettre en place un cours de dessin pour encourager ceux qui ont un talent pour le dessin.

Crédit Photo : Aisha

En tant qu’artiste, quel est ton plus grand rêve ?

Pour l’instant, peindre un beau tableau expressif sur un mur public ici au Tchad où tout le monde peut l’apprécier et goûter à l’art.

Comment nos lecteurs peuvent-ils te contacter ? Peut-être un site internet ou des pages sur les réseaux sociaux ?

En fait je n’ai pas pensé à créer un site web pour l’instant. Ce sera peut-être pour le futur mais comme je l’ai dit plus haut, vous pouvez me contacter via mon numéro WhatsApp.

Crédit Photo : Say Baa


Women success et son intrépide forum 100% entreprenariat féminin

Un trimestre entier de communication intensive sur les réseaux sociaux, pour annoncer un forum d’un autre genre, organisé et porté avec maestria par Women success à N’Djaména dans la capitale tchadienne. Par des femmes, pour les femmes !

Annoncée le 25 septembre 2021 lors d’une conférence de presse, la première édition du Women Success Forum a bien vu le jour du 28 au 30 octobre sous le thème ‘’Une femme, un business’’ dans le temple de la femme.  

Exposition de produits alimentaires. Crédit Photo : Say Baa

Women Success ou le rêve des héroïnes

‘’Je veux qu’ensemble nous nous élevions les unes les autres, que nous nous soutenions et que nous nous inspirions pour atteindre le succès.’’ Cette citation d’Irène Fouyaba, présidente du mouvement Women Success prend tout son sens quand on voit les 62 stands tenus par des jeunes femmes entrepreneures et la mobilisation de plusieurs centaines de personnes autour du forum, qui n’en est qu’a sa toute première édition !

Des jeunes femmes entrepreneures, fières, mais surtout sûres d’elles, ont investi la Maison Nationale de la Femme ces derniers jours. Elles ont mis en valeur, dans une exposition haute en couleurs, l’ensemble de leurs savoir-faire, avec méthode et assurance.

Exposition des produits confectionnés avec des tissus aux motifs africains. Crédit Photo : Say Baa

Women Succes Forum : au-delà des attentes

Women Success, c’est surtout une histoire de partage, le partage des grands succès féminins partout dans le monde. Une histoire de coaching aussi, pour l’accompagnement des femmes dans leurs différents projets. Il s’agit également de conseils dans plus d’un domaine, de droits des femmes sur les questions de violences basées sur le genre, de formations, d’affaires sur des sujets aussi brulants que le féminisme et l’autonomisation des femmes… Bref un espace pour donner place à la réflexion et à l’accompagnement, ayant pour objectif d’aider et d’encourager les femmes dans leurs parcours divers.

Ce forum aura surpris sa présidente par son engouement auprès de sa cible constituée de jeunes filles en quêtes de nouvelles connaissances, de jeunes femmes en réorientation professionnelle, des exposantes, des entrepreneures, des curieuses… Au total, le forum aura drainé un peu plus de 1000 personnes en deux jours !

Exposition de thé. Crédit Photo : Say Baa

Women Success forum : plusieurs plateaux au profit de plusieurs jeunes femmes

En deux jours, plusieurs centaines de jeunes femmes se sont intéressées à une programmation particulièrement riche, portée par des femmes entrepreneures : formations (cuisine, customisation, esthétique), idées de business, opportunités d’affaires, partages d’expériences, foire. Les objectifs poursuivis :

Soutenir et appuyer financièrement chaque jeune femme pour avoir un business afin de s’autofinancer ;

Former les jeunes femmes à l’entreprenariat et aux métiers porteurs ;

Conseils et coaching aux femmes qui désirent commencer une affaire où celles dont le business tarde à décoller ;

Célébrer le succès des femmes

Irène FOUYABA
Séance de formation à la Maison Nationale de la femme. Crédit Photo : Say Baa

De manière modeste, Irène Fouyaba nous confiera que le pari serait de réussir à provoquer le déclic chez 100 jeunes femmes qui se déciderons d’entreprendre pour s’autonomiser d’ici les prochains mois. Ce qu’elle ne dit pas à haute voix, c’est que l’entreprenariat tchadien porte déjà une grande empreinte féminine !

Irène FOUYABA, présidente de Women Success. Crédit Photo : Say Baa


J’ai perdu un ami dans ces vidéoclubs dont je suis resté nostalgique

La fin des années 90, le début des années 2000 jusqu’à il y a une décennie, on a assisté dans les villes tchadiennes aux créations et à la prolifération des vidéos et cinés clubs. Véritables révolutions culturelles, ils ont contribué à la démocratisation des éruditions artistiques d’autres contrées et ce, malgré l’exposition d’enfants aux programmes moins adaptés pour leur âge et les politiques commerciales peu glorieuses liées à la piraterie qui ont (néanmoins) participé à leurs vulgarisations. 

En dépit des pratiques déloyales encadrant ce business, les vidéoclubs ont marqué plus d’une génération. Je vous emmène aujourd’hui traîner dans mes réminiscences afin de raviver la flamme de ces endroits mythiques qui m’ont fait découvrir Bollywood grâce aux célèbres actrices et acteurs (Salman Khan, Kareena Kapoor, Govinda, Priyanka Chopra, Hrithik Roshan…), Hollywood avec Johnny Depp, Julia Roberts, Morgan Freeman, Léonardo Dicaprio, Denzel Washington… et ces acteurs Chinois hors normes à l’instar de Jet Lee, Michelle Yeoh, Jackie Chan, Jason Wu, Bruce Lee…

Au-delà de la promesse d’une distraction et d’une découverte, les cinés et vidéoclubs étaient de véritables ‘’places de souvenirs’’ seul, entre frères ou amis.

Affiche d’un ciné club de mon quartier. Crédit Photo : Say Baa

Mais j’y ai perdu un ami il y a plus d’une décennie…

Je garde de meilleurs souvenirs de cette amitié et de l’injustice de la vie quant à sa façon de distribuer les cartes. Il avait toujours rêvé d’aller à l’école, comme je le faisais. Mais culturellement, c’était très difficile. À l’époque du primaire, je jouais les profs avec lui et quelques années plus tard, il s’était inscrit à un cours d’alphabétisation. Il aura tenu trois ans à peine. Mais au-delà de tout, lui, c’était mon ami musulman qui venait à la maison chaque jour, surtout le soir. C’était cet ami musulman qui célébrait Noël avec moi sans complexe et qui m’invitait en premier à toutes ces fêtes religieuses. C’était un forgeron qui m’aura appris à forger des petits couteaux… Pour nos deux familles, c’était surprenant de voir ces deux enfants que rien ne lie, à part le quartier, d’être autant proches. 

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Lui et moi avions nos habitudes, surtout les weekends. J’allais dans l’atelier de forge de ses parents pendant les après-midis et le soir, on allait regarder des films dans ce vidéoclub qui était à cinquante mètres à peine de chez moi. Moi, qui allais aux cours (primaire et collège) pendant ces années d’amitié, je ne pouvais aller au vidéoclub que les weekends. Parfois, j’étais obligé de choisir entre le samedi ou le dimanche, mais pas les deux à la fois. Mon ami, par contre, y allait chaque jour et regardait au moins deux programmations. Il en était accro !

Des élèves dans une salle de classe. Crédit Photo : Amisom/Iwaria

Je ne me doutais de rien, je n’avais pas remarqué qu’il changeait. De toutes les façons, c’était mon ami et rien d’autre n’avait d’importance. À mes treize ans, pendant les vacances des classes de 5e, j’étais venu à N’Djaména chez mon oncle maternel. À mon retour à Kélo un soir de septembre, on me demandait si je savais que mon ami était en prison. Je l’ignorais. « Qu’est-ce qui s’est passé ? », demandai-je l’air apeuré. C’est alors qu’on m’a dit : ‘’Il a tué quelqu’un à plusieurs coups de couteau devant le vidéoclub. Apparemment il était sous l’emprise des stupéfiants, des tramadols sans doute.’’

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J’étais là, bouche bée, ne sachant quoi dire. J’ignorais qu’il se droguait. Il avait déjà fumé la cigarette une fois en ma présence mais je l’avais convaincu d’arrêter, en lui disant qu’il était trop jeune pour s’adonner à la fumette et que les conséquences sur sa santé pouvaient être irréversibles. Pour les tramadols, je ne le savais pas, mais beaucoup d’enfants et de jeunes qui venaient au vidéoclub en prenaient et souvent à très fortes dose. Rien de surprenant, c’était normal cette façon de faire et nous y avons tous été exposés très tôt. C’était une sorte de zone de non droit, tout pouvait s’y passer et j’avais vu des plus jeunes que nous, c’est-à-dire les moins de 15 ans, moins de 13 ans, se perdre peu à peu là-bas et pour moi, c’est là que j’ai perdu mon meilleur ami.

L’établissement pénitentiaire de la ville était situé en plein centre-ville. Je passais devant cette prison au moins quatre fois par jour pour aller au collège (2 fois par jour). Un jour, j’ai décidé d’aller lui rendre visite, environ un mois après mon retour de N’Djaména et les matons m’ont dit qu’un enfant ne pouvait pas venir visiter un autre enfant détenu. Alors je suis reparti chez moi. Un autre jour, par le plus grand des hasards, je rentrais des cours vers midi et les détenus étaient assignés à un travail de défrichage et de nettoyage de la devanture de l’établissement ainsi que de la place publique. Il était parmi eux, habillé d’une tenue rayée blanche et noire à l’horizontal. Comme c’était en pleine route, je me suis arrêté pour le saluer et prendre de ses nouvelles. Il m’a dit qu’il risquait de passer toute son enfance derrière les barreaux. Et moi, je ne savais quoi lui répondre. C’était la dernière fois que je le voyais. Des années plus tard, j’ai appris qu’il avait été libéré et qu’il était parti s’installer dans une autre ville…

Crédit Photo : Tumisu/Pixabay

Comment vous dire que l’ambiance typique des vidéoclubs était addictive ?

J’ai fait un tour dans un ancien ciné club de mon quartier (vous l’aurez compris, ici à N’Djaména, les vidéoclubs ont déjà disparus) il y a quelques jours. Mais quelle ambiance morose !

À mon époque ! Bah quoi ? J’ai des os qui se font vieux ! Enfin, bref ! Face à un minuscule écran de 22 pouces branché à quelques gros baffles qui vous explosent littéralement les tympans, devant une vertigineuse action de Jimmy (l’indien) dans des saltos avant et arrière bravant les lois de la pesanteur, tous les spectateurs du vidéoclub faisaient un standing ovation à l’acteur ! Et tenez-vous bien, cela pouvait durer de belles petites minutes comme des gens qui s’extasieraient devant la finesse d’un film au festival de Cannes ! Ou comme Hirtik dans une disproportionnée action où il bat une dizaine d’adversaires dans une sorte de forêt en défiant la gravité, les suspendant dans l’espace. Leurs corps retombant au sol des secondes plus tard après que, lui, ait atterri et dresser son fameux manteau noir ! Ne cherchez pas à comprendre la faisabilité d’une telle action et applaudissez l’acteur !!! 

Avez-vous déjà vu Jet-Li en action tué à lui seul 673 personnes en un temps record comme s’il avait un moteur de 6 000 chevaux dans le torse ? Ou un homme mi-homme, mi machine qu’on appelle Terminator faire de gros dégâts sur son passage ? C’était ce qui nous attirait : la montée d’adrénaline ! Le mode de vie des bad boys, les bandes organisées qui terrorisent tout le monde à coup de beuveries et de crimes. Et pour ne rien manquer de ces films phénoménaux, on s’astreignait à une programmation tout aussi monstrueuse.

Programmation d’un ciné club. Crédit Photo : Say Baa

Des jours bien remplis par les programmations des vidéoclubs

Les vidéoclubs offrent selon les villes et les clients quatre représentations par jour, généralement dans des tentes fait de bois, de seckos, de bâches imperméables à l’intérieur desquelles, plusieurs rangées de bancs en briques cuites ou en terre battue. Une première programmation à 10 h, aussi appelée ‘’Ab 10 heures’’ diffuse uniquement des films hindous. La deuxième à 14 h également. Une troisième à 18 h (autrement appelée Matinée) propose un film d’action et la dernière vers 20h 30 (aussi appelée Soirée), pour fermer boutique aux environs de 23 h, s’inscrit dans une ambiance de Bollywood.

Devant les cinés et vidéoclubs se vendent plusieurs choses dont cigarettes et alcools frelatés. Crédit Photo Say Baa

Ce qui n’est pas sans conséquence sur les enfants que nous étions

Pour les jeunes esprits que nous étions, comment ne pas aimer une ambiance comme celle-là où les enfants côtoient des jeunes venus de différents quartiers dans une approche défiant les interdits ? Cigarettes, drogue, bagarres. Des pratiques, qui en temps normal, seraient mal vues en famille, sont normalisées. Apprécier la vie dans un cocon, où il n’y a que la loi des pièces de monnaie versées à l’entrée qui compte, pour ensuite aller faire un tour en Chine, en Inde, aux États Unis, au Japon… Dans une ambiance empuantie de cigarette chauffant à 43 degrés Celsius.

De là sont nés les Djiddos, vous savez, les enfants de la ville capables du pire des fois, reproduisant les actions des films dans la vie réelle. Avec du recul, je comprends mieux les risques auxquels nous nous exposions à cette époque mais pour beaucoup, il est déjà trop tard. Certains sont devenus les pires délinquants qui soient, les autres font des allers et retours en prison et les moins chanceux ne sont plus de ce monde. Nous autres sommes là pour témoigner de cette vie qui a faillit nous happer à fleur d’âge…

Crédit Photo : Emerson/Iwaria


Le communautarisme dans les villes tchadiennes : culture ou méfiance ?

Quartier Haoussa, quartier Borno, quartier sénégalais… Certains quartiers des villes tchadiennes portent les noms des communautés et d’ethnies des personnes qui y habitent ou qui y ont habité. Le communautarisme est une conception qui soutient que « l’individu n’existe pas indépendamment de ses appartenances, qu’elles soient culturelles, ethniques, religieuses ou sociales ». Il peut trouver son explication dans les mouvements migratoires et la nécessité presque instinctive pour l’humain de vivre à proximité des personnes avec lesquelles il partage les mêmes cultures et valeurs. Surtout lorsqu’il se retrouve sur un territoire étranger. Toutefois, quand il est mal ‘’géré’’, le communautarisme peut être source de tensions. Retour dans ce billet sur la culture du communautarisme et son envers du décor vis-à-vis du ‘’vivre ensemble’’ au Tchad.

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Une tente d’un peuple de nomade installé à la sortie sud de N’Djaména. Crédit Photo : Say Baa

Vivre en communauté, une réalité depuis la genèse du monde

L’Homme a toujours vécu en communauté, formant sa famille, son clan, son village, son royaume… Organisés en meute, et dirigés par un chef, les humains ont développé la nécessité de vivre dans un cocon qui les protège et les défend de certaines choses. D’où le contrat social cher à Jean Jacques Rousseau.

L’Homme, cet animal pensant, à pendant des millénaires été convaincu qu’il a besoin de l’autre pour vivre et se sentir vivant. D’autant plus que lors des conflits et guerres qui ont animé ce monde, les humains se sont retrouvés en blocs au nom de leur village, communauté, patrie… pour défendre leurs intérêts. Ou pas.

Crédit Photo : Diallo Yaayaa/Iwaria

Origines du communautarisme au Tchad

La migration y est pour beaucoup dans le communautarisme au Tchad. Les causes en sont pluridimensionnelles et complexes. L’utilité de migrer pour les besoins de commerces, d’élevages à la recherche de beaux pâturages, d’agriculture à la conquête des terres fertiles ou pour des raisons politiques, psychologiques, institutionnelles, d’aventures tout simplement a poussé les gens à s’installer à proximité des gens avec lesquels ils ont quelque chose en commun : une langue, une région, une culture…

Au Tchad, lorsqu’un fonctionnaire est affecté dans une autre circonscription géographique, il a tendance à se renseigner sur la présence éventuelle de ses « parents », afin d’élire domicile à côté d’eux. Cette migration lorsqu’elle s’inscrit dans le temps, finit par créer une communauté à l’intérieur d’un ensemble de groupe de personnes. Paraissent ainsi des quartiers par communauté même dans les grandes métropoles du monde à l’instar de Chinatown par exemple (quartier chinois) dans les villes de Toronto au Canada et Boston, New York aux Etats Unis…

A lire : Quand N’Djaména se fout du sens de l’orientation

Une prise de vue du quartier Bololo à N’Djaména par Achraf Pictures/Iwaria

Les quartiers communautaires de quelques villes tchadiennes 

Dans la ville de Kélo, j’ai découvert les quartiers Haoussa et Borno qui portent les noms des communautés ethniques qui y habitent majoritairement. Un autre quartier m’aura marqué dans cette ville c’est le quartier Etoile. Ce nom est attribué par rapport à l’aspect en forme d’étoile de la finition des toitures des cases en pailles. Il était habité majoritairement des peuples de la région du grand Mayo Kébbi (Toupouri, Moundang, Massa, Moussey…) La ville d’Abéché nous aura également gratifié de quelques beaux exemples à l’instar des quartiers Zéribé Haoussa, Amiriyé (constitué presque uniquement d’arabes), Bendjedid (en majorité habité par les zakawa), Djatiniyé (le quartier de la famille royale) …

Photo d’illustration. Crédit : VidjinnangniG/Iwaria

Le vivre-ensemble, l’unité nationale… et les risques du communautarisme au Tchad

Il faut rappeler que le communautarisme est une pratique qui a la peau dure en dépit des efforts fournis pour que les gens arrivent à une interpénétration qui affaiblirait les différences sur lesquels ils se basent pour se diviser tout en gardant au besoin leur identité et surtout les valeurs qui les grandissent.

Dans plusieurs situations, des groupes sont tombés dans le repli communautaire c’est-à-dire que les membres d’une communauté (ethnique, religieuse, géographique, etc.) se replient sur eux-mêmes, vivent entre eux, s’isolent au lieu de s’intégrer au sein du groupe plus large auquel ils appartiennent. Le repli communautaire peut ainsi être une grande source de tensions entre les gens même s’il se veut protecteur et discret de ses adeptes.

Dans cette situation, les gens deviennent méfiants les uns envers les autres, interdisant leurs enfants de s’éloigner de la communauté, de jouer avec d’autres enfants, s’accusant de toutes les tares sociétales (sorcellerie, manque de propreté, consommation abusive d’alcool, vol) …

Les années passent, les villes s’agrandissent et les gens finissent par se rendre compte que même dans le petit cercle communautaire, il y a des tensions. Et qu’ils ne peuvent pas se protéger indéfiniment et surtout pas pour tout et n’importe quoi. C’est là que les quartiers plus cosmopolites finissent par l’emporter, se positionnant comme de vrais modèles d’intégration. Heureusement ! Et désormais dans des quartiers de N’Djaména comme Moursal, Ndjari, Farcha, Ridina et bien d’autres, vous trouverez les tchadiens de tous les bords qui se côtoient comme un seul peuple faisant s’amenuiser les détails de leurs différences communautaires.


Les Tchadiens et leurs remarquables coupes de cheveux afro

Beaucoup d’hommes tchadiens laissent pousser leurs cheveux crépus à une certaine hauteur, le plus souvent pendant l’adolescence, mais pas que ! Et ce, pour différentes raisons, généralement très personnelles. Rien d’extraordinaire, me diriez-vous ! Mais je tiens à préciser que nous avons quand-même une façon particulière de nous coiffer qui nous confère une identité à part entière. Généralement, une grosse touffe afro naturelle sans traitements aux produits chimiques particuliers et pas dégradée (sinon très légèrement) sur le côté. 

Une déclinaison de cette coupe fait également fureur auprès de beaucoup des jeunes tchadiens, c’est celle des cheveux entortillés, bouclés. Pour cela, il suffit d’éviter après les avoir lavé de peigner vos cheveux afro naturels, qui ont atteint une certaine hauteur pendant plusieurs semaines ou mois, et vous aurez le résultat comme sur la photo ci-dessous.

Say Baa sur une scène

Petit cours d’histoire de la culture des cheveux afro

Pour mieux comprendre l’histoire de la culture des cheveux afros, il convient d’éclaircir certains points. D’abord, l’objet de ce billet n’est pas de parler de la chevelure des femmes tchadiennes qui est déjà particulièrement belle, grâce à un savoir-faire et l’utilisation de produits naturels de premier choix, mais celles des hommes. Ensuite, il faut rappeler que l’appellation « afro » revêt une connotation esclavagiste car dérivé du groupe de mot « Afro-descendant », désignant les esclaves et leurs descendants déportés d’Afrique. Ce qui implique de faire une piqure de rappel d’ordre anthropologique et sociologique. 

La coupe de cheveux afro a commencé à faire polémique pendant la période coloniale, et surtout celle esclavagiste. Elle était alors perçue comme sale et choquante… Vers 1920, Marcus Garvey, militant noir pour les droits humains, a encouragé son public à se réapproprier son esthétique naturelle, notamment avec le slogan « Don’t remove the kinks from you hair, remove them from your mind » (qu’on peut traduire par « n’enlevez pas les nœuds de vos cheveux, enlevez-les de votre esprit »). Depuis, la (re)valorisation des cheveux afro a pris de l’ampleur, jusqu’à vers 1960, avec des pratiques visant à mettre en valeur les cheveux crépus et afro via les mouvements « natural », « Black is beautiful »… Afin d’exprimer son appartenance à une culture noire et de la porter avec fierté. Comme les militants du mouvement « Black Panther » ou encore ceux de la « Conscience noire » en Afrique du Sud.

Ensuite, des personnalités publiques à l’instar de : Wole Soyinka, Michael Jackson, Hissein Habré, Barack Obama, Goukouni Weddeye, Malcom X, James Brown… Nous ont gratifié à un moment de leur existence de boules afros portées à la perfection.

Ma coupe afro actuelle date d’il y a trois ans

Quand porter des cheveux afro au Tchad revêt un sens hautement culturel et identitaire 

Comprenons que dans certaines tribus africaines, les coiffures renvoient/renvoyaient à un statut social, à la situation conjugale (le cas de certaines tribus peules où les jeunes hommes encore célibataires ne se coupent pas les cheveux, les coiffant de différentes manières), à un rang religieux… Nous pouvons également servir ce raisonnement pour le cas du Tchad.

De nos jours, les gens ont du mal a trouvé un raisonnement valable au port des cheveux longs par les hommes, trouvant l’argument du style et/ou de la mode très léger. Du coup, la coupe afro est des fois assimilée au fait d’être un délinquant, conférant un look voyou. Je me souviens que pour me convaincre de couper mes cheveux, ma maman me disait que cela provoquait des maux de têtes ! J’ai toujours trouvé qu’il manquait de logique à ce qu’elle avançait, vu qu’elle n’avait JAMAIS coupé ses cheveux. Lol !

Cette culture des cheveux afro, assez singulière et qui perdure depuis des siècles, a fait et continue de faire beaucoup d’adeptes. Une occasion de rencontrer quelques partisans de ce style pour recueillir leurs avis, impressions, et quelques anecdotes croustillantes. Quand je leur demande depuis quand ils ont adopté la coupe afro, pourquoi et comptent-ils la garder longtemps ? Voici ce qu’ils répondent :

Six ans avec une coupe afro…

Cela fait six ans aujourd’hui que je ne me suis pas coupé les cheveux. Et je les adore ! Je ne suis pas prêt de les couper. A Douala au Cameroun, où je vais régulièrement, les gens me disent toujours que ce sont les fous qui portent autant de cheveux. Mais pour tout vous dire, c’est une question de choix que de porter ou pas des cheveux longs.

Abdelkerim Safi arborant une grosse boule afro

Ma coupe afro, mon charme…

Je porte ces cheveux dans un cadre purement esthétique. Je crois que les cheveux contribuent à mon charme et notre séparation n’est pas pour demain. Ensemble on a encore du chemin à parcourir (rire). La dernière fois que je me suis complètement coupé les cheveux, c’était en 2018 suite à une coupe ratée, grosse erreur de la part du coiffeur. Étant donné que la coiffure afro (comme la mienne) n’est pas mal vu par mon entourage, je vais la garder, même étant vieux, et je crois que c’est la calvitie qui peut-être nous séparera.

Torbo Souleymane

Chez vous, les hommes ne coupent pas leurs cheveux ? Cette question, je ne me souviens plus du nombre de fois qu’on me l’a posé lors de mes voyages. A ce qu’il parait, à cause de cette coupe, on reconnait les Tchadiens au premier regard. Mais il faut rappeler que même au Tchad, tout le monde n’est pas adepte de ce style. Et entre les antipodes, il y a des gens qui préfèrent varier entre une coupe plus  »conventionnelle » et celle afro.

Malgré les questionnements, l’admiration et l’incompréhension qu’elle suscite, je sais que la coupe afro a de beaux jours devant elle. Suivez mon regard…

Crédit Photo : Israël Maténé


Photographie : des ‘’yeux’’ pour capturer et raconter le Tchad

Nous ne sommes plus à cette époque où, au Tchad, les gens se rendaient dans un studio de photos lugubre à la déco souvent ostentatoire tenu par des nigérians (incontestables génies de ce métier à une certaine époque). Ils immortalisaient un moment précis et ensuite s’engageait tout un processus : il fallait attendre que les images latentes contenues sur la pellicule soient révélées après différents bains de chimie… Bref, je n’ai pas l’intention de vous saouler avec le charabia technique du métier !

Depuis, les choses ont évolué. A l’occasion de la journée mondiale de la photographie (célébrée pour la première fois au Tchad ce 19 août), je vous emmène à la découverte de ce métier au Tchad, de son évolution, des vocations qu’il (a) créées, de ses adeptes, de ces belles histoires que la photographie permet, de sa résilience…

La journée mondiale commémorant la photographie le 19 août vient à point nommer cette année pour témoigner de l’évolution du métier. Toute la journée, une exposition de photos se tient au musée national tchadien et présente une vingtaine de photographes qui ont cherché à immortaliser le moment présent… L’exposition est libre d’accès au grand public.

Crédit Photo : Dainyo Photographie

Le numérique pour simplifier les choses…

On se souvient tous de l’arrivée des premiers appareils photos numérique au Tchad. C’était ce qui se faisait de mieux sur le marché. On avait cette possibilité nouvelle et incroyable de se voir en photo sur un écran avant de tenir une carte en main. L’image était visible avant même que la photo s’imprime et ça, c’était totalement nouveau. Ces appareils ont révolutionné l’univers de la photographie qui a énormément évolué en quelques années.

Les téléphones dotés de caméras auront aussi très largement contribué à la démocratisation de la photographie, changeant notre rapport à ce métier, à cette magie… Aujourd’hui, on assiste à cette facilité de toutes et tous à pouvoir immortaliser un moment en un seul clic. Les téléphones nous auront permis au passage de découvrir un nouveau vocabulaire, dont le fameux « selfie » dont tout le monde raffole.

Photographie et vocations au Tchad

La photographie est un métier passionnant qui allie patience, savoir-faire, sensibilité, opiniâtreté, curiosité et professionnalisme. Dans les villes tchadiennes, beaucoup de jeunes en ont fait un métier. C’est assez rare mais des femmes se sont également accaparées des ‘’focus’’. Certaines immortalisent des moments de vie, avec des prises de qualité, pour raconter le Tchad et ses enfants dans un élan de patriotisme incontesté !

Le métier de photographe a fait son apparition avec des airs de boîtes à souvenir, c’est-à-dire des lieux spécifiquement conçus pour fabriquer des souvenirs, avec des tarifs qui ont beaucoup évolué dans le temps. Ensuite, des studios mobiles ont vu le jour. L’objectif était le même : les photographes sont des traits d’union dans le temps, ils créent les plus belles réminiscences possibles dans des moments de joies (baptêmes, mariages, remises de diplômes), mais aussi de tristesse (obsèques…).

Crédit Photo : Daiyoo Photographie

Photographie et spécialité au Tchad

Comme beaucoup de métiers, la photographie a ses spécialités. En général, les photographes amateurs connaissent mieux le métier et acquièrent de l’expérience au fil du temps, ils finissent par se spécialiser (nature, mode, histoire…).

Or, on remarque que le photographe tchadien échappe à la règle. Ici, on reste dans l’idée qu’il peut shooter tout ce qui passe devant son objectif ! Cela se justifie sans doute par la passion, quand on est passionné de photo, on peut tout photographier ! Mais une autre explication possible, et sans doute plus juste, c’est le fait qu’il n’y ait pas d’école spécialisée dans ce domaine. Les photographes apprennent par eux-mêmes, personne ne les forment ou les aident pour approfondir un domaine spécifique et ainsi se perfectionner. Les photographes tchadiens gardent donc une attitude plus généraliste en termes de shooting, par habitude.

Pendant longtemps, les photos qui mettaient en valeur (ou pas) le Tchad étaient des prises de photographes étrangers. Mais ce moment est révolu ! Aujourd’hui, ils/elles sont des tchadien(ne)s et proposent des clichés extraordinaires qui témoignent de l’appropriation passionnée de cet art, en voici quelques exemples : Edith Ngaba Photographie, NoTime Photographie, Dainyoo Photographie, Achraf Pictures, Fresh Pictures, Gueipeur Fotograph, Digari Photographie, The Shooter, Djérabé Ndingar, Les studios PC, Chad Photography

Crédit Photo : Say Baa

Pour commémorer la journée mondiale de la photographie 2021 (organisée pour sa toute première édition au Tchad par Chad Photography et Wake Up Movies), La Fenêtre Étoilée est allée à la rencontre de Salomon Djekorgee Dainyoo. Salomon est un photographe indépendant et autodidacte qu’on a pris l’habitude de rencontrer au détour des cérémonies, de manifestations ou encore de spectacles dans la ville de N’Djaména.

Pour terminer ce billet, je vous propose un court échange avec lui, Salomon Djekorgee Dainyoo dévoile son univers et sa vision de la photographie tchadienne :

La FEE : Quels sont les freins au développement de la photographie au Tchad ?

Salomon : Les gens ne donnent pas assez d’importance à la photographie. Ils pensent que ce n’est même pas un métier. Être photographe dans ce pays, c’est chaque jour s’exposer aux risques d’emprisonnement, c’est être considéré comme le dernier de la société, c’est travailler sans être payé ou alors sous-payé, c’est se former tout seul, sans espoir de gagner en fonction de l’énergie dépensée, c’est être non budgétisé dans la préparation des cérémonies…

La FEE : Est-il indispensable pour les photographes tchadiens de se spécialiser ?

Salomon : Absolument ! c’est la seule possibilité d’aller vers une production de qualité.

La FEE : Existe-t-il une base de données spécialisées de photos du Tchad sur internet ?

Salomon : Non, il n’y en a aucune à ma connaissance. Sauf des pages individuelles, ci et là sur les réseaux sociaux.

La FEE : Les photographes tchadiens sont-ils organisés en collectif ou association ?

Salomon : Non !

La FEE : Quelle vision as-tu de la photographie au Tchad ?

Salomon : Je désire pousser par les moyens du bord la photographie tchadienne à l’international.

La FEE : Une école de formation en photographie au Tchad. Une bonne idée ?

Salomon : Une très bonne idée !

La FEE : C’est quoi une belle photo selon toi ?

Salomon : Une belle photo, c’est celle qui sort tout droit de l’imagination de l’artiste photographe.