Quand N’Djamena se fout du sens de l’orientation

Un jour, un ancien camarade de la fac qui ne connaissait pas bien mon quartier devrait me rendre visite alors je lui ai fait le plan de la maison par rapport à un rond-point qui se trouvait à près de deux kilomètres de chez moi. A la fin de sa visite j’ai refait le même parcours en sens inverse pour le raccompagner. Pendant que j’y pense, ce temps aurait pu me permettre d’introduire un billet… Enfin bref.

Il n’y a rien de plus agaçant que de se retrouver dans une ville où seules les personnes qui y ont vécu pendant au moins une décennie peuvent circuler avec aisance ! Et en toute honnêteté, il n’y a que dans les films qu’on peut voir quelqu’un débarquer pour la première fois dans une cité avec une adresse notée sur un bout de papier et s’y retrouver sans tracasseries.

Aujourd’hui, nos agglomérations ressemblent de plus en plus à des puzzles géants avec des pièces manquantes ou voire débordantes. A N’Djamena, on dirait que tout a été taillé sur mesure pour nous compliquer la vie et il est difficile de trouver le nœud du problème. Toutefois, on se demande s’il s’agit d’un problème lié à la cartographie de la ville ou alors à un usage collectif de la population devenu une norme.

Le mélimélo des quartiers de N’Djaména

N’Djamena a plusieurs dizaines de quartiers subdivisés en plusieurs carrés (pâtés de maisons). Sauf que chacun dans sa tête est dans le quartier qu’il préfère. Je m’explique : par exemple, j’habite le quartier Atrone. Une plaque sur le mur du chef de carré le prouve sauf que certains de mes voisins prétendent que nous habitons le quartier Habbena et le pire c’est que les agents de la Société Nationale d’Electricité affirment avec conviction que nous sommes dans le quartier Ambatta. Finalement qui dois-je croire ? Je suis dans un quartier dont je ne connais probablement pas le nom.

Les rues

Selon que vous êtes dans un quartier différent, la structuration des rues diffère.

Dans les quartiers huppés, les rues sont bien numérotées avec des petites plaques de couleur bleue fixées contre le mur. Généralement sont renseignées sur ces plaques les informations suivantes : le nom de la rue (s’il y en a un), le numéro du carré et le numéro de la rue.

Les autres quartiers par contre ressemblent à un no man’s land cartographique avec des improbables loungous (ruelles très étroites) !

Une rue de N’Djamena
Crédit Photo Say Baa

Les avenues

Je suis un natif de N’Djamena et à l’heure où j’écris ce billet,  c’est à peine si je connais dix noms des avenues de la ville. Et je suis très loin d’être le seul dans ce cas-là. Pour cause nos avenues ont vraiment pris de la poussière dans le sens propre et figuré du terme ! Je ne me souviens plus de la dernière fois où quelqu’un m’a fait un plan en rapport avec une avenue.

D’un autre côté il y a une profusion de noms d’avenues chaque année pour rendre hommage à un tel général décédé il y a mille ans ou un haut cadre dont le système se souvient de ses beaux et loyaux services après sa misérable mort.

Et il n’y a pas pire comme situation que de vivre en direct le changement de nom d’une avenue. Par exemple : l’avenue Maldoum Bada qui devient l’avenue El Niméri. Mais pourquoi nous compliquer autant la vie ? C’est à croire que les autorités ont eu un éveil de conscience comme quoi Maldoum Bada n’était plus digne de cette rue !

Cette inconstance et cette négligence dans la gestion cartographique de la ville ont dans certaines situations des conséquences souvent irréversibles. Il en est le cas lors de grands incendies, des urgences sanitaires, des interventions policières… Car comment réussi-t-on à faire un plan alors qu’on est dans un quartier qui est confondu avec deux autres, dans un carré qui est sans nom et sans numéro de référence ?

Les astuces pour s’orienter à la tchadienne

Je n’ai aucunement l’intention de vous faire flipper longtemps alors, pour vous orienter comme un vrai Djiddo (un enfant de la ville) dans la ville de N’Djamena voici quelques astuces :

  • Ne perdez pas du temps à retenir les noms des avenues (ça ne sert pas à grand-chose) ;
  • Retenez les noms des quartiers (commencez par les plus populaires) ;
  • Conservez bien en tête les noms des ronds-points (c’est vital !) ;
  • Souvenez-vous des noms des grands bars et boites de nuits (c’est primordial) ;
  • Rappelez-vous les noms des monuments et des grands bâtiments ;
  • Remémorez-vous chaque marché (c’est fondamental) ;
  • Maîtrisez les positions des viaducs qu’il y a à N’Djamena…

En attendant un prochain billet sur la Fenêtre étoilée, j’ai bien envie de me rendre à Walia ! Vous savez, ce quartier qui se trouve de l’autre côté du fleuve en passant par le pont à double voies…

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Auteur·e

lafenetreetoilee

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