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Le mariage par rapt au Tchad : un acte souvent barbare et traumatisant

Le mariage par rapt ou encore par enlèvement est une pratique qui date du Moyen-Âge et qu’on retrouve dans plusieurs continents dont l’Afrique. C’est une pratique qui consiste en l’enlèvement d’une jeune femme par un groupe d’hommes pour la ‘’forcer’’ à épouser l’un des auteurs de l’enlèvement. 

Cette tradition s’est perpétuée (ou continue encore d’exister) dans différentes régions du monde et le Tchad, du nord au sud, n’est pas en reste au grand dam de l’évolution des paradigmes tant au niveau culturel, religieux, humain et juridique.

Crédit Photo : Huguette Oke/Iwaria

Il y a quelques années, un monsieur que je connais bien m’expliquais le principe du mariage par rapt en terre Marba dans le département de la Tandjilé ouest au Tchad. Je reconnaissais beaucoup de choses, certains détails par exemple dans ce qu’il me disait car, j’ai passé plus de dix ans de ma vie dans cette région. 

Le mariage par rapt : l’occasion pour les futurs époux d’être complices ?

A l’origine, me dit-il, le mariage par rapt est un mariage basé sur le consentement des futurs époux. Même s’il est caractérisé par l’enlèvement de la jeune fille, celle-ci est (était) au courant du projet et se prête au jeu avec la complicité de ses copines, cousines et/ou tantes.

Du côté du garçon, le choix de ce mariage était motivé par plusieurs raisons : 

  • Lorsque deux jeunes se plaisent au détriment de l’accord de leurs parents ;
  • Lorsque le jeune garçon n’a pas les moyens suffisants pour payer la dot de sa future épouse ;
  • Lorsque le garçon estime que la dot est exorbitante…

Le garçon venait avec ses amis en bande organisée enlever la jeune fille au marché du village, aux champs, au bord du fleuve et ils s’en allaient discrètement sur un cheval comme prince et princesse, ou alors à coup de rames comme dans une pirogue invoquant la protection du dieu de l’eau…

Il arrivait que la jeune fille soit bizutée pour imposer le respect entre elle et son époux question de lui rappeler que même s’il n’est pas passé par les voies règlementaires, désormais, c’est lui qui répondra d’elle, la défendra et veillera à ce qu’elle ne manque de rien. 

Crédit Photo : Djidjoho/Iwaria

Le mariage par rapt : un mariage respectueux de la belle-famille 

Lors de cet échange, il insistait sur le fait que l’enlèvement de la jeune fille ne se faisait qu’après que le garçon se soit présenté à sa belle-famille en demandant officiellement la main de ladite fille. 

La demande de main en elle-même ne garantit pas le mariage. Par contre, elle permet de savoir que quelque part, un homme a posé un regard amoureux sur la fille. Ce qui signifie tacitement qu’elle pouvait déjà être considérée comme son épouse, et la famille de la jeune fille la préparait en conséquence à cela.

Lorsqu’il y a eu un mariage par rapt, des émissaires étaient dépêchés les jours suivants pour informer et rassurer les parents de la fille que cette dernière est désormais dans telle ou telle autre famille. Et les rituels et sacrifices de cabris et poulets sont faits. 

Au bout d’un mois ou deux, les deux époux revenaient prendre la bénédiction des parents de la fille, indispensable pour une vie de couple de quiétude. A partir de là, les obligations impliquant la dot seront observées soit au bout de quelques mois ou alors sur plusieurs années. Comme on le dit chez les tupuris : ‘’La dot d’une femme ne finit jamais’’ ! Une femme respectueuse et dont le mari est fou amoureux est une femme à qui il rendra grâce en honorant et en couvrant sa famille de présents chaque fois qu’il y sera en visite.

Crédit Photo : Aimée Noukpo/Iwaria

Quand le mariage par rapt vire au cauchemar 

Ces dernières décennies, cet acte est devenu particulièrement déviant car les nouvelles pratiques d’enlèvement laissent à désirer. Plus personne ne joue selon les règles du jeu et on dénombre de plus en plus de victimes mineures.

Au début des années 2000, alors que j’étais un petit garçon, successivement, trois jeunes filles (femmes de ménages) de la vingtaine dont j’étais proche ont été victimes du mariage par rapt. Victimes parce que rien de ce que m’a dit le monsieur n’avait été respecté ! De ces trois mariages, je garde des souvenirs assez précis de deux (1er et 3e).

Mariage forcé : enlevée et torturée

Pour le premier cas, le futur époux était venu demander la main de la jeune demoiselle à ses parents. Leur amour n’étant pas réciproque, elle refusa sa demande.

Quelques mois plus tard, elle se faisait enlever alors qu’elle rentrait de chez nous pour la maison. Elle avait eu droit à de la pure torture à coup de baston, de ceinture, de fouets en métal (appelé communément en terre Marba ‘’Dis la vérité’’), pendant des heures, sur plus de trente kilomètres. Le tout à pied et en pleine nuit ! J’ai aussi le souvenir de ses parents venant chez nous le jour suivant, tôt le matin chercher leur fille sans savoir que la veille, elle avait été enlevée…

Crédit Photo : Sue/Iwaria

Mariage forcé : enlevée puis violée

Quelques années après que la femme de ménage qui nous couvrait de tant d’amour et qu’on affectionnait tous beaucoup a été enlevée, une autre subira le même sort.

Cette fois, c’était un dimanche. Elle était partie avec ses copines au marché et un groupe d’une dizaine de jeunes hommes lui ont tendu une embuscade. A coup de ceintures et de ‘’Dis la vérité’’, ils la trainaient sur environ cinq kilomètres. Arrivée à destination, elle n’avait plus sur elle qu’une petite culotte et un soutient gorge, le visage tuméfié et des œdèmes sur tout le corps.

Elle fut enfermée dans une case avec son ‘’mari’’ qui essaya de coucher avec elle sans succès. C’est alors que ses amis plus imposants que lui physiquement l’aidèrent à violer la jeune fille en l’immobilisant sur le lit lui retenant ses pieds et ses bras.

La haine qu’elle portait pour le jeune homme était palpable ! Elle regagna la maison familiale deux jours plus tard en espérant que son papa l’accepte à nouveau chez lui. Mais il la renvoya chez son ‘’mari’’ lui disant qu’elle était déjà souillée…

Crédit Photo : Pablo/Iwaria

Entre tradition et modernité : la cruauté du mariage par rapt

Personne ne semble y penser dans ces villages : les violences physiques, morales, psychologiques, le viol, l’absence de consentement…

Les responsabilités doivent pourtant être dégagées à double niveau.

La responsabilité des parents

Je suis un curieux des cultures ! J’aime découvrir de nouvelles choses, de nouvelles réalités et le Tchad n’en manque jamais ! 1.284.000 km2 de superficie, plusieurs centaines de langues et d’ethnies… c’est un terrain culturel sur lequel, il y a beaucoup de nuances, beaucoup de non-dits et surtout une grande omerta. Or l’article 250 de l’ordonnance N°12-PR-MJ du 12 juin 1967 portant promulgation d’un Code Pénal condamne expressément le délaissement et l’exposition (au danger) des enfants.

Les bastonnades, les enlèvements, les tortures, les blessures… ont droit de cité face aux parents de jeunes filles qui les adulent. C’est bien de défendre sa tradition mais je dis qu’il y a des cultures à bannir !

Crédit Photo : Gopal Amah/Iwaria

La responsabilité de l’État

Si les parents des jeunes filles semblent cautionner ces actes barbares, il appartient à l’État, garant des droits de chaque individu au travers du législateur de veiller à ce que les délits connexes, tels que les coups et blessures (art.254 ord. N°12-PR-MJ du 12 juin 1967), le viol (art.276), le détournement de mineur, l’enlèvement, la séquestration et la traite (article 146 Code Civil), constituent des infractions pénales et soient retenus comme charges contre les auteurs d’un mariage par rapt.

Quelqu’un de votre entourage a été victime d’un mariage par rapt ? Dites-nous dans le commentaire comment cela s’est passé…


Tchad, 45°C à l’ombre : adoptez les gestes qui sauvent !

Je suis né au Tchad et après toutes ces années, je ne me suis jamais habitué à la chaleur. Jamais ! De toutes les façons, qui vous dira qu’il ou elle aime prendre un bain de soleil à 40, 42, 45, 47°C ? Quelqu’un qui vit en Sibérie ? Peut-être, mais 47°C… Bref. Le soleil ardent est une chose que les peuples vivant dans les régions du Sahel partagent en commun depuis des lustres. Autour de lui, des histoires se sont écrites, de sombres mais surtout de belles, de très belles même. Des légendes sous l’ultime témoignages des dunes de sables. Des mirages. Le Sahel et son soleil continuent de semer de beaux récits ci et là toutefois, nous devons nous en protéger car le revers de la médaille n’est pas toujours bienfaisant.

Les effets d’un soleil ardent de 45°C sur la peau

On aime tous les premiers rayons du soleil du matin mais quand ils deviennent agressifs au bout de deux heures comme c’est souvent le cas au Tchad, on s’expose indubitablement à divers problèmes cutanés :

  • Des coups de soleil et des coups de chaleur qui se manisfestent suite à une exposition plus ou moins longue au soleil. Ils sont particulièrement dangereux pour les nourrissons, les personnes âgées…
  • Des risques pour les yeux ;
  • La lucite qui est une forme d’allergie qui provoque des plaques rouges et des éruptions de boutons sur la peau à différents endroits du corps ;
  • La fragilisation des cheveux ;
  • Les risques de cancer de la peau… 
Crédit Photo : Achraf/Iwaria

Il fait chaud ? Ne lésinez pas sur l’eau et les boissons 

En tout cas, c’est le conseil que m’a donné Maïmouna, cette agro-entrepreneure, promotrice de Bettega Bio. J’ai pris l’habitude de la voir arpenter les couloirs des bureaux avec un panier rempli de bouteilles de jus pour les ventes. En cette période où la température franchie la barre des 45°C à l’ombre dans certains endroits, il est préférable pour sa santé d’adopter de bonnes habitudes. 

Avec sa startup qui transforme des produits locaux en poudre, farine, confiture, sirop, tisane… en ce mois de ramadan, Bettega Bio se focalise sur la transformation des fruits (ananas, mangue, betterave, baobab, tamarin, gingembre, bissap) en jus et sirop sans colorants ni additifs. 

Elle m’explique qu’il y a des gens qui naturellement ne boivent pas beaucoup d’eau, (moins d’un litre par jour) donc, les jus Bettega Bio peuvent être une alternative pour compenser la consommation d’eau surtout qu’elle propose la possibilité d’en faire sans sucre ajouté pour préserver la santé de sa clientèle. Tout y est pour vous faire aimer le goût du naturel !

Des jus Bettega Bio. Crédit Photo : Maimouna

Le soleil n’empêche pas les activités en externe, au contraire !

Pas de vie, sans soleil ! Sauf qu’à 45°C, lorsque vous pensez sortir pour le travail, le marché ou juste pour glaner avec des ami.e.s, il faut penser à prendre quelques précautions :

  • Se coiffer d’un turban ;
  • Porter un chapeau ;
  • Préférer des habits en coton ;
  • Porter des sandales ou des chaussures confortables en tissus ;
  • Porter régulièrement des lunettes de soleil ;
  • Avoir de l’eau à porter de main…
Crédit Photo : Magassa Muss/Iwaria

Chacun avec ses petites habitudes pour gérer la chaleur 

Quand vous sillonnez les rues de N’Djaména, vous découvrirez que les gens ont des habitudes particulières. Pour se rafraichir le corps, tous les moyens sont permis :

  • Les devantures des maisons sont régulièrement arrosées, des nattes prennent d’assaut le sol, des éventails et des grandes tasses d’eau y sont disposés…
  • Il suffit de longer le fleuve Chari pour voir des groupes de personnes par dizaines s’adonner aux baignades toute la journée.
  • Il n’est pas exclu de voir en ce moment de ramadan des gens porter des t-shirt et se coiffer de turbans trempés…

Avez-vous des conseils, des astuces pour mieux gérer le soleil ardent ? Avez-vous vécu une expérience particulière à cause de la chaleur ? Dites-nous tout dans les commentaires !


World Wide Web : Internet, doit-on vraiment s’en méfier ?

Injures, appel à la haine, racisme, arnaque, jeux d’argent, radicalisme violent… Ce sont autant de maux qui prennent de l’ampleur dans nos sociétés ayant pour principal moteur internet. Face à ces problèmes, des enfants moins aguerris… Mais Internet, doit-on vraiment s’en méfier ?

Ce moyen de communication ressemble de plus en plus à une zone de non droit où les uns et les autres produisent et/ou s’exposent aux contenus haineux face à une cible toujours de plus en plus jeune.

Crédit Photo : Iwaria

Il est bien vrai que sur la toile, des possibilités se créent au travers des sites internet tels que les annonces, les recrutements, la documentation… Les réseaux de messagerie permettent aux utilisateurs de communiquer entre ami(e)s, famille, collègue de travail via des plateformes dédiées.

Encore faut-il que les gens soient initiés à la bonne utilisation de ces outils numériques. Très souvent, on se retrouve avec des gamins de treize ans et des fois bien moins, produisant du contenu sur les réseaux sociaux sans aucun contrôle parental. Ce qui produit des conséquences irréversibles. 

Les adolescents, qui a bien des égards recherchent un soutien social, un endroit pour s’exprimer, oser des nouvelles choses dans cet univers virtuel qui semble être totalement anonyme et sous contrôle grâce à quelques petits clics, fournissent des informations préjudiciables sur eux et leur entourage sans s’en rendre compte.

Crédit Photo : Medsile/Iwaria

Au travers du Big Data, ce sont des trillions de données amassées chaque jour ci et là de manière complètement passive. Elles représentent un enjeu marketing et commercial privilégié. Et dans les mains de mauvaises personnes, ces données peuvent entrainer des catastrophes dignes d’une explosion atomique.

Au début des années 2000, lorsque les téléphones portables faisaient leur apparition au Tchad, personne ne s’attendait à ce que les choses aillent aussi vite, que les téléphones changent de formes, d’apparence et deviennent autant performants. Tel un déluge qui surprendrait dans un sommeil profond, ni les parents, ni les adolescents n’étaient préparés à gérer leur e-réputation en anticipant les conséquences d’une mauvaise utilisation de l’outil informatique.

Crédit Photo : Pixabay

L’isolement social, les fausses informations, les trolls… nourrissent la méfiance du grand public vis-à-vis de l’utilisation d’internet. Toutefois, internet reste un excellent outil de communication et de recherche d’informations, un moyen d’accès au service innovant…

Il a autant de beaux jours que de mauvais devant lui tant que les gens « prétendent » le maitriser, qu’ils se comportent comme si en parler était un sujet tabou…

World Wide Web

Réveillé dans la petitesse d’un monde infiniment grand

Où on m’a confessé l’impolitesse de son élan

Il changera le monde par une succession de code

Nous sortira de l’âge de pierre pour nous mettre à la mode

Il refera notre éducation

Changera nos anciennes formations

Plus besoin d’ardoise

Un téléphone s’en charge

Il s’occupera de notre santé depuis notre canapé

C’est à croire que le paradis serait un univers connecté

Villes intelligentes, cuisines branchées

Conduites pertinentes, informations libérées

Oui par une succession de codes, l’homme a refait le monde ! Mais à quel prix ?

Les prédateurs sexuels sur le net se multiplient

Les réseaux sociaux prolifèrent

Et la protection de nos enfants nous indiffère

Notre intimité exposée en deux trois clics

Enfouis dans un charabia de code informatique

Crédit Photo : Pixabay

World Wide Web

J’aurais aimé que notre devise soit

L’humain d’abord et non la machine avant

Sommes-nous nés pour vivre ou essayer de survivre

Sommes-nous nés pour dépendre de la technologie ?

J’aimerais souvent te parler sans l’intermédiaire d’une machine 

Simplement parce que c’est humain 

A mon plus grand regret, je ne serai rien sans toi

Alors donnes-moi des ailes pour voler avant ton dernier au revoir 

A mon plus grand regret tout fonctionne à l’envers

Les chantages ont corrompu les valeurs sociétales du sahel

Entre nous j’aimerais aussi souvent me commande un voyage 

A dos de dromadaire faire des petites escales et manger quelques dattes

Et surtout, en toute humanité partager un thermos de thé vert

Crédit Photo : Magassa Muss/Iwaria

World Wide Web

La plus grande force de ce monde

Est paradoxalement sa plus grande faiblesse aussi

Alors normal que je rêve d’un internet sûr et libre

Tout en sachant que d’où je viens,

L’homme est super riche, riche de sa culture et de ses valeurs


N’Djaména : le fructueux business du maraichage dans le lit du fleuve Chari

Vers le mois de mars, lorsque l’eau du fleuve Chari quitte son lit naturel pour diverses raisons liées au changement climatique, il devient un lieu propice pour diverses activités plus ou moins lucratives. Des femmes et des hommes arpentes alors ses abords pratiquer le maraichage en tous genres.

Le fleuve Chari prend son origine de la RCA en traversant une bonne partie du Tchad jusqu’à se jeter dans le lac Tchad sur environ 1.200 km. Il joue un rôle très important dans l’agriculture (les cultures de contre saison), l’élevage (pour les transhumants) et la pèche.

Vers le mois de septembre chaque année, le fleuve Chari connaît de grandes crues qui peuvent avoir des conséquences désastreuses pour les habitations environnantes. C’est ce qui arrive souvent dans la capitale tchadienne.

Planchers de plantes de poivrons / Crédit Photo : Say Baa

N’Djaména et l’agriculture urbaine 

Il fut un temps où l’agriculture était pratiquée à l’intérieur même de la capitale tchadienne. A cette époque, il n’y avait pas autant de population dans la ville et les quartiers environnants étaient plus utilisés comme des champs pour la culture du millet, du maïs, du riz, du concombre…

Cette pratique a longtemps persisté dans certaines cours de maisons où en saison des pluies, quelques pieds de maïs sont plantés ci et là, un peu d’oseille dans un coin de la maison, des plantes de tomates…

Crédit Photo : Say Baa

Les sites de culture et leur mise en valeur 

Les sites de maraichage s’étendent sur plusieurs kilomètres le long du fleuve Chari qui passe par la capitale du Tchad. Des deux côtés du fleuve, plusieurs hectares de parcelles de cultures de tous genres poussent chaque année en cette période de Bakara à Farcha en passant par Walia et Sabangali.

Le lit du Chari, riche en alluvions, favorise la culture maraichère avec à proximité l’eau du fleuve pour l’arrosage. 

Au besoin, certaines parcelles sont renforcées avec des engrais organiques pour maximiser la production.

Les produits issus de la culture maraichère du fleuve Chari

Très souvent ce sont des légumes qui sont cultivés dans le lit du Chari. Particulièrement prisés pour leurs récoltes qui se font de manière plus ou moins rapide. Généralement deux mois suffisent pour récolter les premiers produits.

Toutefois, d’autres denrées alimentaires comme le manioc et le maïs y sont également cultivées à plus petite échelle.

Il faut rappeler que ce sont des jardinages sur des parcelles sous irrigation manuelle en utilisant l’eau du fleuve ou en creusant un puit à proximité qui généralement n’excèdent pas trois mètres de profondeur. L’irrigation se fait par aspersion au moyen d’arrosoirs.

Crédit Photo : Say Baa

La contribution de la culture maraichère au développement rural 

Ils sont nombreux, jeunes femmes et hommes à se lancer dans le business du maraichage au bord du fleuve Chari. Bien que les risques encourus comme le vol, la dévastation du jardin par des hippopotames, l’engloutissement des espaces cultivables par de grandes eaux de pluies… soient grands, ce business n’en reste pas moins lucratif.

En termes d’apport brut en argent, un jardinier peut en cinq mois faire un chiffre d’affaires qui s’élève à plus d’un million de francs CFA. Une planche de 10 mètres de légumes pouvant se vendre à 50.000 FCFA.

Au-delà de l’apport monétaire, le maraichage développé dans le lit du fleuve Chari contribue à alimenter les marchés de N’Djamena de légumes sains et de qualité pendant au moins la moitié de l’année.

Crédit Photo : Say Baa

La gestion du capital foncier : cas du lit du fleuve Chari

Au Tchad, la terre appartient à l’État. Mais coutumièrement, la terre appartient à un clan, à un grand-père qui le cède à son fils qui le lègue aux siens… Cette attribution foncière ne s’applique pas au lit du fleuve Chari car il n’appartient à personne en particulier. Toutefois, depuis que plus de personnes ont pris l’habitude de cultiver au bord du fleuve, des petites tensions ne cessent de naître pour des questions de territoire et d’ancienneté sur les lieux.

Un puit d’eau d’à peine deux mètres de profondeur / Crédit Photo : Say Baa

La commercialisation et le circuit de distribution 

Des commerçantes ont l’habitude d’aller au bord du fleuve et commander les légumes dont elles ont besoin pour leur commerce quand ce ne sont les jardiniers qui le leur apporte au marché.

D’autres jardiniers ont opté pour une approche différente, proposant leurs produits aux restaurateurs. De cette façon, chaque jour, ils livrent les produits directement dans les restaurants respectant la quantité commandée.

En attendant qu’un des légumes cultivés au bord du fleuve Chari finissent dans nos assiettes, laissons-nous tenter par une balade dans les parcelles de jardins sous le regard bienveillant du fleuve…


Tchad : la lutte contre les incivilités, une vraie urgence pour nos sociétés

Dans les sociétés tchadiennes, un problème générationnel semble gangrener le comportement des uns et des autres. Celui lié aux incivilités ! Chacun y va de son inspiration en créant des manquements aux plus petites règles de vie en sociétés, les bonnes manières. Un coup à vous faire prendre un ‘’Damboula hanakou’’ présidentiel dans la gueule !

Un problème depuis les familles ?

La situation semble anodine mais lorsque des enfants grandissent avec à l’idée que jeter des ordures dans la rue, insulter des gens parce qu’ils ne sont pas issus de la même classe sociale qu’eux, fumer dans des lieux publics sont des comportements normaux, alors on se retrouve fatalement face aux situations bafouant le respect des convenances qui régissent la vie en société.

On dit souvent que la famille est une société en miniature. De ce fait, pour réussir une vie dans laquelle des personnes de divers horizons cohabitent pacifiquement, il faut que le cocon familial soit un bon milieu pour l’épanouissement des enfants au contacts d’autres personnes.

Crédit Photo : Gopal Amah/Iwaria

Les incivilités dans nos villes

A l’opposé de la civilité qui est un ensemble de règles proposant des modèles de conduite adaptés aux différentes situations sociales, chaque incivilité est susceptible de créer un problème spécifique à une situation.

Le respect des règles de vie qui permettent le vivre ensemble au Tchad est mis à mal depuis belle lurette.  

Crédit Photo : Anselmo Colazzo/Flickr

Les incivilités sur la route 

C’est là où le côté complètement « inconscient » des gens se manifeste le plus. Et les cas se multiplient :

  • Donner la priorité aux piétons : peu importe la situation et peu importe que ce soit un monsieur de 80 ans qui traverse la route à pied, il est rare que des gens derrière leur volant patientent sans manquer de le faucher ou de lui balancer des jurons ;
  • La pollution volontaire : c’est peut-être une des pires incivilités qui soit dans notre pays. Il y va du fait de jeter des papiers dans la rue, des mégots de cigarette par terre, des sachets de friandises, des mouchoirs usagés, des bouteilles en plastiques, des canettes, des cache-nez…
  • Les manquements au code de la route : souvent, des gens sur deux motos différentes se retrouvent en train de causer tout en roulant comme s’ils étaient dans leur salon pendant que la circulation est cahoteuse ! Dans le même ordre d’idée, des gens en voiture occupent deux chaussées, baissent les vitres de leurs voitures pour se balancer des « salamalek » au détour d’un rond-point et prendre quelques renseignements en plus.
Crédit Photo : Aristodemo De Cesaris/Flickr

Les incivilités face au savoir-vivre

On ne cessera jamais de le dire, pour vivre en harmonie dans une société, il faut impérativement que les uns et les autres arrivent à apprendre le savoir-vivre qui est un élément catalyseur pour une bonne entente entre les gens. Il en ainsi de :

  • Respecter les zones « non-fumeur » : au Tchad, il existe beaucoup de fumeurs, pourtant, tous ne semblent pas comprendre qu’il n’est pas toujours bien de fumer partout même si l’envie de le faire est insoutenable. Il en est de même pour le fait de fumer dans un lieu public ;
  • Aider des personnes âgées ou handicapées : quand j’en parle avec les personnes plus âgées de mon entourage, elles ont toutes la même conclusion, cette génération n’a aucun respect pour les personnes vulnérables moins encore pour celles qui sont âgées ;
  • Les discriminations raciales, physiques, sexuelles… : je n’arrive toujours pas à comprendre la logique derrières ces haines sans fondement. Ces gens qui se haïssent à cause de leurs différences, ces personnes qui s’adonnent aux violences physiques contre des personnes vulnérables et sans protection, ces individus sans foi ni lois qui violent sexuellement des enfants, des femmes au nom de je ne sais quelles pulsions sexuelles sournoises… 
  • La politesse : pour revenir à la génération de mes parents, on mériterait une éducation à l’ancienne. Lorsqu’un enfant se montre impoli avec son ainé, toute personnes témoigne de la scène est sensée le corriger, à la déculottée si besoin ;
  • Les insultes : vous les reconnaissez ces jurons 100 % tchadiens ? Damboula, houmar, azaba, fatiss, kelib… Et bien ils nous accompagnent tous les jours à tout niveau de la société, à tous les âges…
  • Les dégradations de biens publics : dans la tête du tchadien, quand quelque chose ne lui « appartient » pas directement, il veut toujours en abuser. Les exemples ne manquent pas. Il y va des tags sur les murs, du fait de s’assoir sur le dossier d’un banc public et piéter avec ces chaussures des fois avec des boues la partie indiquée pour s’asseoir…
  • Le tapage nocturne : autre domaine dans lequel on excelle bien, c’est de créer de la nuisance sonore avec ces bars qui se créent partout et tous les jours, boire de l’alcool jusqu’à pas d’heure et se laisser aux bruits sur ses voisins…
Crédit Photo : Matt Brown/Flickr

Les autres civilités auxquelles, on ne semble plus s’adonner

  • Trier les ordures ;
  • Donner son sang ;
  • Se dévouer pour la collectivité ;
  • Faire du bénévolat

Pour espérer remédier à ces phénomènes de société, il nous faut adopter de « bonnes attitudes » en fonction de chaque incivilité, car à chaque fois que vous reprocher un acte incivil à quelqu’un (généralement ils sont toujours sur la défensive), les choses peuvent très mal se passer.

Tout de même, il faut que le comportement de chacun arrive à produire un modèle social exemplaire pour favoriser une prise de conscience. 

Les exemples liés aux actes d’incivilités ne manquent pas et pour redresser la barre, il faudrait que chaque individu se donne les moyens de faire les choses biens pour son pays, sans attendre que cela viennent forcément de l’Etat.


Laï : la capitale tchadienne de l’or blanc !

Dans le sud du Tchad, se niche Laï, une petite ville d’environ 40.000 habitants. Et comme les petites villes de ce pays, Laï rencontre des problèmes démesurés liés à son enclavement. En saisons des pluies, le trafic routier vers cette ville est suspendu. Tous les engins ne sont pas faits pour traverser la boue, de grands trous ou carrément un bras de fleuve sur plus d’un kilomètre ! Ces grandes crues qui ont le don d’engloutir la surface de Laï, en ont fait un fief pour la culture rizicole.

En saison pluvieuse, le niveau de l’eau sur le trajet Kélo-Laï peut être de plus de 1,20 cm/Crédit Photo : Say Baa

Une terre d’abondance

Déjà au mois de mars, pendant que les cultivateurs des autres régions attendent les premières gouttes de pluies pour commencer les cultures, à Laï, certains champs sont déjà en pleine effervescence. Des pépinières de riz à la phase de repiquage, des petits espaces verdoyants colorent le paysage jaunâtre et grisâtre. C’est le moment des cultures de contre-saison.

Les conditions sont réunies, pour qui sait dompter la terre, pour s’adonner à cœur joie à la culture du riz. Bien que plusieurs zones du Tchad, du Mayo Kebbi (le Nord de la ville de Bongor et le canton Katoa) au Mandoul, soient excellentes pour la riziculture, la province de la Tandjilé est définitivement la championne avec ses sites de Deressia. Ce sont plusieurs centaines d’hectares de champs de riz sablo-argileux qui semblent joindre l’horizon au loin, dans une verdure à chaque fois au paroxysme de sa maturité.

Un champ de riz au mois de septembre 2020 / Crédit Photo : Say Baa

Des techniques de culture rudimentaires

La culture du riz au Tchad se fait de manière traditionnelle, c’est-à-dire avec des instruments à motricité humaine ou animale à l’instar de la houe, de la daba, de la charrue… L’utilisation des machines industrielles se fait de manière timide avec de plus en plus de présence de tracteurs, de motopompes et autres dans les champs. Cette approche traditionnelle de la culture du riz a le don de limiter la production car à la seule force des bras, il est impossible de s’imaginer cultiver des centaines d’hectares.

Le bassin du Chari Logone facilite les cultures de contre-saison avec un système d’irrigation depuis environ deux décennies. Ce système de culture vient renforcer la capacité de production déjà grande en couvrant toute l’année.

Culture avec des techniques anciennes/Photo d’illustration de Hbierser: Iwaria

Récolte et distribution du paddy

Plus d’hectares cultivées, plus la récolte est grande. Et chaque année, la seule zone rizicole de Laï produit plusieurs centaines de milliers de tonnes de riz paddy qui seront ensuite acheminées dans tout le pays pour la vente. Là encore, la récolte se fait à la main selon un procédé méticuleux et exténuant.

La capitale de l’or blanc gagnerait à être mise à l’honneur

Malgré son potentiel immense en rapport avec la riziculture, force est de constater que la province de Laï est la troisième plus pauvre du Tchad.

La nature a fait grâce à cette ville, c’est une terre d’abondance qui hélas est oubliée car même son potentiel avéré dans la production du riz n’est pas exploité à sa juste valeur et pendant des mois, s’y rendre ou en sortir relève du parcours du combattant avec des routes totalement impraticables !

Avec ces difficultés bien connues, les jeunes et certaines ONG développent des projets aux fins de booster l’économie de la région.

En attendant que des efforts soient faits pour faciliter la culture et l’exportation de cet or blanc, c’est sûr, Laï continuera de nous nourrir de son authentique et savoureux riz ! En espérant des jours meilleurs, laissez-moi vous faire apprécier ce magnifique coucher du soleil qui à lui seul vaut le détour d’un petit séjour de tourisme dans la belle capitale tchadienne de l’or blanc.

Coucher du soleil sur le fleuve qui traverse toute la ville de Laï/Crédit Photo : Say Baa


La grosse arnaque du 8 mars est-elle enfin terminée ?

Un mois prend fin aujourd’hui… Comme vous le savez, c’est un mois dit de « défense des droits des femmes ». Et en tant que tel, de grands enjeux socio-politiques sont sensés s’y dérouler. Mais depuis que j’ai conscience de la fameuse journée du 8 mars, la plupart des choses qui s’y déroulent ne m’enchantent guère.

Aujourd’hui, je vous livre à ce propos, mes incompréhensions, mes craintes et mes peurs… N’en déplaisent aux « féministes » de façade et leur chorale « matuviste » (m’as-tu vu).

Crédit Photo : Amisom/Iwaria

Le 8 mars et le « féminisme » chez-moi

Parlant du féminisme, on est vraiment loin de cette doctrine qui favorise l’égalité des droits entre les femmes et les hommes, si c’est pour qu’en une journée, certaines femmes se lèvent dans une sorte de « prise de conscience » collective pour exiger des hommes une étoffe de tissu, demander l’autorisation de rentrer à la maison à 9 heure du soir, la permission de ne pas faire la cuisine, la latitude de sortir faire la fête… A voir ces habitudes, on peut conclure qu’on n’est vraiment pas sortie de l’auberge car la plupart des femmes n’ont toujours pas compris qu’elles ont des droits et qu’elles doivent en jouir toujours.

L’idée du féminisme fait souvent tâche dans le décor face aux poids pesants des us, coutumes et contraintes religieuses. Très souvent, face à Dieu, l’homme et la société, le cœur des femmes balance et rebalance dans une tachycardie infernale, infinie…

Crédit Photo : AMISOM/Iwaria

Le 8 mars chez moi et en Afrique…

Chaque année, les mêmes choses (ou presque) sur la toile africaine. Des pagnes hyper colorés, portés sous toutes les coutures, quelques femmes en délire pendant une journée entière, des défilés pour des manifestations politiques, quelques réflexions sur les réseaux sociaux… Et ç’en est tout !

Mon séjour de quelques années au Cameroun m’a fait découvrir une sorte de célébration du 8 mars complément déchantée. Certaines femmes, pendant des jubilations « soulèvent leurs kabas » (robes) pour laisser entrevoir leurs sous-vêtements ou encore leur intimité. Et pendant longtemps j’ai cherché à comprendre le lien avec le fait de défendre ou de revendiquer un droit.

Pour se laisser aller à ces réjouissances, on croirait presqu’il n’y a plus de lutte, que les femmes sont autonomes et vraiment libres.

Crédit Photo : Denis Carrascosa / Iwaria

Cette année comme les autres

Quand nous prenons le contexte de ce pays, les défenseures des droits des femmes, celles qui élèvent la voix pour dénoncer les injustices, les inégalités, les violations des droits se font harceler au quotidien et sont stigmatisées pour avoir osé dénoncer les iniquités.

Or, loin de l’idée d’une grande rencontre entre femmes pour constater ensemble le chemin parcouru ainsi que les avancées réelles en termes d’égalités de droits entre femmes et hommes et de justice, le 8 mars est devenu une journée grandement dédiée au folklore.

Depuis 1977, qui aurait pu croire qu’il y auraient des femmes qui jubileraient en se pavanant dans de belles robes aux couleurs du 8 mars, celles qui se noieraient dans des bouteilles jusqu’à pas d’heure au nom de je ne sais quoi, celles qui se laisseraient aller aux incivilités les plus ahurissantes ? Mais face à ces dames-là, heureusement, il y a l’histoire, une figure, Clara Zetkin. Il y a également les réminiscences avenantes de la lutte de Rosa Parks, mère du mouvement des droits civiques, Wangari Maathai qui continue de façonner des légendes, Simone de Beauvoir qui aura compris qu’on ne naît pas femme mais qu’on le devient…

Et si on revenait à la source ?

Une femme ne se célèbre pas en un jour (8) moins encore en un mois (mars) ! Chaque jour que Dieu fait, est un jour pour célébrer l’humanité, la femme ! Les jours nouveaux sont là pour défendre ses droits, s’affirmer, vivre pleinement car entre nous, l’empreinte du monde est féminine !

Honnêtement, je ne voudrais donner de leçon à personne sur sa façon de vivre sa vie. Mais les discours maladroitement ficelés derrière un écran pour dire : « je condamne… », « Nous condamnons… », restent assez léger face aux luttent qui devraient être menées chaque jour avec fougue et détermination au profit de ces enfants, de ces femmes par milliers maltraitées dans le monde.

Bon courage à toutes ces femmes qui mènent de vraies luttes, de luttes humaines chaque jour pour un monde meilleur…

Crédit Photo : Achraf / Iwaria


Tchad : un club de lecture pour jeunes aveugles voit le jour à N’Djaména

En tant qu’artiste, j’aime les rencontres et je peux vous assurer qu’au-delà des personnes bienveillantes, de bons conseils et admiratives, il y a des rencontres comme celle-ci qui vous changent profondément, qui apportent à votre vie une nouvelle raison. Celle de donner plus, de donner mieux.

Une rencontre pourtant inopinée 

Tout a commencé il y a près de deux ans, alors que j’animais une émission à la radio. Un jeune homme m’avait appelé pour m’inviter à une manifestation des jeunes déficients visuels. Il voulait que je vienne déclamer quelques textes de slam à la journée nationale des personnes handicapées. Je n’ai pas hésité une seconde et me suis présenté le jour même de l’événement. Nous y avons passé ensemble un agréable moment. 

Ils ont chanté, ils étaient au clavier, à la guitare et à la batterie, ils ont même animé un petit sketch. 

Des jeunes du CRJA présentant un sketch de sensibilisation à l’importance des cours pour les personnes aveugles / Crédit photo : Say Baa

Au-delà d’être de bons vivants, ce sont d’abord des élèves passionnés

Ils sont une trentaine d’âmes logées dans le Centre de ressources pour Jeunes Aveugles, ici à N’Djaména. Tous vont à l’école et optent malgré eux pour la série littéraire, car leur handicap limite leur accès aux sciences. Tout de même, ce n’est pas une raison de lâcher prise.

« Nous avons déjà tellement de chance d’avoir accès à l’éducation, contrairement à d’autres aveugles ».

Dominique, un jeune du CRJA
Une jeune fille aveugle utilisant un écritoire pour passer un examen de géographie / Crédit photo : Flickr

Le Centre de ressources pour Jeunes Aveugles, un refuge depuis une trentaine d’années

Il y a déjà une trentaine d’années que le Centre de Ressources pour Jeunes Aveugles a été créé par un prêtre français dans l’optique de venir en aide aux jeunes non-voyants en les scolarisant et surtout en leur offrant un cadre de travail et d’échange dans lequel ils ne se sentiront pas seuls et isolés. Depuis, le pari a été tenu ! Plusieurs jeunes sont sortis de ce cadre nantis d’un baccalauréat et d’autres ont eu la chance de faire des études universitaires dont ils sont également sortis diplômés.

Des générations s’y sont succédé et la tradition se perpétue au grand dam des techniques anciennes d’apprentissage du braille.

Dominique, un jeune du CRJA référençant les livres offert au centre grâce à son écritoire / Crédit photo : Say Baa

Une bibliothèque constituée de livres en braille mais  »obsolète » 

Dominique, un jeune du centre m’assure que dans d’autres pays (sans doute ceux de l’occident) les techniques d’apprentissage du braille sont améliorées et plus faciles à assimiler. Leur bibliothèque qui date de la création du centre est constituée de livres en braille abrégé, un langage qu’ils n’arrivent pas à décoder parce qu’ils ne l’apprennent pas. Du coup, la bibliothèque ne leur sert à rien.

Des documents en braille abrégés prenant de la poussière sans être exploités / Crédit photo : Say Baa

Le type de littérature dont ils ont accès

La majorité des élèves du centre sont inscrits au Lycée Sacré Cœur de N’Djaména. De ce fait, ils suivent les cours dans des classes « normales » (avec des personnes voyantes). La plus grande difficulté survient lorsqu’ils doivent exploiter des romans. Pendant que les autres peuvent lire entièrement un livre et le comprendre, eux doivent se contenter d’un résumé de quelques pages en braille. L’autre difficulté réside également dans le fait qu’ils n’aient pas accès au dictionnaire en braille, ce qui complique davantage leur habilité à apprendre de nouveaux mots et d’enrichir leur vocabulaire.

Quelques livres parmi la trentaine offert au CRJA / Crédit Photo : Say Baa

Un club de lecture pour essayer de palier à ce problème

Avec des ami(e)s, j’ai bien voulu lancer ce club de lecture pas tout à fait comme les autres. Je vous explique son fonctionnement. Nous avons déposé au CRJA une trentaine de livres (des romans au programme et quelques classiques). Le club de lecture intervient une fois par semaine pour faire une lecture bénévole aux jeunes non-voyants dans l’espoir de leur faire découvrir un livre, entièrement.

Dominique et moi établissant une liste des livres reçus/ Crédit Photo : Corentin Leroux

Appel à contribution 

Un grand merci à toutes celles et ceux qui ont contribué à ce projet !

Ce projet n’est pas fermé sur un groupe d’individus, il est ouvert à qui veut bien apporter sa pierre à la construction de l’édifice. Vous avez un vieux bouquin qui prend de la poussière dans votre étagère ? Offrez-le-nous, il servira à d’autres personnes ! Vous êtes un auteur, un passionné de littérature, un professeur de littérature et vous voulez partager cette passion avec des gens qui sont dans le besoin ? Contactez-nous dans la partie réservée aux commentaires et nous-nous chargeons d’organiser cela ! Enfin, voulez-vous vous lancer dans un projet complément dément ? Alors, réfléchissons ensemble à offrir de véritables livres en braille à ce centre !!!


Les reines de Gaoui font (ré)apprécier la poterie aux Tchadiens

Au Tchad, l’utilisation des ustensiles de cuisine en argile remonte à très longtemps. Je me rappelle encore avec beaucoup d’émotions de mes rares séjours au village aux côtés de ma grand-mère paternelle. Au-delà de l’attention presque divine qu’elle me consacrait, elle s’occupait de moi tel d’un prince. Mon repas était préparé et servi dans des ustensiles en argiles aux motifs qui rappellent les peintures rupestres de l’Égypte antique. Moi, garçon de la ville qui jusqu’ici ne connaissaient que des jarres d’eau en argile, je m’en donnais à cœur joie de tout gouter dans ces couverts d’un autre genre.

Depuis plus de 20 ans, à part les jarres d’eau et celles pour les boissons, je n’ai plus dégusté un poulet rôti assorti de sa boule rouge dans une tasse en argile ni même manger de la bouillie dans un gobelet fait de la même matière.

J’ai grandi depuis et de ces choses-là je me rappelle avec nostalgie jusqu’à cette exposition…

Expoterie dans les jardins de l’Institut Français du Tchad / Crédit Photo : Say Baa

« Expoterie » honore la capitale du Tchad

Depuis quelques jours, se tient au sein de l’Institut Français du Tchad en pleine ville de N’Djaména une exposition dénommée « expoterie » qui met en valeur la poterie tchadienne célestement portée par les « reines » de Gaoui, une localité située à une vingtaine de kilomètres de la capitale tchadienne.

Quelques objets en argile à l’exposition / Crédit Photo : Say Baa

A l’origine, un autre artiste qui voulait se frotter à d’autres reines artistes 

L’artiste tchadien Mawndoé Célestin a lancé il y a environ deux ans un projet dénommé « Au nom de l’art ». Selon lui, ce projet est un chemin qu’il a longtemps cherché et sur lequel il s’épanouit beaucoup. De ce projet naîtront successivement « les reines de Gaoui » et « la maison de l’argile », avec l’appui de la représentation diplomatique française au Tchad. Au nom de l’art est une invitation à l’essentiel, au partage de l’art comme passion et surtout comme identité.

Désormais, au sein de l’espace de la tradition du sultanat de Gaoui trône un lieu de valorisation de la poterie tchadienne depuis l’époque des saos.

Une carafe d’eau et des mug en argile / Crédit Photo : Say Baa

De multiples objets exposés

Dans les jardins de l’Institut Français, Expoterie offre une expérience visuelle incroyable ! Des œuvres sont exposées par centaines, allant des jarres traditionnelles aux carafes d’eau, en passant par des assiettes, des mugs, des cendriers, des colliers, des pipes, des cuillères… A travers ces œuvres made in Chad, on espère que les Tchadiens (continueront) consommeront les produits locaux et participeront à sa promotion.

La poterie à Gaoui étant une activité 100 % féminine, Au nom de l’art entend valoriser suffisamment ce secteur, afin de favoriser l’autonomisation des femmes de cette région qui vivent dans une grande précarité. 

Une carafe d’eau en forme téière / Crédit Photo : Say Baa

Expoterie offre également une expérience de dégustation de mets locaux 

Lors de ces expositions, un petit restaurant propose des mets tchadiens disposés dans des ustensiles de cuisines faits à base d’argile. L’expérience de dégustation dans ces couverts est gourmande et poétique, la saveur de la sauce visiblement rehaussée et un service impeccable couronne le tout sous le regard bienveillant des reines de Gaoui !

Un plat de légumes assorti à sa boule de maïs, le tout servi dans des couverts en argile / Crédit Photo : Say Baa


U-Report Tchad forme des jeunes à l’utilisation responsable d’internet

Les réseaux sociaux constituent une véritable source de problèmes auprès des internautes adolescents. Ces dernières années, l’actualité au Tchad est affolante allant du harcèlement sur les réseaux sociaux en passant par les escroqueries, les chantages et bien d’autres maux. Face aux utilisateurs majoritairement jeunes et mal informés les bourdes s’enchainent et leur e-réputation en pâtit.

Ces dernières semaines, dans les locaux de WenakLabs, se sont déroulées des formations sur l’utilisation responsable du numérique dans le cadre du programme U-Report, porté par l’UNICEF. La formation a été dédiée à une vingtaine de jeunes âgés entre dix-huit et vingt-cinq ans.

J’ai eu l’immense plaisir de travailler avec ces jeunes qui avaient chacun leurs histoires, leurs réalités, les histoires de leurs quartiers, de leurs associations et de leurs entourages à raconter. Et ensemble, nous avons décidé de faire le premier pas, rédiger ensemble ce billet de blog pour revenir sur ces semaines de formations. Mes guest ‘’blogueurs’’ prennent le contrôle sur La Fenêtre Étoilée pour vivre une nouvelle expérience.

Jeunes U-Reporters en pleine formation

La nécessité d’une formation dédiée aux jeunes 

U-Learning est un programme de formation organisé par U-Report, qui est un outil gratuit de recueil et d’échange de la parole des jeunes. Il permet aux jeunes de s’exprimer, de s’informer et de se mobiliser sur des sujets sociaux. 

Le contenu de cette série de formations portait sur plusieurs modules à savoir :

  • Reconnaitre les Fake news et leur pouvoir de nuisance ; 
  • Décrypter les messages, les images, et les vidéos en ligne ;
  • Applique le fact-cheking journalistique ;
  • Gérer et utiliser les réseaux sociaux ; 
  • Créer des contenus web et gérer mon identité numérique.  

Cette formation a été très enrichissante et conviviale. Par la même occasion, ce fut une occasion pour chacun de nous de rencontrer d’autres jeunes issus de différents horizons. Nous étions une vingtaine à acquérir des connaissances sur l’utilisation des outils numériques.

Séance de travail avec les jeunes U-Reporters/Crédit Photo : Rose

Une prise de conscience collective

Pendant quatre semaines, WenakLabs nous a ouvert ses portes pour une formation qui, depuis, impacte positivement notre utilisation des réseaux sociaux. Elle nous a permis de revoir nos anciennes manières d’utiliser les réseaux sociaux telles que les publications inutiles, les comportements néfastes, les contenus haineux et les fake news. Ainsi nous avons appris à protéger notre réputation, et à découvrir de nouvelles astuces sur nos smartphones pour une utilisation plus optimale.

Les jeunes U-Reporters apprennent à faire de belles photos avec leurs smartphones/Crédit photo : Tidjani

Des perspectives nouvelles

Au sortir de cette formation, nous comptons faire des sensibilisations individuelles sur différentes thématiques auprès de nos entourages respectifs, organiser un U-Report challenge qui aura pour objectif la mise sur pieds d’un projet accès sur le U-learning qui favorisera le relai d’information auprès des jeunes de notre âge.

Cette initiative nous permettra, team des U-Reporters de rester actifs et utiles à notre société, afin de partager nos centres d’intérêt avec d’autres jeunes et de mieux organiser nos activités. 

Séance de travail avec les jeunes U-Reporters

E-Réputation : Hymne des U-Reporters

Je suis jeune et j’utilise internet en faisant attention  L’opinion que les autres se font de moi, influence ma e-réputation 
L’entretenir et l’améliorer est désormais ma principale préoccupation
Car une simple fake news peut concourir à ma décrédibilisation   Heureusement, pléthores d’outils existent sur internet pour des vérifications  Je m’en sers pour préserver mon image avec de bonnes actions 
Je suis jeune et j’utilise internet en faisant attention 
Comme d’autres, sur les réseaux sociaux, je vis ma passion 
Pour cela, je dois entretenir une belle réputation 
Mon entourage est submergé de fausses informations 
Et c’est à moi de leur apprendre à poser de meilleures questions
Je suis jeune et j’utilise internet en faisant attention 
Ma formation en U-Learning me permet de maitriser la situation 
La bonne gestion de mes réseaux sociaux est dorénavant une obligation
Et le respect de l’identité d’autrui, une prescription  
Un grand merci à U-Report et ses partenaires pour cette formation…

Team U-Report Tchad.

Ta voix compte !