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Dodji Agbétoglo : Un talent sculpté dans l’ombre de la précarité artistique

Malgré un talent internationalement reconnu et une médaille de bronze aux Jeux de la Francophonie 2023, le sculpteur togolais Dodji Agbétoglo illustre les défis de la précarité artistique en Afrique, entre invisibilité locale, manque de soutien institutionnel et quête de découvrabilité dans un monde globalisé.

Une reconnaissance tardive sur la scène internationale

Né à Lomé en 1989, Dodji Agbétoglo incarne cette génération d’artistes africains qui, malgré une formation solide et des pratiques artistiques ancrées dans les traditions locales, peinent à se faire reconnaître dans leur pays d’origine. Diplômé en sculpture au village artisanal de Lomé, il a su façonner un style singulier. Inspiré des pratiques culturelles et cultuelles endogènes du Golfe de Guinée. Ses œuvres, souvent monumentales, mêlent bois brûlé, métal et perles traditionnelles, et trouvent leur essence dans les objets rituels. Notamment les « asen », ces autels portatifs qui relient le monde des vivants à celui des ancêtres. Pourtant, il aura fallu attendre les Jeux de la Francophonie en 2023 pour que son talent émerge sur la scène internationale.

La médaille de bronze obtenue à Kinshasa a marqué un tournant dans sa carrière. Cette reconnaissance, bien qu’importante, soulève une question cruciale : pourquoi un artiste de cette envergure n’a-t-il pas bénéficié d’une telle visibilité auparavant ? Plus encore, pourquoi son propre pays ne lui a-t-il pas accordé la reconnaissance qu’il mérite ?

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Des oeuvres en bois sculptées par Dodji. Crédit : Say Baa

La précarité des artistes africains : une réalité silencieuse

La situation de Dodji Agbétoglo n’est pas un cas isolé. Nombreux sont les artistes africains, talentueux et innovants, qui peinent à vivre de leur art. Faute de structures de soutien adéquates, d’une politique culturelle ambitieuse et d’un marché de l’art local dynamique, beaucoup voient leur carrière stagner. Les expositions, résidences artistiques et foires internationales nécessitent des financements que les artistes, souvent livrés à eux-mêmes, peinent à réunir. Cette précarité les pousse parfois à s’expatrier ou à chercher des opportunités à l’étranger, au détriment d’une scène culturelle locale qui en pâtit.

Dodji Agbétoglo, malgré son succès, n’échappe pas à cette réalité. Son atelier, Tayé-Tayé, basé à Lomé, est à la fois un lieu de création et de formation pour de jeunes artistes. Cependant, les moyens financiers dont il dispose sont limités. Comme beaucoup d’artistes africains, il jongle entre la création artistique, la recherche de financements et la gestion de son atelier. Cette précarité entrave non seulement sa capacité à créer en toute liberté mais limite aussi la visibilité de son œuvre à un plus large public.

Un exemple similaire se retrouve au Tchad avec l’artiste Apollinaire Guinambaye plus connu sous le nom de DOFF. Dont les œuvres, empreintes de traditions et de techniques contemporaines, peinent à trouver un écho dans son pays natal. Bien que ses tableaux aient été exposés dans des galeries au Gabon, en France et aux États-Unis, Doff lutte pour se faire connaître localement, faute de structures culturelles adaptées et de soutien institutionnel. Sans mécénat ni financement public, il doit souvent autofinancer ses tableaux et ses déplacements, limitant ainsi sa production artistique et sa visibilité. Son atelier à N’Djamena, est également un lieu de formation pour de jeunes artistes. Mais il manque de ressources pour pleinement remplir cette mission. Comme pour Dodji Agbétoglo, la précarité freine son développement artistique. Illustrant les défis auxquels sont confrontés les artistes africains dans un environnement culturel peu propice à leur épanouissement.

La découvrabilité des œuvres africaines : un enjeu crucial

Dans un monde de plus en plus numérisé, la découvrabilité, c’est-à-dire la capacité pour une œuvre d’être facilement trouvée par ceux qui pourraient s’y intéresser, devient un enjeu clé pour les artistes africains. Les plateformes numériques, les réseaux sociaux et les foires internationales offrent de nouvelles opportunités d’exposition, mais encore faut-il que les artistes aient accès à ces outils et soient formés à leur utilisation. C’est là que réside l’une des principales difficultés : sans soutien institutionnel et sans accompagnement, les artistes comme Dodji Agbétoglo peinent à se rendre visibles au-delà de leurs frontières locales.

Le manque d’infrastructures culturelles au Togo, et plus largement en Afrique francophone, explique en partie cette invisibilité. Les expositions internationales, bien que prestigieuses, ne suffisent pas à combler le vide laissé par l’absence de galeries d’art locales et d’événements culturels de grande envergure. Alors que l’Afrique regorge de talents, les artistes restent souvent dans l’ombre, faute de mécanismes de découvrabilité adaptés.

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Crédit : Say Baa

Le rôle des médias dans la mise en lumière des artistes

L’atelier de formation et de sensibilisation des journalistes culturels d’Afrique de l’Ouest et du Centre, tenu à Lomé le 13 novembre 2024, s’inscrit dans cette perspective. En sensibilisant les journalistes aux enjeux de la découvrabilité des œuvres culturelles africaines, cet événement a pour objectif de mieux faire connaître les artistes locaux et de susciter un engouement pour leur travail. Les médias ont un rôle crucial à jouer dans cette dynamique : en mettant en lumière des artistes comme Dodji Agbétoglo, ils contribuent non seulement à leur reconnaissance, mais aussi à la valorisation d’un patrimoine culturel riche et diversifié.

La découvrabilité : un levier essentiel pour révéler les talents locaux

C’est à travers la formation sur les enjeux de la découvrabilité, organisée par l’OIF et pilotée par Kanel Engandja-Ngoulou, Directeur de la langue française et de la diversité culturelle, que Dodji Agbétoglo a été mis en lumière. Ce concept désigne le potentiel pour un contenu d’être aisément découvert en ligne, même par des internautes ne le cherchant pas précisément. Au-delà de la trouvabilité, la découvrabilité repose sur des mécanismes complexes tels que l’usage stratégique des métadonnées, le référencement ou encore l’influence des algorithmes de recherche. Dans un contexte africain marqué par des infrastructures culturelles limitées, ce levier apparaît crucial pour des artistes comme Dodji. En l’absence de politiques culturelles ambitieuses ou de soutien institutionnel, la visibilité numérique devient une opportunité unique d’atteindre un public global. Si les défis restent nombreux, cette formation offre une lueur d’espoir en renforçant les capacités des artistes à se faire découvrir.

Un avenir incertain, mais plein d’espoir

Alors que Dodji Agbétoglo continue de travailler à Lomé, il porte en lui l’espoir d’un changement. Ses œuvres, empreintes de symbolisme ancestral et d’une esthétique contemporaine, résonnent au-delà des frontières du Togo. Si son pays tarde à lui accorder la reconnaissance qu’il mérite, il n’en demeure pas moins un ambassadeur de la culture togolaise sur la scène internationale. Et grâce à des initiatives comme les Jeux de la Francophonie et les ateliers de sensibilisation, l’espoir d’une meilleure découvrabilité pour les artistes africains grandit.

Dans l’attente de ces évolutions, Dodji Agbétoglo continue de sculpter son chemin, entre tradition et modernité, dans une quête perpétuelle de reconnaissance et de transmission.


L’Institut Français, ministère de la culture au Tchad ?

Depuis des décennies, le ministère de la Culture au Tchad semble être une institution en déclin, incapable de soutenir et de promouvoir efficacement le riche patrimoine culturel de la nation. Cette défaillance chronique a conduit à une situation où des entités étrangères, comme l’Institut français, se substituent de facto au ministère, offrant une plateforme essentielle pour les artistes locaux. Cette dynamique soulève des questions cruciales sur l’avenir de la culture tchadienne.

Institut Français via Wikimedia

Le ministère de la Culture au Tchad s’apparente davantage à un ministère de consolation, un portefeuille sans grands enjeux que l’on fait passer d’un individu à un autre pour d’éventuels services rendus au régime en place. Ce ministère ressemble à une coquille vide, manquant de financement et de ressources indispensables pour soutenir les institutions culturelles, les artistes et les initiatives locales. Le tout, avec des fonctionnaires se tournant les pouces au quotidien en attendant leur salaire en fin de mois.

La plus grosse part du budget alloué à la culture couvre les salaires du personnel, ne laissant rien pour le fonctionnement et les politiques de développement propres au ministère. Cela met les musées, bibliothèques, centres d’art et autres institutions culturelles dans un état de précarité.

Absence de politique et de vision à long terme

Un des problèmes majeurs du ministère est l’absence de politiques culturelles cohérentes et d’une vision à long terme. Un ministère de la Culture efficace doit avoir une stratégie claire pour préserver, promouvoir et développer la culture nationale. Au Tchad, cette absence de direction se traduit par un manque de leadership et une mauvaise gestion des projets culturels. Il n’y a ni planification ni suivi. Tout est fait de manière ad hoc. La continuité administrative est inexistante, face à des fonctionnaires qui jouent à l’autruche pour préserver leurs acquis personnels.

Les problèmes de bureaucratie, de corruption et de mauvaise communication entre les différentes entités culturelles aggravent encore la situation. Les fonds qui devraient être utilisés pour soutenir les artistes et les institutions culturelles sont souvent détournés ou mal gérés, finançant certains déplacements du ministre et de son staff pour des festivals et voyages farfelus sans aucun intérêt pratique pour la culture tchadienne. Il est absurde, selon moi, qu’un ministre de la Culture du Tchad assiste à un festival de cinéma quelque part en Afrique alors que le pays ne dispose d’aucune infrastructure cinématographique. L’urgence serait de développer des stratégies pour ouvrir au moins une salle de cinéma afin de soutenir l’industrie créative tchadienne. Cette mauvaise gestion se répercute sur la qualité et la quantité des programmes culturels disponibles pour le public.

Dégradation du patrimoine culturel

La négligence du ministère dans la préservation du patrimoine matériel et immatériel est alarmante. Des sites historiques et des objets d’art précieux se dégradent faute de soins appropriés. « Nous perdons chaque jour une partie de notre histoire et de notre identité », déplore un conservateur de musée. Cette défaillance met en péril non seulement la culture tchadienne, mais aussi son potentiel touristique.

Achta Djibrine Sy, ancienne ministre de la culture, avait soulevé un problème crucial en mars 2022 lors de sa passation de service. « Le Tchad a le privilège d’avoir deux sites comme patrimoines mondiaux de l’humanité : le massif de l’Ennedi et les lacs Ounianga » observait-elle. Dans la convention qui lie le Tchad à l’UNESCO, il est prévu la production d’un rapport de suivi de ces patrimoines. Malheureusement, se désole-t-elle, le délai a été « largement » dépassé et le pays a été « sermonné ». La menace de retrait de ces deux sites du patrimoine mondial de l’UNESCO était brandie. « Comprenez ici notre douleur d’être humiliés. De voir notre pays être humilié. Parce qu’il est incapable de produire un rapport de suivi. On ne produit pas un rapport de suivi dans un bureau. »

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Manque de soutien aux artistes

Les artistes tchadiens se trouvent dans une situation particulièrement difficile. Sans le soutien financier, logistique ou promotionnel du ministère, ils peinent à se faire connaître et à vivre de leur art. Pourtant, ils ont besoin d’infrastructures, d’ateliers, de résidences et de financements pour pouvoir créer et partager leur travail. Et plus important encore une loi portant création d’un fonds d’appui à la création artistique marquant une implication réelle des autorités étatiques à soutenir ce secteur.

Ce manque de soutien se traduit par une précarité économique et des conditions de travail difficiles pour les artistes.

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L’Institut Français : un substitut nécessaire

Face à l’inaction du ministère de la Culture, l’Institut français au Tchad a pris le relais (je dirais même qu’il l’a toujours eu) en offrant une plateforme d’expression et de production de spectacles pour les artistes, écrivains et musiciens locaux, essayant ainsi de combler le vide laissé par le ministère. Cette institution organise des expositions, des concerts avec sa scène qui est devenue mythique au fil des années (la scène de la validation) des ateliers qui permettent aux artistes de présenter leurs œuvres au public et de bénéficier de formations et de mentorat.

L’Institut français fournit également des bourses, des résidences et des équipements essentiels au développement des artistes grâce à sa politique de soutien à la mobilité via le service des affaires culturelles de l’ambassade de France. Sans l’Institut, beaucoup d’artistes tchadiens seraient sans grands repères pour se développer. Le soutien de cette institution confère aux artistes une certaine légitimité et crédibilité, les aidant à se positionner sur le plan local et international.

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Quelles perspectives pour quelles implications ?

La situation actuelle du ministère de la Culture au Tchad pose de sérieux défis pour l’avenir de la culture nationale. Une réforme profonde, avec une augmentation significative des financements et une gestion plus transparente et efficace, est nécessaire pour revitaliser le secteur culturel. En l’absence de telles mesures, le Tchad risque de perdre une partie précieuse de son identité et de son patrimoine.

Cependant, le dynamisme de l’Institut français et d’autres initiatives privées montre qu’il existe une volonté et un potentiel pour revitaliser la culture tchadienne. Nous devons travailler ensemble pour créer un écosystème où la culture peut s’épanouir. La route est longue, mais il est essentiel de commencer dès maintenant pour assurer un avenir culturel florissant au Tchad.

Hey, bonne fête de la musique à vous !


Tchadiens et survivants des dérives de l’État

Dans mon pays, tous les chiffres sont au rouge, littéralement : la santé, l’éducation, la liberté, l’égalité, le travail, la propriété, la justice, la politique… même le climat s’y est mis, nous laissant aucun moment de répit. C’est à se demander mais qu’est-ce qui fonctionne encore dans ce pays ? Rien en fait. Mais non ! La corruption, la répression politique, la censure des médias, l’intimidation, le culte de la personnalité, les féminicides, les tueries de masse, le contrôle totalitaire semblent avoir de beaux jours devant eux… Il faut noter que le Tchad, est confronté à de nombreux défis en matière de respect des droits humains. Selon Amnesty International et Human Rights Watch, les violations des droits humains sont monnaie courante, notamment la répression des dissidents politiques, la censure des médias et les violences contre les femmes.

Les violations des droits humains sont des actes qui portent atteinte aux droits fondamentaux de chaque individu. Elles ont des conséquences graves sur la vie des personnes touchées, notamment la perte de la vie, la torture, la détention illégale, la discrimination et l’exploitation. Les violations des droits humains sont contraires aux principes de la dignité humaine et de l’égalité, et elles doivent être combattues avec détermination.

Echangeur du quartier Diguel à N’Djaména. Crédit Photo : Achraf Benkhalil/Iwaria

Les différentes formes de violations des droits humains au Tchad

En comprenant les différentes formes de violations des droits humains, leur signification et les moyens de les combattre, nous pouvons contribuer à promouvoir le changement et la justice. Plusieurs cas de violations des droits humains sont régulièrement signalés au Tchad. Par exemple, les forces de sécurité sont souvent accusées d’actes de torture et d’autres mauvais traitements. En octobre 2022, le gouvernement de transition du Tchad a réprimé violemment les manifestations pacifiques, faisant des morts et des blessés, les violences sexuelles et les féminicides sont également une réalité préoccupante au Tchad, le pays comptabilisait douze féminicides au premier trimestre de cette année 2023 et l’exploitation économique et le travail forcé sont également courants.

Les restrictions à la liberté d’expression sont également courantes, avec des journalistes et des activistes régulièrement ciblés pour leur travail. Vous l’aurez compris, les violations des droits humains au Tchad prennent de nombreuses formes, notamment :

La répression politique et la violence contre les opposants politiques et les manifestants ;

Les violences sexuelles et les féminicides ;

L’exploitation économique et le travail forcé ;

L’accès limité aux services de base tels que l’éducation et la santé ;

Les atteintes à la liberté d’expression et d’opinion

Ces droits humains fondamentaux négligés

Le droit à la vie et à la sécurité : un droit de façade comme les autres aussi d’ailleurs. La sécurité de la population est constamment menacée par ces hommes armés coptés de façon illégale et payé avec l’argent du contribuable qui terrorisent de paisibles citoyens dans l’impunité la plus absolue. La vie ici n’est plus un droit car le bas peuple est constitué de SURVIVANTS ! Survivants parce que nés dans des conditions déplorables. Nous sommes nombreux, les survivants des statistiques alarmantes des risques liés à l’accouchement sans plateau technique adéquat. Alors la vie, on la prend comme elle vient…

Le droit à la liberté et à la dignité : liberté ? Il faut oser parler pour comprendre que cette formule ‘’Tout être humain né libre en droit et en dignité’’ ne s’applique pas chez nous. Ici, la liberté consiste à la fermer et à tout subir !

Le droit à l’égalité et à la non-discrimination : égalité ? Vraiment ? Pendant que des gens manquent de vous écraser avec un gros cylindré acheter grâce au détournement des deniers publics ou que des gens se servent dans le trésor public parce qu’ils sont issus de la famille détentrice du pouvoir ? Ne me parlez pas de ‘’non-discrimination’’ quand il n’y a qu’un seul médecin pour 20.000 personnes pendant que ceux par qui on est arrivé à cette situation soigne leur rhume dans des pays étrangers avec l’argent du contribuable.

Crédit Photo : Achraf Benkhalil/Iwaria

Les réponses de façade du gouvernement tchadien

Pour faire plaisir (car les cas de violations des droits humains ne baissent pas pour autant au Tchad. Au contraire, l’État sévit et de plus en plus durement) à la communauté internationale, le Tchad s’est engagé à bien des égards à respecter les droits humains pour bénéficier des appuis financiers et de développement de projets de tout genre sur son territoire national. Dans cette logique, le Tchad ratifiera :

Le Protocole facultatif à la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants de 2012 ;

La Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées en 2007 ;

La Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale en 1977 ;

Le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels en 1995 ;

La Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille en 2012 ;

La Convention relative aux droits de l’enfant en 1990 ;

Le Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l’enfant, concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés en 2002 ;

Le Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l’enfant, concernant la vente d’enfants, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scène des enfants en 2002 ;

La Convention relative aux droits des personnes handicapées en 2012

La réponse du gouvernement tchadien face aux violations des droits humains a souvent été critiquée. Malgré les promesses de réformes, les progrès sont toujours lents et souvent insuffisants. Les responsables de ces violations restent généralement impunis.

Il est urgent de faire respecter les droits humains au Tchad

Il y a une urgence à mettre en place des mesures pour faire respecter les droits humains au Tchad. Cela peut être réalisé par : la mise en place d’institutions nationales de protection des droits humains indépendantes, la sensibilisation et l’éducation aux droits humains dans les écoles et les différentes communautés, la promotion de la participation citoyenne et de la société civile, la coopération internationale pour la promotion et la protection des droits humains…

Il est essentiel que la communauté internationale continue de faire pression sur le gouvernement tchadien pour qu’il respecte les droits humains même si je suis de ceux qui pensent que les tchadiens devraient travailler ensemble, main dans la main pour trouver des solutions à leurs problèmes et capitaliser de ces expériences. Les citoyens du Tchad méritent un gouvernement qui respecte leurs droits fondamentaux et leur permet de vivre en paix et en sécurité.


Le combat pour la justice sociale au Tchad

Afrique du Sud 1948-1994, Soudan du Sud 2005-2011, Tunisie 2010-2011, Burkina Faso 2014, Algérie 1954-1962, Égypte 2011, Namibie 1966-1990… Savez-vous ce que ces pays et ces dates ont en commun ? LA REVOLUTION ! La lutte contre les inégalités sociales et économiques, la lutte contre les inégalités raciales systémiques, la lutte pour les libertés politiques, la lutte contre la corruption, la lutte contre la domination des gouvernements, la lutte contre la domination des groupes armés, la lutte pour les droits civiques… Ces exemples sont à l’origine des questions autour de la justice sociale.

Les mouvements civiques émergent dans différents contextes historiques et culturels, mais sont souvent motivés par des inégalités sociales et des injustices. Des figures emblématiques ont marqué les mouvements des droits civiques en Afrique à l’instar de Nelson Mandela, Patrice Lumumba, Ellen Johnson Sirleaf, Thomas Sankara, Kofi Annan, Wangari Maathai, Desmond Tutu… qui continuent d’inspirer et d’éveiller l’esprit de nombreux jeunes africains à l’importance du patriotisme, de la justice et de l’égalité entre humains.

La justice sociale est un concept fondamental qui vise à garantir l’égalité des chances, l’équité et la protection des droits fondamentaux pour tous les individus au sein d’une société. Au Tchad, la question de la justice sociale revêt une importance particulière en raison des défis socio-économiques et politiques auxquels le pays est confronté.

Crédit Photo : AMISOM/Iwaria

La pauvreté et les inégalités de revenus

La pauvreté est un problème majeur qui affecte une grande partie de la population tchadienne. Selon les données de la Banque mondiale, en 2018, près de 42% de la population vivait en dessous du seuil de pauvreté national. Les inégalités de revenus sont également très prononcées, avec une petite élite qui concentre une grande partie de la richesse du pays. Selon le rapport du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) de 2020, l’indice de Gini, qui mesure les inégalités de revenus, était de 0,43 au Tchad, indiquant une forte disparité économique.

Les ressources naturelles du pays sont souvent exploitées par des multinationales ou des particuliers qui mènent une vie de luxe, tandis que le Tchadien lambda peine à inscrire ses enfants à l’école, à se soigner et à manger à sa faim. La crise de la COVID-19 a aggravé la pauvreté et les inégalités au Tchad, entraînant une récession et faisant passer des centaines de milliers de Tchadiens dans l’extrême pauvreté. Des réformes ambitieuses sont nécessaires pour une relance inclusive et durable. Les défis socio-économiques et politiques auxquels le pays est confronté rendent la question de la justice sociale particulièrement importante.

Crédit Photo : Iamdavidrotimi/Iwaria

Les difficultés d’accès aux services de base

Au Tchad, l’accès aux services de base tels que l’eau potable, les installations sanitaires et d’hygiène de base, les soins de santé essentiels, l’éducation, la justice, l’identification civile, la formation et l’emploi est très inégalitaire et loin d’être suffisant. Les populations en situation de crise sont particulièrement vulnérables et ont un accès limité aux services de base. Les femmes et les adolescentes sont également confrontées à des difficultés pour accéder aux soins de santé reproductive. Selon l’UNICEF, le manque d’accès aux services d’eau et d’assainissement, couplé avec de mauvaises pratiques d’hygiène, tue les enfants ou les rend malades chaque jour au Tchad très peu de personnes ont accès à des installations d’assainissement de base et à une source d’eau potable améliorée. De plus, le taux d’alphabétisation au Tchad est l’un des plus bas au monde, avec seulement 22% des adultes sachant lire et écrire selon le ministère de l’éducation en 2020. Ces disparités d’accès aux services de base contribuent à perpétuer les inégalités socio-économiques et à limiter les opportunités pour les populations les plus vulnérables.

A lire : L’école tchadienne, tueuse de l’espoir ?

Crédit Photo : Iwaria

Un système judiciaire inopérant

Le Tchad fait face à des défis importants en matière d’accès à la justice. Le système judiciaire du pays est souvent critiqué pour son inefficacité, sa corruption et son manque de ressources. A bien des égards, le pouvoir judiciaire est confisqué par l’exécutif prenant des décisions arbitraires contre la population. A l’heure où j’écris ce billet, les magistrats tchadiens sont en grèves depuis plusieurs semaines pour réclamer des meilleures conditions de travail mettant aux arrêts tout le système judiciaire et les greffiers menacent à leur tour d’entrer en grèves dès la semaine prochaine pour les mêmes raisons. De même, des images en date du 23 mars montraient le palais de justice de N’Djaména dans un état inconcevable. Des dossiers sont disposés à même le sol et d’autres dans des toilettes abandonnées.

Selon le rapport de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples de 2020, le manque de personnel qualifié, d’infrastructures adéquates et de moyens financiers limite l’accès à une justice équitable. De plus, la corruption au sein du système judiciaire est un problème récurrent, ce qui compromet la confiance des citoyens dans le système judiciaire.

A lire : Pour ce Tchad mis à feu et à sang : rêve-t-on justice ou chimère ?

Les récurrentes violations des droits de l’homme

Le respect des droits de l’homme est une composante essentielle de la justice sociale. Malheureusement, au Tchad, des violations des droits de l’homme sont régulièrement signalées. Les forces de sécurité sont souvent accusées d’abus, notamment de torture, de détentions arbitraires et de mauvais traitements envers les détenus. De plus, la liberté d’expression et d’association est souvent restreinte, avec des cas de harcèlement et d’intimidation envers les défenseurs des droits de l’homme et les journalistes. Ces violations des droits de l’homme sapent la confiance des citoyens dans les institutions et entravent l’accès à une justice équitable.

A lire : Le viol des enfants au Tchad : entre omerta et indignation.

Ici, nos mémoires sont encore fraiches de souvenirs car on se souvient de Richard Mbaiguedem mort des suites de torture, Rozi Barkai, Mahamat Abakar, Khalil Mahamat tué par les gendarmes, Mateyan Manayal Bonheur assassiné par le cortège du président de l’Assemblée Nationale et toutes les victimes de la manifestation du 20 octobre 2022

Les mêmes personnes commettent des bavures impunément, les enfants de riches humilient et violent des femmes sans crainte, ils torturent et tuent des gens car la justice ne s’applique pas à eux.

A lire : Tchad : tu sais parler ? Alors ferme-la !

Crédit Photo : Femovier/Iwaria

Le soulèvement populaire l’emporte souvent sur les pires dictatures…

Le président Blaise Compaoré a été renversé après 27 ans de pouvoir à la suite d’un soulèvement populaire. Les manifestations ont été déclenchées par la tentative de Compaoré de modifier la Constitution pour prolonger son mandat présidentiel.

Le président Zine El Abidine Ben Ali a été renversé après 23 ans de pouvoir à la suite d’un soulèvement populaire. Les manifestations ont été déclenchées par la hausse des prix des denrées alimentaires et le chômage élevé.

Le président Hosni Moubarak a été renversé après 30 ans de pouvoir à la suite d’un soulèvement populaire. Les manifestations ont été déclenchées par la corruption, les inégalités socio-économiques et le manque de libertés politiques.

Le président Omar El-Béchir a été renversé après 30 ans de pouvoir à la suite d’un soulèvement populaire. Les manifestations ont été déclenchées par la hausse des prix des denrées alimentaires et le chômage élevé.

Le président Robert Mugabe a été contraint de démissionner après 37 ans de pouvoir à la suite d’un soulèvement populaire. Les manifestations ont été déclenchées par la crise économique et la corruption…

            A qui le tour demain ? Au fond, tout n’est qu’une question de temps…

L’importance d’un renforcement des institutions et de l’état de droit

Je ne suis pas un fataliste et j’estime que chaque problème peut avoir une solution et pour le cas du Tchad, il est important de promouvoir la justice sociale, de renforcer les institutions et de promouvoir l’état de droit. Cela implique de lutter contre la corruption, d’améliorer l’efficacité du système judiciaire et de garantir l’indépendance du pouvoir judiciaire. Des réformes sont nécessaires pour renforcer la capacité des tribunaux à traiter les affaires de manière équitable et transparente.

La réduction des inégalités socio-économiques est un élément clé de la justice sociale. Des politiques publiques visant à promouvoir l’accès à l’éducation, à la santé, à l’eau potable et à l’emploi pour tous sont nécessaires. Il est également important de promouvoir des politiques de protection sociale pour soutenir les populations les plus vulnérables.


Tchad : le défi de l’inclusion des personnes handicapées

Au Tchad, les personnes vivant avec un handicap sont souvent confrontées à des obstacles complexes. De l’éducation à l’emploi et aux soins de santé, cet article explore les défis auxquels font face ces individus, souvent marginalisés et mal compris. Comment le Tchad peut-il progresser vers une inclusion sociale et économique plus équitable pour tous ?

1999, ma mère, mes petits frères et moi quittons N’Djaména pour nous installer à Bayaka, le nouveau lieu de travail de notre maman, un canton dans la province de la Tandjilé Ouest. Un endroit plein de charme, loin de tout, niché dans une broussaille. J’y ai passé les plus belles années de mon enfance (peut-être de ma vie) ! Le premier dimanche suivant notre arrivée dans ce canton, nous sommes allés à la messe. L’Église était belle, la messe aussi. Mais une chose m’avait particulièrement marquée : ces personnes, ces hommes, ces femmes et ces enfants dépourvus de doigts et d’orteil par dizaine ! J’étais subjugué mais pas effrayé, curieux à l’idée de poser mille questions à maman. Toutefois, je devrais être patient au moins jusqu’à ce que la messe se termine. Pour la première fois, j’apprenais ce que c’était une lèpre. Maman était très pédagogue et moi pas trop envahissant, alors elle m’a tout expliqué, m’a rassuré et m’a encouragé à traiter ces personnes comme je la traiterais.

Ce jour où j’ai découvert le handicap

Sont-ils toujours malades ? Non, plus maintenant, me répondit-elle. Alors pourquoi sont-ils logés dans les dortoirs de l’Église ? C’est parce qu’ils sont rejetés par leurs parents. Il y en a très peu qui ont rejoints leurs parents après leur guérison mais les autres sont là parce qu’ils n’ont nulle part où aller alors l’église leur offre un toit et s’occupe d’eux comme elle peut. C’est donc ça le monde de personnes vivant avec un handicap ? Et c’est comme ça que les adultes traitent les personnes ‘’différentes‘’ ? Ces questions ne m’ont jamais quitté et je ne cesserai jamais de remercier cette femme, ma mère qui m’a appris très tôt que l’humain était très complexe…

Quelques années plus tard, je fais la connaissance de ce grand-père (un oncle de ma mère, je ne saurai vous expliquer avec exactitude le lien familial qui nous lie), aveugle. Quand il séjournait chez nous, on était aux petits soins avec lui, avec toute la maladresse des enfants qui était la nôtre. L’aider à s’orienter, à aller aux toilettes, à lui faire toucher le récipient dans lequel il y avait de l’eau à boire… J’étais content de le voir à la maison en me disant, contrairement à beaucoup de lépreux du centre diocésain, lui était encore accepté par les siens. Je me retrouvais à sourire parce que certains adultes avaient bon cœur et ça, ça changeait la donne !

Crédit Photo : AMISOM/Iwaria

Les laissés pour compte…

Revenons à nos moutons. Les personnes vivant avec un handicap au Tchad font face à de nombreux défis, notamment en matière d’accès à l’éducation, à l’emploi et aux soins de santé. Selon une enquête menée en 2014 par l’Institut National de la Statistique, des Etudes Economiques et Démographiques (INSEED), environ 3,6% de la population tchadienne vit avec un handicap. Cependant, ces chiffres pourraient être sous-estimés en raison du manque de données fiables sur le sujet. Les personnes vivant avec un handicap au Tchad ont souvent des difficultés à accéder à l’éducation. Selon l’ONG Handicap International, seulement 1% des enfants handicapés au Tchad ont accès à l’éducation. Les raisons de cette situation sont multiples, notamment le manque d’infrastructures adaptées, le manque de personnel formé pour travailler avec des enfants handicapés, la stigmatisation et la discrimination à l’égard des personnes handicapées. En plus, les personnes vivant avec un handicap au Tchad ont des difficultés à trouver un emploi décent, ce qui les expose à la pauvreté et à l’exclusion sociale.

3,6% de la population tchadienne vit avec un handicap.

Source : INSEED

Malheureusement, on constate que les personnes vivant avec un handicap ne sont pas traitées avec dignité. Lorsque ces personnes ne sont pas cachées par leurs parents dans les arrières cours de maisons comme des pestiférés, elles sont nombreuses (déficients visuels, handicapés moteurs, mal entendants…) à se retrouver dans les artères de la capitale à faire la manche pour subvenir à leurs besoins quotidiens. Cela leur confère, à tort, une image de personnes bannies de la société.

Manque d’inclusion et de financements

Pendant que les autorités publiques s’égosillent à parler d’inclusion à coups de gros projets dans lesquels ils magouillent et trafiquent toutes sortes de gains, rares sont les espaces publics, les ministères ou encore les moyens de transport qui se préoccupent d’installations accessibles aux personnes handicapées, comme des rampes adaptées aux fauteuils roulants ou des bandes d’aide à l’orientation pour les malvoyants.

Aujourd’hui, je ne connais aucun centre au Tchad qui accueille, forme et autonomise les personnes handicapées sans faire l’expérience de grosses difficultés. Il y va aussi bien du centre pour personnes vivant avec un handicap auditif de Bebidja, dirigé par un couple qui s’est sacrifié pour les pensionnaires, que du Centre de Ressources pour Jeunes Aveugles qui fonctionne difficilement depuis plus de 30 ans grâce aux dons et l’appui de l’église catholique…

Les personnes vivant avec les problèmes auditifs traînent souvent dans les quartiers avec des feuilles de papier sur lesquelles il est mentionné un message pour demander de l’aide financière. Les déficients visuels et les handicapés moteurs sont dans les rues où ils mendient à longueur de journée avec leurs enfants en âge d’aller à l’école.

Le décret N°136/PR/MCFAS/du 06 juin 1994 qui traite des personnes vivant avec un handicap ne trouve grâce aux yeux de personne. Car les personnes handicapées continuent de subir leur handicap au quotidien.

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Crédit Photo : AMISOM/Iwaria

Ces handicaps qu’on ne voit pas toujours

La sentence tombe souvent très rapidement lorsqu’une personne présente des troubles mentaux ou des troubles de la personnalité. On la taxe de folle et on l’enchaîne dans une petite pièce lugubre derrière la maison où elle va subir toute sorte de traitements dégradants : sévices corporels à coups de fouets, des incantations, des breuvages à base d’écorces, de racines et de feuilles d’arbres… Parce qu’on ne sait pas ce qu’est une maladie psychologique ou psychiatrique. En cause, le manque de sensibilisation de masse sur ces sujets et le faible nombre de spécialistes, à savoir moins de 10 psychologues et psychiatres dans tout le Tchad. A cela s’ajoutent les problèmes liés aux troubles de l’apprentissage chez l’enfant et la trisomie 21, considérés comme une possession par un esprit maléfique par beaucoup de personnes.

Il est à noter que le Tchad, à l’instar des pays pauvres, est confronté à des défis importants en matière de santé mentale en raison de facteurs tels que la pauvreté, les conflits, les inégalités sociales, les guerres et l’accès limité aux soins de santé. Ce qui rend urgente la compréhension des maladies mentales considérées comme handicapantes. Malheureusement, les informations spécifiques sur ces maladies sont limitées. Toutefois, elles sont réelles et ont un impact considérable dans la vie de tous les jours.

Handicaps invisibles, stigmatisations réelles

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les maladies mentales handicapantes sont des troubles mentaux qui entraînent une altération significative du fonctionnement psychologique, émotionnel ou social d’une personne. Les maladies mentales handicapantes peuvent inclure des troubles tels que la schizophrénie, les troubles bipolaires, la dépression sévère, les troubles anxieux graves, les troubles du spectre autistique, etc. Au niveau mondial, les maladies mentales handicapantes sont un problème de santé publique majeur. L’OMS estime à environ 450 millions de personnes dans le monde souffrant de troubles mentaux, et près de 1 million de personnes meurent chaque année par suicide, souvent lié à des troubles mentaux. Enfin, 1 milliard de personnes dans le monde, soit 15% de la population, sont porteuses d’un handicap.

Malheureusement, les ressources et les services de santé mentale sont souvent limités dans de nombreux pays africains, y compris au Tchad. Cela entraîne un manque d’accès aux soins et un stigmate social entourant les maladies mentales.

Des jeunes déficients visuels du CRJA/N’Djaména. Crédit Photo : Say Baa

Garantir l’inclusion des personnes handicapées

Plusieurs institutions, dont la Banque mondiale, s’engagent à ce qu’aucun de leurs projets ne soit discriminatoire à l’égard des personnes handicapées, mais il est important d’aller plus loin pour garantir l’inclusion des personnes handicapées dans la société. La promotion de l’égalité des chances des personnes handicapées en matière d’emploi suppose d’interdire la discrimination fondée sur le handicap et exige des mesures pour favoriser leur inclusion sur le marché du travail. Les enfants handicapés au Tchad ont également des difficultés à accéder à l’éducation, ce qui limite leurs chances de réussite et d’insertion sociale.

De plus, les personnes handicapées sont confrontées à des obstacles pour accéder aux soins de santé, notamment en raison de la stigmatisation et de la discrimination. Selon l’OMS, les personnes vivant avec un handicap ont des besoins de santé plus élevés que la population générale.

La situation des personnes vivant avec un handicap au Tchad est un enjeu important pour le développement du pays. En tant que membre de la communauté internationale, le Tchad a un rôle à jouer pour garantir le respect des droits des personnes vivant avec un handicap, ainsi qu’assurer leur inclusion sociale et économique.

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Crédit Photo : Say Baa

Les perspectives d’une meilleure inclusion

Pour améliorer la situation des personnes vivant avec un handicap au Tchad, il est nécessaire de mettre en place des politiques et des programmes qui favorisent leur inclusion sociale et économique. Cela pourrait inclure des mesures visant à améliorer l’accès à l’éducation, à l’emploi et aux soins de santé, ainsi que des campagnes de sensibilisation pour lutter contre la stigmatisation et la discrimination. Il est également important de collecter des données fiables sur la situation des personnes vivant avec un handicap au Tchad, afin de mieux comprendre leurs besoins et de concevoir des politiques et des programmes adaptés.

Bien que le Tchad ait adopté une loi pour protéger les personnes handicapées et garantir leur égalité de chances et de traitement, il reste encore beaucoup à faire pour favoriser leur inclusion sociale et économique. Les personnes handicapées au Tchad ont des difficultés à accéder à l’éducation et à l’emploi, ce qui limite leurs chances de réussite et d’insertion sociale. Il est important de mettre en place des politiques et des programmes qui favorisent l’inclusion des personnes handicapées dans la société, en luttant contre la stigmatisation et la discrimination et en garantissant leur accès à l’éducation, à l’emploi et aux soins de santé.


L’exploitation économique au Tchad à deux noms : Bourma-Gentille et Djim !

Je suis sûr que vous avez déjà vu circuler sur la toile tchadienne ces dernières semaines cette vidéo d’un jeune garçon de la vingtaine, les bras attachés dans le dos et qui se fait égorger comme une bête… Il serait originaire de la province de la Tandjilé, parti dans le nord du pays pour travailler en tant que berger. Il aurait égaré un dromadaire ce jour-là et sa sentence était tombée… des cas de tortures, de sévices de tout genre et d’humiliation sont monnaie courante et souvent assez relayé sur les réseaux sociaux ces dernières années. Ces cas de traitements inhumains concernent majoritairement les travailleurs domestiques souvent réduits en esclaves dans la plupart des grandes villes tchadiennes.

L’exploitation économique et le travail forcé sont des problèmes préoccupants au Tchad. Le pays est confronté à des défis économiques, politiques et sociaux qui ont des répercussions directes sur les conditions de travail et les droits des travailleurs.

Pour la petite histoire, il est de coutume dans plusieurs ethnies du Tchad que les garçons adultes quittent les villages et aillent en ‘’aventure’’ (c’est le terme utiliser pour désigner ces jeunes travailleurs) dans les grandes villes, des fois dans les pays voisins notamment le Cameroun et le Nigéria pour y travailler et amasser un peu d’argent. Généralement, dans ces pays et grandes villes, ces jeunes constituent une main-d’œuvre à vil prix car ils sont prêts à travailler dans tous les domaines pourvu d’avoir un peu d’argent et de ne pas être catalogués de fainéants une fois de retour dans leurs villages respectifs. Ce voyage à plusieurs fonctions. D’abord permettre aux jeunes de profiter d’un long voyage et ses aléas, de découvrir un autre pays ou une grande ville. Ensuite de pouvoir travailler, gagner de l’argent et faire des économies en toute autonomie pour réaliser des projets personnels. Enfin rentrer chez soi après quelques mois ‘’d’aventure’’ pour réaliser lesdits projets. Habituellement, le jeune s’achète un vélo (le saint graal dans les villages lointains), quelques habits, un gros poste radio pour ambiancer ses amis restés au village pendant des fêtes mondaines pour leur donner l’envie de franchir le cap, acheter une vache, se marier, faire des cadeaux à ses parents… Vous l’avez compris, c’est une sorte d’initiation pour passer le cap de l’enfance vers celui de l’adulte qui se serait confronter aux difficultés de la vie au préalable.

Il faut tout de même rappeler que ces aventures ne finissent pas toujours comme dans un conte de fée. Il s’est toujours raconté des histoires de travail forcé, de vol, d’escroquerie etc. mais tout cela sans pour autant décourager les aventuriers. Au contraire. Ils y vont aussi dans le but de déjouer ces genres d’obstacles.

Certes les années 90 et le début des années 2000 ne sont pas pareils que 2023 par exemple. Mais le problème de fond reste globalement le même : la quête de l’argent !

Crédit Photo : AMISOM/Iwaria

Pourquoi en 2023 un jeune décide de quitter son village pour aller travailler ailleurs ?

D’entrée de jeu, il faut noter que plusieurs facteurs contribuent à l’exploitation économique et au travail forcé au Tchad. Parmi eux, on peut citer le manque de réglementation et de contrôle du travail (même si le SMIC est de 60.000 FCFA, le changement climatique qui impacte sur la qualité de la production agricole, la plupart des travailleurs domestiques gagnent deux, trois voire quatre fois moins que cela), la pauvreté, la corruption et l’instabilité politique. Le manque de réglementation et de contrôle du travail permet aux employeurs d’exploiter les travailleurs en les soumettant à des conditions de travail dangereuses, insalubres et non rémunérées. La pauvreté pousse de nombreuses personnes à accepter des emplois précaires et mal rémunérés, les rendant vulnérables à l’exploitation économique. De plus, la corruption et l’instabilité politique affaiblissent les institutions chargées de protéger les droits des travailleurs, favorisant ainsi l’exploitation économique et le travail forcé.

Avec la précarité actuelle et Boko Haram qui sévit depuis plus d’une décennie au Cameroun, au Nigéria et dans la zone du Lac Tchad, beaucoup de jeunes des deux sexes s’adonnent à un exil économique certains sont vendus comme du bétail dans les grandes villes tchadiennes (dans le grand nord et l’Est pour devenir berger ou orpailleur) notamment N’Djaména. Ici, les jeunes filles sont coptées par des familles pour faire à peu près tout : les courses, la cuisine, la vaisselle, la lessive, faire les nounous, le balayage… pour à peine 30.000 frs le mois. Parmi elles, des filles qui travaillent journalièrement. Elles flânent dans les rues de certains quartiers de N’Djaména au lever du soleil dans l’espoir de faire de la plonge dans des familles pour 500 FCFA ou 1000 FCFA et espérer trouver le reste de la nourriture de la veille pour manger un peu. Souvent, c’est le seul repas qu’elles mangeront de la journée… Ces filles bonnes à tout sont régulièrement victime d’attouchement et de d’abus sexuel surtout lorsqu’elles sont engagées dans de grandes familles ayant beaucoup de garçons sous le toit. Et généralement, la loi de l’omerta l’emporte sur le mal-être…

Les garçons eux aussi s’occupent de plusieurs choses à la fois lorsqu’ils sont engagés dans des familles : nettoyer la cour de maison, arroser les plantes, laver les engins (motos, véhicules), faire certaines courses, laver des tapis… D’autres choisissent de faire de la cordonnerie pour rester indépendants. Dans tous les cas, ils/elles voient les charges fixées dans le deal de départ augmenter drastiquement et ces personnes finissent par travailler plus de 10 heures par jour. La moindre riposte, la moindre réclamation de leur part suffit à les faire passer à tabac. Ils sont souvent accusés à tort de vol et sont battus jusqu’au sang, l’acte filmé et partager sur les réseaux sociaux, notamment via WhatsApp. Des femmes et des hommes réduits en esclaves au vu et au su de tous.

Crédit Photo : MEDSILE/Iwaria

A ces jeunes, on prend tout : leur temps, leur dignité, leur espoir et même leurs noms car dans ces familles leurs noms sont trouvés d’avances. A toutes les filles ont leur donnera les mêmes noms : ‘’Mami’’ ou ‘’Bourma Gentille’’ (traduisez par ‘’une gentille marmite’’ en arabe tchadien). Les garçons seront appelés Djim ou Djak. Dans les deux cas la majorité des tchadiens les appelle ‘’Makoula’’ (dérivé de la langue Ngambaye ‘’Maou koula’’ qui veut dire ‘’Je vais travailler’’) ou alors ‘’fonctionnaires de la rue de 40’’.

N’Djaména est classée parmi les villes les plus chères d’Afrique et lorsque ces jeunes quittent leurs villages, ils viennent en petits groupes. Une fois dans la capitale, ils seront majoritairement logés dans le 7e arrondissement et le 9e. Au vu de la précarité de leurs métiers, garçons et filles s’entendent et prennent une chambre de 15 mètres carrés pour 10 personnes au détriment de l’intimité et tout simplement de la dignité humaine. Cela amoindri le coût de la location pour tout le monde…

Selon un rapport de l’Ambassade des Etats unis publiés en 2021 sur la traite des personnes, le gouvernement tchadien ne respecte pas pleinement les normes minimales pour l’élimination de la traite des personnes. Une thèse qui vient appuyer le rapport de l’OIM de 2011.

Les conséquences inimaginables de l’exploitation économique et du travail forcé

Les conséquences de l’exploitation économique et du travail forcé sont graves et touchent à la fois les travailleurs et la société dans son ensemble. Les travailleurs sont souvent sans perspectives, victimes d’abus physiques pouvant conduire à la mort, de mauvais traitements, de discrimination et de conditions de travail dangereuses. Ils sont privés de leurs droits fondamentaux, tels que la santé, la liberté d’association, la protection sociale et la sécurité au travail. De plus, l’exploitation économique et le travail forcé contribuent à la perpétuation du cycle de la pauvreté et de l’inégalité, en empêchant les travailleurs d’accéder à des emplois décents et à des opportunités de développement économique.

Ceci appelle à la responsabilité directe de l’État pour protéger et défendre ces travailleurs non pas seulement en tant que tchadiens mais surtout en tant que personnes !

Crédit Photo : Chemsdine/Iwaria

Il faut protéger les jeunes de l’exploitation économique et du travail forcé

Les résultats de la recherche du Centre de Recherche en Anthropologie et Sciences Humaines (Crash) en collaboration avec Voice4Thought, ‘’Étude sociodémographique et anthropologique de la situation des femmes et des jeunes (Fonctionnaire de Rue de 40m) dans le 7e arrondissement de la ville de N’Djamena’’ publié en 2022 affirmait ceci : ‘’Selon nos résultats ces jeunes sont originaires de plusieurs régions notamment du sud du Tchad: le Logone occidental, le Mandoul, le Moyen-Chari, le Logone Oriental, la Tandjilé et le Loug Chari. Ces régions, considérées comme le poumon agricole se voient actuellement vider de ses bras valides à la cherche du mieux-être en ville où ils sont mal accueillis. Ainsi N’Djaména est considéré comme un « Eldorado tchadien » et plus précisément pour les jeunes ruraux. Il faut absolument y aller pour s’enrichir au plus vite.’’

Pour lutter contre l’exploitation économique et le travail forcé au Tchad, des mesures doivent être prises à différents niveaux. Tout d’abord, il est essentiel de renforcer la réglementation et le contrôle du travail, en veillant à ce que les lois protégeant les droits des travailleurs soient appliquées de manière effective. Les autorités doivent également s’attaquer à la corruption et à l’instabilité politique, qui affaiblissent les institutions chargées de protéger les travailleurs. En outre, il est crucial de sensibiliser les travailleurs aux droits qui leur sont accordés et de renforcer leur capacité à revendiquer ces droits. Il faudrait impérativement que la société civile documente les cas d’abus liés à l’exploitation économique et au travail forcé afin d’inciter les parlementaires à engager des réformes législatives. Il faut protéger les victimes et condamner les trafiquants d’être humains conformément à la loi 006/PR/18 portant élimination du travail forcé.

Il faut retenir que l’exploitation économique et le travail forcé sont des problèmes majeurs au Tchad, qui nécessitent une attention urgente. Les causes de ces problèmes sont multiples, ainsi que les conséquences. De même, pour lutter contre ces problèmes, il est essentiel de renforcer la réglementation et le contrôle du travail, créer plus d’emplois décents dans les domaines de l’agriculture, la pêche et de l’élevage, de sensibiliser les travailleurs à leurs droits et de renforcer la capacité de la société civile. Il faut agir ensemble pour mettre fin à l’exploitation économique et au travail forcé au Tchad.


Tchad : tu sais parler ? Alors ferme-la !

Au Tchad, les médias évitent souvent les sujets gênants sur le gouvernement, suivant des lignes éditoriales strictes. Les violations des droits humains restent ignorées par les autorités. Les journalistes ne peuvent pas enquêter librement. Pourquoi ? Contrôle. Le pouvoir cache ses secrets derrière cette manipulation médiatique, même à l’ère d’Internet. Les censures passées et récentes révèlent une main invisible façonnant l’information au Tchad.

Avez-vous remarqué que les grands médias tchadiens ne traitent pas toujours des sujets qu’ils veulent (ou alors ils vous servent une version édulcorée de la vraie histoire) ? Surtout ceux qui touchent de près les dérives (faux et usage de faux, ingérences, mauvaise gouvernance, non-respect des textes de lois et des droits humains, assassinats…) du gouvernement ? Que leurs lignes éditoriales sont hautement contrôlées même pour les médias privés ? Avez-vous remarqué ces silences assourdissants des autorités du ministère de la justice et de celui en charge du genre à chaque fois qu’il y a eu des violations des droits humains ? Que les journalistes sont incapables (interdits) d’écrire librement des articles d’investigation ?

Par contre lorsque le tapage médiatique est commandé par l’État, tous les médias se mettent au pas et parlent par exemple d’un président de la République compatissant qui se rend au chevet d’une victime de violences conjugales dans une tentative de (re)construction d’une image politique déjà mal aimée. Comme moi, je suis sûr que vous-vous êtes déjà demandé : pourquoi ? Ce « pourquoi » se résume en un mot : CONTROLE ! Le contrôle de ce qui se dit quand on a des choses à se reprocher, des cadavres qui attendent d’être découverts à peine dissimulés dans les placards. Ce n’est clairement pas un territoire sur lequel on aimerait vous y voir jouer les fouines. Le contrôle car les hautes autorités ont pris conscience depuis des années que les médias constituent un pouvoir à part, capables de faire et de défaire un gouvernement. Alors quand on est un dictateur qui contrôle déjà le législatif, le judiciaire en plus de l’exécutif, impossible de laisser passer le médiatique ! Même si la diffusion d’informations a été largement démocratisée avec l’arrivée d’internet, il ne reste pas moins que les opérateurs de téléphonie agissent au bon vouloir du gouvernement. On se souvient de la censure d’internet en 2018 et aussi en 2020 et plus récemment les censures ciblées dans les arrondissements les plus sensibles de N’Djaména.

Crédit photo : AMISOM/Iwaria

La liberté d’expression et d’opinion, un droit de façade au Tchad ?

La liberté d’expression et d’opinion est un droit fondamental reconnu par la Déclaration universelle des droits de l’homme. Cependant, au Tchad, ce droit est souvent bafoué, d’abord pour les journalistes, les défenseurs des droits humains et les opposants politiques. Mais aussi de façon totalement arbitraire pour des manifestants, des artistes, des blogueurs…

La liberté d’expression est un principe constitutionnel, mais son exercice est garanti aux citoyens dans les limites fixées par les lois. Même si le Tchad se targue d’être un État de droit, les faits restent contre lui à bien des égards. En 2017, un rapport d’Amnesty International dénonçait l’intensification de la répression des droits à la liberté d’expression, de réunion et d’association faite par les autorités du Tchad. Déjà à cette époque, le rapport pointait du doigt les censures systématiques d’internet comme le dira Abdoulaye Diarra, chercheur sur l’Afrique centrale à Amnesty International : « Au cours des cinq dernières années, on a pu constater une concomitance entre les ruptures d’accès à Internet et les moments de contestation politique au Tchad. Ces perturbations qui touchent l’ensemble des usagers portent atteinte à la liberté d’expression. »

L’Ordonnance n°025/PR/2018 du 29 juin 2018 portant Régime de la Presse écrite et Média électronique au Tchad, en son article 2 alinéa 1er, dispose que : « la liberté d’expression et d’opinion et le droit à l’information s’exercent dans le respect des valeurs culturelles nationales, de l’ordre public et de la vie privée des citoyens. » Pour sévir, l’État utilise les dispositions de l’article 93 de la même ordonnance : « La publication, la diffusion par quelque moyen de communication que ce soit, de fausses nouvelles, des pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à des tiers lorsque faites de mauvaise foi, elle aura troublé l’ordre public, la sécurité publique, la cohésion nationale et l’intégrité du territoire sera punie conformément aux dispositions du Code pénal. »

Lorsque le faux est commis dans une écriture publique, les peines encourues vont de 15 à 20 ans d’emprisonnement, selon l’article 257 du Code pénal. Cette lourde peine prévue laisse penser que le faux en écriture publique est un crime et non un délit seulement.

Crédit photos : NellyH/Iwaria

Une torture psychologique et physique

Les violations commencent toujours par le harcèlement, l’intimidation, les menaces et les violences physiques lorsque les personnes impliquées couvrent des événements politiques sensibles, au pire des cas, la mort. Les défenseurs des droits humains sont également victimes de harcèlement et de persécution, en particulier lorsqu’ils dénoncent les violations des droits humains commises par les autorités. Les opposants politiques sont souvent arrêtés et détenus arbitrairement, et les manifestations pacifiques sont souvent réprimées dans le sang.

Très souvent, on impute à ces défenseurs de la liberté d’expression et d’opinion plusieurs théories, notamment l’instabilité politique, la corruption, l’impunité et le manque de réglementation et de contrôle des médias. L’instabilité politique et les conflits armés ont des répercussions négatives sur la liberté d’expression et d’opinion, car ils perturbent les infrastructures et les services médiatiques. La corruption et l’impunité sont également des facteurs qui contribuent aux atteintes à la liberté d’expression et d’opinion, car elles affaiblissent les institutions chargées de protéger les droits des journalistes et des défenseurs des droits humains. Le manque de réglementation et de contrôle des médias permet aux autorités de censurer et de contrôler les médias, limitant ainsi la liberté d’expression et d’opinion.

Un journaliste mis aux arrêts pendant les manifestations du 20 octobre 2022 témoigne au micro de RFI les atrocités subies :

« Dans la nuit du 20 octobre, des militaires bien armés et la GNNT, je précise, a fait sa perquisition dans notre domicile. Je me suis réveillé directement. J’ai pris des gifles, on nous a amenés à bord. Le samedi, très tôt le matin, on nous a amenés devant un fleuve pour nous exécuter, on nous a déposés tout mourants, et effectivement, beaucoup parmi nous ont péri dans le désert. »

Pour dissuader les gens de manifester, ils sont torturés, humiliés et tués. C’est le cas :

Le 27 avril 2021, où une manifestation a été violemment réprimée par les forces de sécurité tchadiennes qui ont fait feu sur la foule. Bilan : au moins neuf morts et une vingtaine de blessés, dont trois gravement. Les manifestants se réunissaient pour dénoncer le coup d’État militaire au Tchad après le décès brusque du Président Idriss Deby Itno.

Lors de la manifestation du 20 octobre 2022, plus de 600 jeunes hommes, dont au moins 80 mineurs, avaient été arrêtés. À ce jour, plusieurs d’entre eux sont toujours portés disparus.

Crédit Photo: Irmeyasom/Iwaria

La liberté d’expression et d’opinion : un droit à protéger vaille que vaille

Afin de protéger la liberté d’expression et d’opinion au Tchad, il est important de prendre des mesures à différents niveaux. Tout d’abord, il est essentiel de renforcer la réglementation et le contrôle des médias, en veillant à ce que les lois protégeant la liberté d’expression soient appliquées de manière efficace. Les autorités doivent également s’attaquer à la corruption et à l’impunité, qui affaiblissent les institutions chargées de protéger les droits des journalistes et des défenseurs des droits humains.

De plus, il est crucial de sensibiliser les populations aux droits à la liberté d’expression et d’opinion, en particulier pour les journalistes, les défenseurs des droits humains et les opposants politiques. La société civile peut jouer un rôle important dans la promotion de la liberté d’expression et d’opinion en documentant les cas d’abus, en plaidant en faveur de réformes législatives et en fournissant un soutien aux victimes d’atteintes à la liberté d’expression et d’opinion.

Avec une soif de justice sociale et d’égalité, les attaques contre la liberté d’expression et d’opinion sont monnaie courante aussi bien pour les journalistes, les défenseurs des droits humains que les opposants politiques. Les raisons de ces attaques sont multiples, notamment l’instabilité politique et la corruption, l’impunité, le manque de réglementation et de contrôle des médias pour renforcer la réglementation et le contrôle des médias afin de protéger la liberté d’expression et d’opinion, lutter contre la corruption et l’impunité, et la sensibilisation au droit à la liberté d’expression. Seule une approche globale et coordonnée, essentielle pour générer et renforcer l’efficacité de la société civile, sauvegardera la liberté d’expression et d’opinion au Tchad.


Tchad : L’électricité, l’électricité ! Bon sang !

Voilà deux semaines que la capitale du Tchad, N’Djaména, est plongée dans le noir total. Attention, je ne dis pas qu’avant ces deux semaines, il y avait de l’électricité à profusion. À force de ne pas avoir l’électricité tout le temps, nous avons fini par croire que c’était normal et incroyable d’avoir seulement 4 heures d’électricité par jour, 4 fois par semaine. Un genre de syndrome de Stockholm, quoi. Pour le tchadien, l’électricité est un luxe ! Bref, vous avez compris. Le fait est que la médiocrité de la Société Nationale d’Électricité a atteint des sommets, d’autant plus que le silence du gouvernement face à cette situation est des plus insultants. Voilà qui est dit !

Le Tchad est confronté à une crise énergétique majeure, caractérisée par une pénurie d’électricité qui touche la population dans son ensemble. Il n’existe pas une seule ville au Tchad qui bénéficie d’une couverture électrique de qualité. Et rien ne se profile à l’horizon pour soulager la demande toujours croissante de la population.

Pourtant, l’accès à l’électricité est un enjeu majeur pour le développement économique et social des pays. Selon la Banque Mondiale, un milliard de personnes dans le monde n’ont toujours pas accès à l’électricité et plusieurs centaines de millions d’individus disposent d’une alimentation électrique insuffisante. L’Objectif de développement durable n°7 vise d’ailleurs à garantir l’accès de tous à des services énergétiques fiables et modernes, à un coût abordable, d’ici à 2030. Mais l’on a l’impression que le Tchad s’est autosoustrait de ces prévisions.

La SNE, cette société de malheur a vraiment besoin d’un centre de rééducation pour entreprise en difficultés ou d’une séance de prière de délivrance. De toutes les façons, au point où nous en sommes, tout est à prendre pourvu qu’il y ait de l’électricité !

Crédit Photo : AMISOM/Iwaria

A lire : Kouran Jabo, un peu de lumière dans nos nuits ténébreuses

Les conséquences du manque d’électricité sur l’économie du Tchad, on en parle ?

Les entreprises dont la consommation d’énergie est au cœur de leurs activités survivent difficilement. Il s’agit des boites de communication, de soudure, de menuiserie, les imprimeries, les entreprises de transformation agro-alimentaire, la restauration, les pharmacies…

Il n’y a qu’au Tchad que l’impression en noir et blanc d’une seule page peut vous coûter jusqu’à 500 FCFA. L’entrepreneur est contraint de prendre en compte tous les coûts liés à son activité, notamment l’achat et la maintenance d’un groupe électrogène, le carburant, ainsi que d’autres charges. Et qui doit payer ces frais ? Le client !

Pour couvrir leurs frais, les entreprises de transformation agricole doivent utiliser des méthodes ancestrales souvent limitées en termes de quantité de production. Le séchage au soleil, l’utilisation du charbon de bois, le bois de chauffage… On peut citer plusieurs activités dont la productivité pourrait atteindre des sommets avec l’électricité. Par exemple, dans le secteur de l’élevage, avec 121 068 431 têtes de bétail en 2021 selon la Banque Africaine de Développement, nous sommes incapables de traiter les produits dérivés de ce secteur. La viande ne se conserve pas, la tannerie ne s’industrialise pas, la transformation et la conservation du lait nous échappent encore… Nous consommons du riz en provenance des pays d’Asie alors que nous avons ce qu’il faut ici pour pallier les problèmes alimentaires. Cela fait de nous des consommateurs estampillés « pauvres » sans perspectives, pourtant assis sur une mine d’or.

A lire : Laï, la capitale tchadienne de l’or blanc !

Crédit Photo : TAMBA/Iwaria

Face à cette situation, les entreprises sont souvent contraintes de fermer ou de réduire leur production en raison de l’absence d’électricité, ce qui entraîne une baisse de la productivité et de la compétitivité. A ce qu’il parait, l’urgence est ailleurs même si des gens meurent par centaine tous les jours dans les hôpitaux…

Les conséquences du manque d’électricité sur la santé des tchadiens

Le manque d’électricité n’épargne pas la santé des populations au Tchad. Les hôpitaux et les centres de santé sont souvent confrontés à des coupures d’électricité, et plusieurs autres établissements ne bénéficient d’aucune alimentation électrique, ce qui limite leur capacité à fournir des soins de santé de qualité. Les médicaments qui nécessitent une réfrigération, tels que les vaccins et les insulines, sont également affectés par le manque d’électricité, compromettant ainsi grandement leur efficacité. De plus, le manque d’électricité limite l’accès à l’eau potable, ce qui a des répercussions négatives sur la santé des populations, en particulier des enfants, qui sont plus vulnérables aux maladies d’origine hydrique.

Nous sommes confrontés à une situation où les cliniques privées, qui utilisent souvent de grands groupes électrogènes, proposent des services à des tarifs bien au-delà du pouvoir d’achat du Tchadien moyen

A lire : santé : vaut mieux mourir chez soi qu’à la clinique du spécialiste

Les jeunes jouent à cache-cache avec le soleil

Le manque d’électricité a des répercussions négatives sur les jeunes au Tchad. Les rares bonnes écoles sont souvent confrontées à des coupures d’électricité, ce qui limite leur capacité à fournir une éducation de qualité. Les élèves et les étudiants dans les filières scientifiques ne peuvent pas mener des expériences en laboratoires.

Quand l’impitoyable soleil de N’Djaména chauffe le mercure à plus de 40 degrés Celsius, les jeunes se retrouvent un peu perdus sous les rares arbres à neem devant les portails. Chacun avec ses raisons et son bagage éducatif en poche. Certains ont tout (ou presque) tenté, tandis que d’autres s’en fichent un peu. Parmi eux, il y a ceux qui ne baissent pas les bras et qui recherchent les opportunités offertes par ce monde numérique, malgré les difficultés d’accès à l’information et à la technologie, car l’électricité est nécessaire pour alimenter les ordinateurs et autres appareils électroniques. Cela limite leur capacité à se connecter avec le monde extérieur et à accéder à des opportunités d’apprentissage et de développement.

Crédit Photo : AWISOM/Iwaria

L’électricité, une histoire de droit de l’Homme et de dignité humaine

Lorsque les accès à une bonne éducation, aux soins de qualité, à une chance de réussir… sont compromis, dites-vous que votre droit est bien lésé. Car il n’y a pas de fierté à avoir pendant que des gens meurent par manque d’électricité. On ne les compte pas les cadres, tellement ils sont nombreux dans les hôpitaux non homologués un peu partout dans le pays.

Le droit à l’électricité est un droit de l’homme reconnu par plusieurs organisations internationales. En effet, le droit à l’accès à l’eau potable et à l’assainissement a été aussi reconnu comme un « droit de l’homme » sur le plan international. L’ONG Droit à l’énergie SOS FUTUR a également proposé d’inscrire dans l’Union européenne le droit à l’accès à l’énergie comme un droit fondamental de l’homme.

Sous d’autres cieux, lorsque l’électricité est coupée pour des raisons d’incompétence, on calcule les pertes pour l’économie nationale et on s’engage à résoudre le problème en prenant des mesures fermes. Ici, des gens qui ne savent même pas ce qu’est un fusible se proclament ou sont propulsés électriciens, et on s’étonne des pétages de plomb. La dernière bourde en date est cette nomination de militaires pour diriger la Société Nationale d’Électricité. Depuis, les lignes électriques sont toutes indisciplinées, et au-dessus d’elles se trouvent les plus hautes autorités !

Je ne suis pas le seul à penser que des mesures doivent être prises à différents niveaux pour remédier à ce problème. Tout d’abord, il est essentiel d’augmenter les investissements dans les infrastructures énergétiques, en veillant à ce que les ressources soient allouées de manière équitable et efficace. Il est également crucial de sensibiliser les populations aux avantages de l’énergie propre et renouvelable, tels que l’énergie solaire et éolienne. En outre, il est important de renforcer la capacité des institutions chargées de fournir de l’électricité, en veillant à ce qu’elles soient bien équipées et bien formées. La société civile peut jouer un rôle important dans la promotion de l’accès à l’électricité, en plaidant en faveur de réformes législatives et en fournissant un soutien aux populations les plus vulnérables. Seule une approche globale et coordonnée permettra de remédier au manque d’électricité au Tchad.

Il faut le dire, l’État tchadien a eu 63 ans depuis l’indépendance pour faire son boulot, qu’il ne demande surtout pas à la population de patienter encore plus. De toutes les façon, l’électricité n’a jamais été une question de sadakha par ici mais de cash, un service qui a toujours été facturé et payé par la population.


Au Tchad, douze féminicides en un trimestre… Correspondance à Sandrine NAGUERTIGA et au monde !

Aujourd’hui, j’envoie une correspondance d’un homme en miette à ma consœur Sandrine Naguertiga du blog Youngleader

Bonjour chère Sandrine, c’est Say Baa… 

Aujourd’hui, je te donne quelques nouvelles du pays, de nos sociétés. Des nouvelles que tu connais déjà sûrement, celles-là même qui se donnent avec le cœur lourd, la larme au coin de l’œil et la certitude de l’impuissance. Hélas ! Les mots craintifs que j’écris auront sûrement un écho différent auprès de beaucoup de personnes. Mais entre nous, s’il y avait des mots plus résilients, plus courageux, plus solides, plus fédérateurs pour exprimer ce que seul mon cœur récent et ce dont seul mon esprit comprend le poids, je les aurais employés bien volontiers. Pour me sentir humain… Enfin !

Comment dire les choses autrement, simplement, chère Sandrine, quand on a l’impression que la société est réglée contre elles ? Que parler ne suffit plus ! Que sensibiliser n’est plus qu’un vain mot ! Que vivre n’est même plus digne de l’humain ! Au fond de moi, crois-moi, je veux bien y croire ! Je veux bien m’accrocher à quelques espoirs, sinon un seul, pourvu qu’il pèse réellement dans la balance.

Il est loin le moment où on rendait hommage aux femmes pour leur amour et leur force, elle est révolue cette époque des femmes reines, mieux encore, déesses. On ne sait même plus contempler le sourire sincère et angélique des femmes parce que brisées par des viols odieux soutenus par l’omerta.

Chère Sandrine, j’aurai voulu te dire que plus de jeunes filles vont à l’école, qu’il n’y a plus de mutilations génitales ici, que le mariage des enfants est aboli, que les femmes ne craignent plus de se retrouver seule dans une rue, qu’il y a une justice pour les victimes, que les gens s’aiment d’un cœur d’enfant… J’aimerai y croire… Mais ni mes efforts, ni ma foi ne sont infaillibles. 

Même s’il y a des gens qui se sont assignés la vocation de protéger la vie humaine parce que sacrée, d’autres ont choisi de la détruire sans scrupule. Et les chiffres d’ONU femmes ont de quoi nous retourner le cœur. Dans le monde, 81 000 femmes et filles ont été tuées en 2020, dont environ 47 000 (soit 58%) par un partenaire intime ou un membre de la famille. Ce qui équivaut à une femme ou une fille tuée toutes les 11 minutes dans son foyer. Vois-tu chère Sandrine, on a des nuits agitées et les réveils ne sont pas pour nous rassurer non plus. De mémoire, je me souviens : 

  • Une femme et sa fille ont été assassinées le 18 mars 2020 à Bologo, dans le département de la Tandjilé Ouest.
  • En septembre 2021 il y a eu deux féminicides. Un homme a tué son ex-femme à coups de poignard à Bechaketek, près de Goz Beida, dans la province du Sila. 
  • Au Hadjer Lamis, un homme a égorgé sa femme, Halimé Hassan, âgée de 18 ans, parce que la jeune femme voulait divorcer.
  • 25 novembre 2021, un homme tue froidement sa femme à coup de sagaie, au quartier Walia, dans la commune du 9eme arrondissement à N’Djaména.

Le trimestre noir…

Chère Sandrine, pour ce premier trimestre de l’année 2023, le Tchad comptabilise déjà douze cas de féminicides. On ne les compte pas, les cas dans les villes et villages reculés, ceux gagnés par l’omerta. Il n’y a que dans ce pays que les féminicides se règlent à l’amiable… Vois-tu à quel point le mal est profond ?

Le 9 janvier, Prudence Dombeti une jeune femme, mère de 4 enfants, a été tuée à Abéché. J’ai vu les images de son corps en état de putréfaction, j’ai vu ces images de son corps lacéré et sans vie, j’ai surtout vu la patte d’un homme abjecte et sans cœur planer sur son cadavre…

Le 17 mars, Boumnodji Félicité, une femme de la quarantaine passa de vie à trépas à coups de poignard.

Ce qui me chagrine d’avantage chère Sandrine c’est le silence de la justice, le manque de sérieux dans le traitement des dossiers. Je suis d’avantage affliger par le fait que des Hommes, pour une histoire d’intérêts égoïstes se substituent aux auxiliaires de justice pour des règlements à l’amiable des cas aussi crapuleux que ces meurtres. Ce qui me désole aussi c’est comment ces cas passent pour des banals faits divers. 

Ces deux dernières années, la Ligue Tchadienne des Droits des Femmes a eu connaissance d’au moins 5 cas d’agressions sexuelles par jour. Dans ces cas-là, croire en un meilleur avenir devient usant et chimère.

Chère Sandrine, demain, je voudrais t’écrire une note qui commencerait par beaucoup de mots d’espoir et de passion. Que les enfants de Prudence Dombéti et ceux des autres victimes ont eu des réponses à leurs innombrables questions, que la vie leur aurait réservé de nouveaux destins, que dans leurs cœurs, il y aurait de la place pour cultiver la justice afin de répandre les graines de paix et de valeurs humaines dans leur entourage…


L’école tchadienne : tueuse de l’espoir ?

Une chose est sûre, je n’ai plus quatre ans ni même six. Le temps passe vite, très vite et la nostalgie revient souvent, pour différentes raisons, des belles et des moins alanguies aussi. Mes années à la maternelle, au primaire, au collège et au lycée ont été jonchées par différentes difficultés liées intrinsèquement au système éducatif tchadien qui à lui seul cumule tous les déboires imaginables. Je pèse mes mots. Les grèves, les années dites élastiques, le manque d’enseignants, le manque d’infrastructures, le manque de politique en faveur de l’enseignement… Sont autant de problèmes dans lesquels grandissent les élèves tchadiens face à un doigt d’honneur et un ‘’je m’en foutisme’’ on ne peut plus insultant de l’État.

Depuis plusieurs années, le même décor, les mêmes écoles délabrées, les mêmes élèves avec un niveau toujours douteux, les mêmes promesses non tenues face aux enseignants qui s’en souviennent. Voilà où nous en sommes arrivés : fouler aux pieds l’éducation nationale avec des grèves devenues légendaires. Mais alors comment peut-on bâtir une forte nation sans pour autant investir dans l’éducation des enfants ?                                                                                    

En cette rentrée des classes dans mon pays, je me remémore fébrile de ce que j’ai vécu et de ce que d’autres enfants continuent de subir plus de 20 ans plus tard, comme si les appels à l’aide, les plaidoiries ne trouvaient échos auprès de personne de censée.

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Dans une école pour enfants nomades à N’Djamena. Crédit Photo : Say Baa

Bienvenue dans mon école ! 

Un torchon de drapeau tricolore gagné par l’usure se dresse au milieu du champ qui nous sert de cour douteusement dressé sur un mât en bois. A l’ouest un bâtiment en dur de trois classes, l’unique bâtiment de mon école avec quelques tables bancs et des briques pour s’asseoir. En face dudit bâtiment, se dresse un arbre à neem sous lequel se trouve un table banc, c’est le bureau de notre directeur ! Au nord et au sud se trouve respectivement les classes de CP1 et CP2, construites de bois servant de poteaux couverts de tiges de céréales laissant nos yeux et notre esprit divaguer vers l’extérieur. En face de nous un petit tableau gris, manqué d’ardoisine soutenu par deux fourches en bois et sous nos fesses, deux rangées de briques en terre battues friables.

Je m’appelle Saïba, j’ai six ans, je suis en CP1, classe nord…

Face à la vingtaine d’élèves que nous étions, un maître communautaire, ancien combattant de l’armée française sans pédagogie aucune nous traitait comme de véritables petits soldats se souciant d’avantage d’organiser des marches au pas hebdomadaire sur une dizaine de kilomètres dans le respect strict de la cadence.

Je n’oublierai jamais ce jour où mes camarades de classe et moi étions forcés à aller récolter le coton dans le champ de notre maître à plusieurs kilomètres de notre école. J’avais six ans…

Va à l’école ! Me disait maman tous les matins. Pas question d’arriver en retard alors je courais pour rattraper les écarts car pour un retard, mon maître s’adonnait à une séance de torture m’éclatant les articulations de la main avec sa longue et impitoyable règle jaune. Comme ce matin, je ne pourrais tenir la craie. Mes doigts de garçonnet de six ans, ne sont pas solides. Ce n’est pas la première fois et je crains de ne jamais m’habituer. Le primaire, ce n’est pas fait pour moi, rien à voir avec la maternelle où j’étais mieux traité.

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Crédit : Moussa Tahir

Je m’appelle Saïba, j’ai sept ans, je suis en CP2, classe sud…   

Ce n’est pas un refuge ici non plus. La classe a changé, le maître est différent et les techniques de tortures sont nouvelles aussi. Ce fut pénible comme punition de sautiller pendant de longues minutes dans la classe pour corriger ses erreurs.  Ici en cas de retard, de non assimilation de leçons ou de toute autre bourde, on se tire sur les lèvres inférieures entre élèves jusqu’aux larmes. Oui, les techniques de torture ont changé et ma lèvre de garçonnet de sept ans n’est pas faite pour ça…

Je m’appelle Saïba, j’ai huit ans, je suis en CE1, classe ouest…

Mon maître était un grand alcoolique, très souvent il dort en classe et entre sieste et leçons, on avait à peine trois heures de cours par jour au lieu de cinq. Pour me corriger, il me faisait courir tout autour du bâtiment jusqu’à une folle tachycardie me laissant au bord de l’hypoglycémie. Je suis à l’école de la peur ici, je ne rêve pas, je fais des cauchemars. Même si cette année nous n’avons fait que trois mois de cours. Je ne mettrai plus jamais pieds dans cette école !

‘’C’est censé être dur mon garçon, si non cela n’en vaudrait même pas la peine !’’ me dit maman.  Elle ne savait pas ce que je subissais à l’école et surtout elle ignorait tout des menaces des enseignants de me faire passer à tabac si je disais quoi que ce soit à mes parents. De toutes les façons, tous mes camarades subissaient le même traitement. Alors voilà, c’est la boule au ventre que j’allais à l’école tous les matins.

Notre maitre étant toujours ivre, on aimait cela au détriment des calculs. En fin d’année, le résultat était là, maman devint mon enseignante et me qualifia d’élève médiocre alors pas question d’aller au cours élémentaire 2 ne sachant pas réciter ma table de multiplication par 2. Papa devint dès lors mon prof de français. Jour et nuit, il m’apprenait la conjugaison et la grammaire. On se débrouillait avec les moyens du bord, l’État nous a oublié alors mes parents m’ont façonné.

Crédit Photo : Say Baa

Mon école était pauvre et dirigée par l’association des parents d’élèves, on avait que des maîtres communautaires, titulaires d’un certificat d’Étude Primaire ou au mieux un BEPC et sans aucune formation pédagogique. Ils se donnaient à fond pour faire de nous des cadres du payx même si en réalité cela n’était pas une évidence. Tous espéraient quand même en l’école Ababa, située quelque part dans un canton pas très reculé mais juste exagérément oubliée, dans un grand pays pétrolier de l’Afrique centrale au milieu du vingt-unième-siècle. Voilà comment c’était mon école primaire !                                                                                                                                 

Le collège m’a repris, et mes lacunes m’ont suivi, je n’ai jamais aimé les maths malgré les efforts de Mr Jacques mais une chose est sûre ce collège privé a rehaussé la pente de ma matière grise. Je découvre les bibliothèques et m’y plais ! Moi, chef de lecture toutes mes années du primaire me rendait enfin compte des promesses que cachait la lecture : la réparation de mon âme en peine ! La lecture venait de me sauver !

Depuis, j’écris pour partager une part de moi à travers des textes de slam… Crédit Photo : Liga Ernest

Je suis ensuite entré au lycée public : 2nde U10 123 élèves, 1ère L2 109 élèves, Terminale A5 107 élèves. Cette année-là, on était 07 à avoir obtenu le baccalauréat, vous ne pouvez pas imaginer les conditions de travail, le calvaire de longues grèves, la peine des enseignants vacataires… Toutefois, ce fut un honneur pour tout le monde de savoir que j’étais le meilleur bachelier de mon centre d’examen et un des meilleurs de mon pays mais aucun de mes camarades du CP1 ou du CP2 n’y est parvenu… alors que ce pays ne se réjouisse pas de mes exploits car voilà plus de vingt années écoulées que mon école est restée la même avec ce vieux bâtiment délabré de trois classes. Mr Théo à la retraite ne pouvait que compter sur lui-même, le gouvernement lui disant qu’il n’était pas plus qu’un maître communautaire, agonisé par une maladie, il expia son dernier souffle enfermé dans sa chambre…

Comment peut-on miser sur l’avenir sans se donner les moyens d’éduquer nos enfants ? Comment peut-on construire ce monde de constants challenges sans des personnes capables d’évoluer avec leur temps ? Comment peut-on songer à une émergence pendant qu’on regrette les CFA dépensé pour l’éducation ?

Crédit Photo : AMISOM/Iwaria

Aujourd’hui, je peux témoigner que l’école m’a donné bien plus que des diplômes, le pouvoir de m’affirmer, l’assurance de lire et de comprendre les enjeux du monde qui m’entoure, les aptitudes à m’auto former et bien plus encore. Grâce aux sacrifices de ces femmes et hommes, mes enseignant.e.s qui ont tout sacrifié au nom d’un idéal, pour un avenir digne des enfants. Avec le recul, j’essaie de comprendre l’angoisse, l’incertitude, la peur de mes parents de n’avoir pas d’autres choix que de se contenter de ça. Il leur a fallu jouer aux échecs… Heureusement pour eux, le hasard a bien fait les choses…