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40 mots et expressions d’amour à écrire ou à dire comme un Djiddo

Il n’y a rien de plus exaltant que de trouver les bons mots d’amour pour exprimer ses sentiments à la personne sans laquelle notre vie n’aura plus de succulence, plus aucune émotion, plus de belles sensations…  Cette personne qu’on aime comme si demain, il n’y aurait plus de nouveaux vocabulaires pour le lui dire bien, simplement. Et bien, quand on aime, il faut l’exprimer, il faut le dire !

Au Tchad, les voix de la « gentlemania » semblent impénétrables ! Alors, j’écris ce billet aujourd’hui au nom des hommes pour laver cet affront et pour que plus jamais l’on dise que le Tchadien ne sait pas parler aux femmes et qu’il n’est pas galant…

Pour la petite histoire, il y a eu un grand tollé sur la toile tchadienne lorsque la miss Tchad 2019, beauté incontestée, se faisait demander en mariage le jour de son anniversaire par un homme suffisamment gentleman pour mettre un genou au sol et laisser parler son cœur en toute sincérité face à celle qui a littéralement réussi à le désarmer…

Crédit Photo : Gadjet/Iwaria

Face aux sentiments éternels et volages, il y a un amour qui s’exprime, qui grandit et qui perdure. Ou pas. Ici, chez les jeunes, il y a des codes qui naissent, par générations et ou par quartier, pour laisser libre cours à l’expression de l’amour. Ces jeunes-là, ce sont les Djiddo : « les enfants de la ville », les « N’Djamboyz », quoi ! Débordant d’imagination, ils font la culture urbaine dans un langage bien particulier.

Côté amour, on est souvent très bien servi. La fenêtre étoilée vous propose un mini dictionnaire du Djiddo pour exprimer son amour à sa bien-aimée dans un jargon fait d’arabe local, littéraire, de français et même d’hindi !

A lire : Première fois à N’Djamena ? Ces mots en arabe tchadien pour se débrouiller en ville

Appellations 

Les appellations suivantes sont utilisées pour désigner, appeler ou interpeller les filles. Par contre certaines ne s’utilisent qu’entrent Djiddo. Donc vous n’irez pas appeler votre copine « Tir ». Par contre, entre copains, c’est tout à fait adapté.

  1. Amoura : mignonne
  2. Tir : jeune fille
  3. Larki : ce mot vient de l’hindi et signifie jeune fille ou copine
  4. Bineyo : ce mot vient de l’arabe tchadien biney, qui signifie fille. On y rajoute un « O » pour faire djiddo !
  5. Ezguette : demoiselle 
  6. Chouchounaye : vous avez reconnu le mot « Chouchou » ? Et bien pour dire d’une femme qu’elle est votre préférée, on utilisera le mot Chouchounaye 
  7. Farda : ce mot signifie « pagne », il est utilisé comme code pour parler d’une femme
  8. Halatou, Haloua : de l’arabe « Halou » qui veut dire sucré, c’est un mot pour allier goût et amour. Vous pouvez trouver là une substitution à l’expression « Tu es mon sucre d’orge »
  9. Djamila : Belle 
Crédit Photo : Iwaria

Petits noms doux :

  1. Amirati : ma princesse
  2. Amourti : ma mignonne 
  3. Assal : en arabe, ce mot signifie « miel » ! En voilà un p’tit nom !
  4. Ayouni : mes yeux 
  5. Aziza : ma chère 
  6. Chatoura : ma brave 
  7. Chocolata : hum, qui n’aime pas le chocolat dites-moi ? Les Djiddos ne sont pas du reste ! 
  8. Gammari : ma lune
  9. Habibti : ma bien-aimée 
  10. Halali/Hagui ana : qui m’appartient 
  11. Hayati : mon existence 
  12. Inab : raisins
  13. Khomami : Mienne
  14. Malikati : ma reine   
  15. Nadjmi : mon étoile
  16. Oumri, hayati : ma vie
  17. Samha : beauté 
  18. Soukar : Sucre
  19. Topo : rendez-vous 
Crédit Photo : Medsile/Iwaria

Petits mots et expressions d’amour :

  1. Ana guelbi fokki mo kassar : je suis fou de toi 
  2. Anti al wahida al lazi ahababtiki : tu es la seule dont je suis tombé amoureux 
  3. Barida ana : pour exprimer son amour avec instance ‘’je l’aime moi’’
  4. Cham guelbi : littéralement ‘’la graisse de mon cœur’’, cette expression se dit quand on est éperdument amoureux d’une femme.
  5. Dakhalate bé rassa : littéralement ‘’elle est entrée avec sa tête’’ se dit lorsqu’on a conquis une fille, quand elle nous a dit oui.
  6. Doummini ala sadrik : sers-moi contre toi
  7. Ni ridki : je t’aime 
  8. Talabatik awamir : tes désirs sont des ordres 
  9. Ya Albi : mon cœur 
  10. Ya chérikat hayati : celle qui partage ma vie 
  11. Ya oumri : mon existence 
  12. Ya rouhi : ma vie  
Crédit Photo : Iwaria

Maintenant je vous invite à compléter ce petit dictionnaire de l’amoureux avec des mots et des expressions 100 % Djiddo !

Pour le faire, lâchez-vous dans le commentaire !


Tchad : manque de complexes hôteliers, frein au développement du tourisme

Ce n’est plus à prouver, de nos jours, l’hôtellerie est une véritable industrie qui engendre des chiffres d’affaires colossaux chaque année. Nous ne sommes plus à cette époque où les visiteurs de passage dans un village ou une ville étaient logés et nourris chez des particuliers. Même si la donne semble changer, le Tchad reste à la traîne avec des difficultés qui lui sont propres.

Les complexes hôteliers de renoms au Tchad

Oui, les temps ont changé, les choses ont évolué. Au Tchad, on entend aujourd’hui les grands noms de l’hôtellerie tel que : Hilton, Radisson Blue, Ledger Plaza, Novotel et bien d’autres. Mais la seule chose que ces hôtels ont en commun est la seule capitale tchadienne, N’Djaména. Lorsqu’on se rend dans les autres provinces du Tchad qui ont un fort potentiel touristique, le choix s’en trouve limité.

L’hôtel Hilton à N’Djaména/Crédit Photo Say Baa

Les hôtels dans les provinces du Tchad

La plupart du temps, lorsqu’on parle d’hôtels dans les provinces tchadiennes, on le fait par abus de langage. Car le standing n’y est pas, même pas dans la catégorie d’hôtel une étoile. Souvent, le client se retrouve face à un gros problème d’accueil, un établissement très mal entretenu, un constant problème d’électricité, un manque d’informations sur les services proposés, des chambres exigües… Bref, tous les ingrédients sont réunis pour vous convaincre de ne pas y séjourner ! Mais alors comment ces établissements de résidences font pour ne pas fermer boutique ?

Crédit Photo : Yass_Mine/Iwaria

Hôtels, auberges ou ‘’camps de passe’’ ?

Vous l’aurez compris, les seuls hôtels qui vous donneront satisfaction se trouvent à N’Djaména. Dans les autres provinces, il vaudrait mieux mettre les établissements qui offrent un service de logement dans la catégorie d’auberges et de maisons de passe. Bien entendu, ici, on ne connaît pas les maisons d’hôtes !

Pour ce qui est d’auberges, nous en avons un bon paquet dans les cinq plus grandes villes du Tchad en dehors de N’Djaména. Et très souvent, tous ces établissements, autant qu’ils sont, s’apparentent à des (passez-moi le mot) baisodromes. Il y a à chaque fois, quelque chose qui cloche ! Des draps sales, un préservatif usagé qui flotte dans la cuvette, des mégots de cigarettes à même le sol, une chambre avec une odeur nauséabondes… (ps : je vous parle par expérience !)

C’est un fait hélas qui a le don de faucher les relations avec les clients. Dans certaines auberges, les maîtres des lieux privilégient les clients pour des petites passes de deux heures à un séjour plus ou moins longs. En termes d’entrée, ils sont plus gagnants avec le premier cas de figure assurent-ils.

Crédit Photo : Anne David/Iwaria

Quand les plus petites villes se mettent au jeu des auberges

Un jour, avec une équipe de travail, nous devions séjourner dans une auberge (l’unique de la ville) dans le sud du pays. A notre arrivée, le concierge était surpris de nous voir ! Il était très habitué à ne recevoir personne. Et la pandémie de Coronavirus avait aggravé la situation.

Financièrement parlant, tenir une auberge dans les petites villes du Tchad peut s’avérer être un grand risque. Les entrées se font rares face au manque de la culture du service impeccable, et du marketing.

Mais au-delà de l’aspect financier, les services ne sont pas toujours adaptés aux régions en termes d’architectures, de gastronomie, de détente… pour permettre une immersion totale et une expérience mémorable.

L’implication de l’Etat dans le tourisme

Le potentiel touristique du Tchad n’est plus à démontrer. Que ce soit les plateaux de l’Ennedi, le Sahara et ses incroyables dunes de sable, le parc de Zakouma, le mont Illi, le singulier lac Ounianga… Ils constituent tous une force immense pour le tourisme. En tant que tel, ce secteur gagnerait à mettre en avant de manière ciblée, un véritable réseau de complexes hôteliers avec des informations disponibles afin de répondre aux besoins des touristes. Les auberges situées dans les zones touristiques pourraient bénéficier d’exonérations de taxes pour leur permettre d’avoir une stabilité financière et compenser le service avec la clientèle.

Un troupeau de dromadaires dans la province de l’Ennedi/Tchad. Crédit Photo : Guéra touristique


« Tu es trop vieille, il faut te marier »

Chez-moi, on dirait que le sort du monde, le changement climatique et les grandes théories à la Marie Curie n’intéressent pas beaucoup de femmes. La question existentielle se résume à : vais-je trouver un homme pour m’épouser avant mes trente ans ?

Vous pensez que la société a évolué depuis l’époque des dinosaures ? Si ? Non ? Bon, j’admets que je ne connais pas grand-chose de cette époque mais la nôtre, je peux prétendre la connaitre. Enfin, un peu quand-même, malgré les rebondissements abracadabrantesques qui l’animent et surtout, ses choix de cœur ou devrais-je dire, ses choix d’en dessous la ceinture. Enfin bref, vous savez de quoi je parle…

A lire : Trois millions de Francs CFA pour la dot… Votre fille est-elle une Corolla ?

Qu’est-ce qu’il se passe ?

J’avoue avoir du mal à me faire à l’idée qu’une fille soit envoyée en mariage à moins de dix-huit ans, alors imaginez que ce soit à moins de dix ans. A ce moment-là, je me demande bien ce qu’il se passe dans la tête de notre société. Oui, la société, parce que définitivement, c’est elle qui est coupable. Elle a failli à son devoir de protéger les enfants, surtout la petite fille, au nom des cultures et coutumes, à bien des égards barbares. 

Vous les connaissez, les conséquences du mariage précoce sur une petite fille mais je ne vais pas m’empêcher de vous les rappeler : 

Premièrement, c’est un enfant. Vous savez, ce petit être innocent, plein de vie, rempli de rêves, débordant de joie… Qui mérite de grandir, de s’épanouir et de gagner en maturité. C’est très important !

Deuxièmement, une fillette de douze ans, généralement, ne sait pas s’occuper d’elle-même, alors comment voudriez-vous qu’elle s’occupe d’un homme ?

Troisièmement, vous connaissez les complications liées à l’accouchement chez une fille dont le corps n’est pas mature ? Vous avez déjà entendu parler de la fistule obstétricale ? Et la mort, ça au moins, vous connaissez ?

Quatrièmement, cinquièmement, sixièmement… Bref, soyez protecteurs ! Arrêtez de meurtrir les enfants.

Crédit Photo : Gopal Amah/Iwaria

L’âge idéal

J’aime l’idée qu’une femme soit mature, physiquement et émotionnellement, pour prendre elle-même la décision de se marier ou pas, de fonder une famille ou non. J’aime croire qu’à partir de la vingtaine, c’est pas mal, car par rapport à notre société, la fille aura grandi, elle aura fréquenté, elle aura gagné en maturité aussi pour dire un « oui » libre, sincère et surtout porté par l’amour ! J’avoue que l’âge peut paraître subjectif du simple fait que tout le monde n’arrive pas au top de sa maturité au même âge, mais je reste sur ma position, on ne demande pas un enfant en mariage !

Crédit Photo : Achraf/Iwaria

La jeune femme de 30 ans et ma socié

Dans la société actuelle, quand une fille franchie la trentaine sans se marier, on lui colle des étiquettes et on nourrit des préjugés à son sujet : 

  • C’est une vieille (on s’en fou de savoir comment la science définie la vieillesse) ;
  • C’est une prostituée (la trentaine révolue, qu’est-ce qu’il peut bien en rester ?) ; 
  • Elle sera insoumise au foyer (il faut préserver l’égo des hommes mesdames, aplatissez-vous devant eux…) ; 
  • Elle ne fera pas beaucoup d’enfants (la testostérone se prouve en faisant des bébés par douzaine)… 

Voilà où nous en sommes, à fixer des normes à ce qu’une femme doit être, à choisir pour elle, à lui définir un profil afin de célébrer la gente masculine dans ses fantasmes les plus irrationnels, des fois. 

On dit à la jeune fille d’avoir des rêves, on lui dit de fréquenter, on l’encourage à créer sa petite affaire et à la fin, on est surpris de ce que cela prenne du temps. A partir de trente ans, une femme peut très bien avoir une vie de couple.

Crédit Photo : Anne David/Iwaria

Des frustrations…

En fin de courses, on se retrouve avec des filles pour qui l’ultime objectif est de trouver un mari vaille que vaille, quitte à bafouer le principe le plus élémentaire d’un couple : une union véritablement portée sur l’amour, vers un cœur qui bat au rythme de beaux sentiments ! Les pressions familiales en ont fait des filles malheureuses, et la course à la maternité a fini par détruire la vie de beaucoup de ces jeunes femmes, pourtant au paroxysme de leur féminité !

Crédit Photo : Josebe/Iwaria

Battez-vous les ovaires !

Mesdames, vivez et quand viendra votre prince charmant sur un grand étalon au pelage marron clairsemé de blanc, votre âge n’aura aucun pouvoir, aucune limite à l’amour, aucune barrière aux rêves, aucun frein à une vie de famille heureuse ! Vivez !

Alors, quel âge avez-vous ?

Crédit Photo : Medsile/Iwaria


Tourisme : sous le charme de la reine du Guéra

On me l’a toujours dit, elle est majestueuse, elle est couchée le visage vers les étoiles, vers la profondeur du ciel, elle porte des perles à son cou, elle est lumineuse, elle est charmante, elle veille sur ses enfants par sa stature… Elle, c’est la reine du Guéra ! Je suis allé à sa rencontre et ce jour-là, j’ai compris que le voyage comptait autant que la destination…

La reine du Guéra m’a accueilli 

Ce matin-là à N’Djaména, je n’avais qu’une idée en tête, aller à sa rencontre, aller vers elle. Le bus qui me conduit vers cette magnifique province du Guéra quitta le brouhaha de la capitale aux environs de huit heures du matin le jour de noël, pour se plonger dans la sérénité d’un trajet fait de soleil, d’arbustes, de caravane de bétails… comme un amant qui écrirait l’histoire d’amour de sa vie.

Il nous aura fallu environ six heures de route pour franchir ses frontières. Le paysage est à vous couper le souffle, une légère verdure qui se mêle avec grande harmonie aux multiples chaînes de montagnes qui donnent inévitablement du caractère à ce décor 

Un paysage du Guéra alliant chaînes de montagnes et arbustes/Crédit Photo : Say Baa

La reine du Guéra m’a offert des parades

La province du Guéra est une zone d’élevage d’équin, de bovin et bien d’autres bétails. Des chevaux et des dromadaires étaient parés de la tête aux sabots, leurs maitres étaient habillés de grands boubous et coiffés de turbans. Ils étaient élégants, ils avaient fières allures, ils étaient complices, ils étaient harmonieux… Avec grand cœur, ils nous ont offert d’inoubliables parades. 

Un cavalier sur son cheval/Crédit Photo : Say Baa

La Reine du Guéra m’a nourri

Avec elle, j’ai su tout de suite que les reines étaient bien hospitalières ! Je me suis endormi dans une tente de nomade. Tous les matins, il m’a été offert d’observer un paysage de carte postal avec le levé majestueux du soleil.

Ici, la cuisine est exceptionnelle, la reine du Guéra m’a nourri à l’arachide, au sésame, au lait au thé vert, et surtout au Koumranga. Elle s’est occupée de moi…

Un plat de sauces Tagalia et Koumranga assorties d’une boule de maïs/Crédit Photo : Say Baa

La reine du Guéra m’a bercé de sa musique

Son seul paysage est telle une muse, elle couchée, visage vers le ciel semble invoquer des mélodies inspirées des dieux. Il n’y a qu’à écouter la cantatrice Maman El Djima pour se rendre compte ! Et depuis, des générations s’en souviennent, elles s’inspirent de la simplicité de leur vie. A coup de percussions, et de chants mélodieux, les femmes et hommes du Guéra m’ont honoré !

Un groupe de musique offrant un spectacle en plein air/Crédit Photo : Say Baa

La reine du Guéra m’a offert des étoiles pour aimer de nouveau 

Entre la lune et la reine du Guéra mon cœur balance sous le témoignage des étoiles. Pendant trois jours, le ciel était d’une sérénité perturbante, profondément noir et incroyablement étoilés. Mon cœur était alors animé de nouvelles raisons, des raisons d’aimer d’avantage, d’aimer à cœur ouvert et à corps perdu. Autrement plus !

Minuit; la lune se dressait dans le ciel avec assurance/Crédit Photo : Say Baa

C’est sûr, je retournerai dans ses bras, cette nuit sûrement…

Quand on a fait un aussi bon voyage, quand on a rencontré ces merveilleuses personnes, quand on a vécu en immersion comme un nomade, quand on a gouté aux mets du Guéra, quand il nous a été offert d’admirer ces magnifiques paysages, quand on a observé la reine du Guéra couchée avec majesté, quand les étoiles vous ont tenu compagnie sous la chaleur indéniable d’un feu de bois, vos réminiscences les plus heureuses ne pourront que vous ramenez en ces lieux toutes les nuits tombées. Un peu comme pour vous rappeler que des fois, personne ne vous condamnera d’abuser du bonheur…

La reine du Guéra représente une femme couchée le visage vers le ciel… Crédit Photo : Say Baa

Say Baa


11 idées de cadeaux made in Chad

Que serait la vie sans des petits cadeaux à s’offrir, sans ces regards qui brillent de milles feux face à ce coffret (discret) contenant une petite surprise, face à ces sourires reconnaissants et face aux coeurs qui s’affolent au rythme de l’humanité ?

Souvent, les étrangers qui foulent pour la première fois le sol tchadien témoignent d’une même chose : l’hospitalité ! Et oui, c’est tout un art chez le peuple tchadien d’accueillir un étranger. 

Si l’hospitalité du peuple tchadien ne vous convainc pas à vous installer en terre sao, songez à emporter avec vous quelques souvenirs sympas pour témoigner de la culture de ce pays. Il va de même pour les compatriotes qui se demandent souvent quel cadeau typiquement tchadien ils pourraient offrir à quelqu’un.

Même si quelques expériences peuvent vous marquer négativement, globalement, la chaleur humaine et la joie de vivre auront raison de votre humeur pendant votre séjour au Tchad !

Désormais, vous n’aurez plus d’excuses pour faire plaisir aux gens autour de vous car La Fenêtre Etoilée a établi une liste non exhaustive de quelques cadeaux aux prix très abordables à offrir à vos proches !

Le Doukhane

Le doukhane ou l’encens est un élément indispensable dans les familles tchadiennes. Au-delà du fait que ce soit un désodorisant, il est également utilisé pour des raisons diverses : thérapie, mariage, religion…  

Un petit bocal de doukhane est forcément une bonne idée de cadeau. Surtout s’il est adressé à l’endroit de la femme qui égaye votre vie de sa simple présence ! 

A lire : Doukhane : plus qu’un allié de la maison, une religion

Bocaux de doukhane
Crédit Photo : Annadjib Ramadane

Le Goddon : tissu artisanal tchadien

Il existe au Tchad et plus précisément à N’Djaména une coopérative qui œuvre dans le textile. Basée dans le premier arrondissement de la capitale, cette coopérative vous donne accès à un large éventail de tissus de matières, de couleurs et de motifs différents le tout conçu à la main au Tchad !

Il peut être très intéressant comme cadeau car la personne qui le recevra pourra en faire un accoutrement de son choix !

A lire : Où trouver des tissus Made In Chad à N’Djaména ?

Tissu artisanal tchadien

Le chébé 

Allié incontournable de la beauté au féminin, le chébé est connu pour ses vertus à accélérer la pousse des cheveux. Il reste à ce jour, un des produits cosmétiques made in Chad le plus sollicité à l’international. Même si sa commercialisation reste de l’ordre de l’informel.

En voilà une idée pour sublimer vos cheveux !

Les dattes

Si vous avez la chance de visiter le nord du Tchad, les champs des palmiers dattiers perdus en pleins désert, s’imprégneront dans votre mémoire à tout jamais ! un paradis sur terre. A défaut d’offrir un voyage à un de vos proches dans ces lieux, offrez-lui des dattes !!! Facile à conserver et facile à ranger dans une valise ou même dans un petit sac lors de vos voyages, elles seront idéales pour évoquer de beaux souvenirs autour d’un bon dîner…

Les dattes / Crédit Photo : Wiki Commons

Le clichi et le Charmoute

Je ne vous apprends rien en vous disant que le Tchad est un pays d’élevage par excellence ! Si ? Pour info, en 2016, le pays comptait près de 94 millions de têtes de bétails ! Chèr.e.s amateur.trices de steak, je vous entends déglutir au loin ! Cette abondance de viande a fini par faire du tchadien un expert dans le domaine ! De ce fait, nous avons mille et une façons de déguster la viande entre le charmoute et le fameux clichi !

Le charmoute ou la viande séchée
Crédit Photo : Annadjib Ramadane

Le clichi encore appelé clich/Kilich est de la viande de bœuf découpée en fine lamelles, saupoudrées d’épices, cuites puis séchées. Très croustillant, chaque bouchée est une véritable explosion de saveur. Le clichi peut se conserver pendant plusieurs semaines. Ce qui en fait un bon cadeau surtout pour des expéditions dans des endroits lointains.

Des savoureux clichis/Crédit Photo : Say Baa

Le turban/kadamoul

Le turban, avant de devenir un véritable accessoire de mode est grandement utilisé dans les zones sahélo-sahariennes contre les intempéries telles les tempêtes de sables ,et la chaleur qui peut franchir le seuil de 50°C en journée. Mais la température peut aussi chuter à 5°C la nuit tombée. 

Un turban sur votre tête vous donnera des airs de survivant mais pas seulement. Selon que vous le nouerez, vous voyagerez avec différents styles, de celui du touareg à celui du berbère en passant par la coiffe typique au Tchad. 

Des danseurs arborant des turbans
Crédit Photo : ONPTA

La maroquinerie 

94 millions de têtes de bétails ! Hum, il suffit d’être un peu ingénieux et vous pouvez exploiter de mille façons les produits issus de l’élevage. Au Tchad, l’exploitation de ces produits se fait de façon très traditionnelle. Si cela reste une barrière pour l’économie, c’est d’un autre côté le lieu de découvrir tout le savoir-faire artisanal des tchadiens avec la peau.

Produits artisanaux à base de la peau : sacs, chapeaux, poufs
Crédit Photo : Annadjib Ramadane

Les produits que vous pourrez vous offrir : des sandales, des babouches, des sacs à mains, des portes documents, des poufs… Autant de choses pour vous faire plaisir, mais aussi faire plaisir à vos proches ! Un million d’année plus tard, la personne à qui vous aurez offert ce présent se souviendra toujours de vous parce que vous lui aurez offert un cadeau presque indestructible !

Chaussures artisanales en cuire
Crédit Photo : ONPTA

Les objets de sculpture 

Ils sont nombreux dans les villes tchadiennes, des talentueux sculpteurs pour qui, aucun bois n’a de secret ! Vous avez la possibilité d’offrir des représentations d’animaux du Sahel, des statuettes racontant les sociétés tchadiennes… Ces cadeaux auront leurs places sur un bureau, sur une étagère ou dans un petit coin du salon.

Produits issus d’un savoir-faire sculptural made in Chad
Crédit Photo : ONPTA

Lafaye

Vous avez surement déjà rencontré au détour d’une ruelle, au marché, ou encore dans un bureau des femmes arborant un grand voile. Cette tenue très prisée par les femmes tchadiennes se porte à peu près partout : lors d’une cérémonie, au bureau, à une soirée de gala… C’est toujours une très bonne idée d’emporter partout une part du Sahel sur vous. Vous ne croyez pas ?

Grands voiles conçus au Tchad / Crédit Photo : Sisters Design

Tabak 

Le tabak est un plateau fait à base de feuille de palmier doum utilisé pour disposer de la nourriture. C’était ce qui se faisait le mieux avant que les assiettes faites de toutes sortes de matières envahissent nos tiroirs de rangement en cuisine.

Vous ne pouvez que constater l’augmentation de votre appétit en profitant d’un bon dîner au clair de la lune, disposé sur un joli tabak ! Alors, vous êtes partant ou pas ?

Une femme portant une pile de Tabaks sur la tête / Crédit Photo ONPTA

Le beurre de karité 

Dans le sud du Tchad, les arbres à karité poussent de manière sauvage dans les champs, et font parties des espèces les mieux protégées, pour d’excellentes raisons. D’abord les fruits ! Extrêmement savoureux, ils sont un véritable régal. Mais aussi en raison de ses vertus culinaires ! Au Tchad, on utilise le beurre de karité dans la préparation de différentes sauces. Enfin, le beurre de karité est un produit cosmétique par excellence. Il entretient la peau et les cheveux.

Maintenant que vous savez tout du beurre de karité, je suis curieux de savoir si vous allez l’offrir pour être mangé avec du niébé ou pour votre peau…

Beurre de Karité / Crédit Photo : Wiki Commons

Les éventails 

Vous avez déjà connu de hausses de chaleurs de 50°C sans électricité pour faire fonctionner une climatisation ? Si oui, vous connaissez forcément les éventails, ces anges tout droit venus du ciel pour nous ‘’sauver’’ des incessantes canicules ! Également utilisés comme objets de décoration, les éventails ont différentes allures. Ils sont confectionnés à base de feuilles de palmier doum, de plumages, et autres matériaux, leurs donnant des couleurs extraordinairement élégantes.

Une femme arborant des perles et tenant un éventail en plume
Crédit Photo : Annadjib Ramadane

Kit Bet Fouddah de Kouran Jabo

Ce kit au prix très abordable est à mon avis un cadeau très intéressant à offrir à une famille qui n’a pas accès à l’électricité.

lire à ce propos ce billet

Kit solaire Bet Fouddah

Say Baa


N‘Djaména : une école atypique au rythme de vie des nomades

Depuis deux ans, des jeunes gens ont eu une idée ingénieuse : créer une école qui s’adapterait parfaitement au rythme de vie des nomades, afin que les enfants puissent recevoir une éducation de qualité sans risquer de compromettre leur culture, leur mode de vie.

N’Djaména, entrée sud, sortie sud, c’est comme vous voulez ! Dans le quartier Ngonba, parmi les arbres neem, des tentes apportent une touche particulière au décor naturel de cet espace qui s’étale sur plusieurs hectares. Ici, pendant chaque saison sèche depuis une trentaine d’années, vivent plusieurs communautés de nomades avec leurs bétails : des dromadaires, des bœufs, des moutons…

Une tente de nomades dans le quartier Ngonba à N’Djaména / Crédit Photo : Say Baa

Une romance qui dure depuis quelques décennies

Des familles entières ont pris l’habitude ces dernières décennies de s’installer dans cet espace à la recherche de beaux pâturages pour leurs bétails, jusqu’à ce que la saison des pluies les fasse rebrousser chemin vers un endroit plus chaud, plus adapté pour les dromadaires. Après la période des crues, ils reviendront paitre leurs bétails, vivre dans cet endroit, dans de modestes tentes, au plus près de la nature, en toute liberté…

Avec des enfants à charge

Ce train de vie peut souvent ressembler à un conte de fée : une famille qui voyage sur plusieurs centaines de kilomètres chaque année, avec une passion débordante pour l’élevage. Ce rythme de vie n’a décidément aucun impact sur la maternité. Des enfants naissent dans ces campements ou sur la route du voyage, ils y grandiront et avec un peu de chance, s’y marieront également. Et le cycle se perpétuera sur fond de culture.

Des enfants élevés dans un contexte complexe

Ils sont plusieurs dizaines dans ces campements, aidant leurs parents à tenir un petit commerce, à paitre le bétail et à s’occuper des plus jeunes. A vue d’œil, tout semble bien aller. Mais la plupart de ces enfants n’ont pas d’acte de naissance, tous autant qu’ils sont ne vont pas à l’école. Ceci touche les droits les plus élémentaires des enfants.

Malgré le contexte sociologique qui ne favorise pas toujours l’éducation des enfants et surtout de la petite fille, des jeunes, dans un élan de sacrifices personnels, donnent de leur temps, de leur énergie et de leur passion pour éduquer, penser un nouvel avenir… 

Les élèves des deux classes réunis autour de leurs enseignants / Crédit Photo : Say Baa

Deux jeunes pour qui l’éducation des enfants nomades est un sacerdoce

Dans ce campement de nomades, depuis deux ans, deux jeunes gens spécialisés dans le domaine de l’éducation se sont assignés la mission pressante d’initier ces enfants pleins de rêves en calcul et en lecture avec les moyens du bord.

Ici, il n’y a pas de places au luxe, ni même à la commodité : deux niveaux d’études, CP1 et CP2. Chaque classe à ciel ouvert s’établie sous l’ombrage d’un arbre à neem.

Ici, des nattes en plastique ont remplacé le confort d’un table-banc face à un tableau noir soutenu par le tronc des arbres.

Des enfants recevant des cours en plain air / Crédit Photo : Say Baa

Ici, les enseignants sont dévoués corps, âmes et passion pour établir une sorte d’équité entre tous les enfants vis-à-vis de l’éducation.

Ici, on estime que chaque enfant doit jouir du droit à l’éducation, enfant de riche ou de pauvre, orphelin ou même enfant de nomades.

L’allure des aventures des nomades semble difficile à tenir par moment, car beaucoup de conditions influencent les transhumances. Ce qui fait que souvent, ils ne quittent ou ne reviennent pas tous au même moment. « Actuellement, certaines familles ne sont pas encore de retour sur le campement, ce qui veut dire que certains élèves n’ont pas encore repris les classes », s’inquiète Léornard Gamaïgué, l’initiateur de ce projet.

Un enfant de CP1 apprenant à compter de 1 à 10 sous le regard bienveillant de son enseignant / Crédit Photo : Say Baa

Les difficultés rencontrées dans cette initiative sont nombreuses 

L’engagement de ces jeunes enseignants est certain. Même si des efforts restent à fournir, en deux ans, ils ont dû convaincre quelques parents de permettre à leurs enfants, filles comme garçons, de profiter de cette école improvisée qui n’est pas reconnue par l’Etat.

Dans le même élan, le bénévolat reste le maître mot de cet engagement. Sans frais d’inscription, avoir des fournitures scolaires est un défi à relever de toute urgence car d’ici à l’année prochaine, cette « école de nomade » pourrait s’agrandir, dans une approche de démocratisation de l’éducation.

Say Baa


L’exposition « femmes digitales » suscite des vocations

Dans un contexte complexe où la femme est toujours relayée au second rang, dans un monde pourtant en perpétuelle évolution, l’exposition « femmes digitales » vient mettre en avant les interminables luttes des femmes afin de susciter des vocations…

Quand on y pense 

On est en l’an 2020, dans un pays situé au cœur du continent africain, au Tchad, et plus précisément dans la capitale N’Djaména. De regarder ce monde évoluer à grande vitesse n’attise même plus la curiosité des gens. De voir une femme vice-présidente des États-Unis s’apparente à une grosse blague vue d’ici. De voir des femmes bousculer les codes d’une société machiste ressemble à une déclaration de guerre.

En 2020, nous sommes encore surpris de voir une femme exercer le même métier qu’un homme. Elle, qui a pourtant des rôles bien connus : 

  • Faire la secrétaire dans un bureau minuscule de temps en temps pour sa plastie ;
  • Etre un cordon bleu preuve d’une meilleure éducation ; 
  • Faire des enfants par douzaine, gage de sa féminité…

En 2020, elles sont des milliers à ne pas mettre les pieds dans une salle de classe. Vous savez,  »ce lieu de dépravation de mœurs ». 

En 2020, elles sont des milliers à être excisées au nom des traditions barbares. Sexuellement mutilées pour l’ultime plaisir des hommes qu’elles seront obligées d’épouser à leurs treizièmes anniversaires.

En 2020, on ne s’imagine pas forcément que la femme soit l’agneau sacrificiel de nos déboires. Et pourtant…

En 2020, on ne s’imagine pas devoir réunir des gens pour leur dire que dans le crâne d’une femme, il y a aussi un cerveau, que dans ses veines coule du sang, que dans sa poitrine, il y a un cœur et qu’à bien des égards elle est meilleure que l’homme. Et pourtant…

Le vernissage de l’exposition à l’Institut Français du Tchad 

Le mardi 24 novembre 2020, à l’Institut Français du Tchad, de jeunes gens parcouraient le mur du hall d’entrée de cet espace en sens circulaire dans un silence de cathédrale, regardant et lisant avec attention et des fois presqu’avec étonnement les neufs portraits de femmes du numérique honorées dans cette exposition « femmes digitales », dans le cadre de la sixième édition du novembre Numérique. Elles ont réussi dans un univers dit d’homme, elles portent le foulard et sont ingénieures, elles sont des mères et directrices, elles sont des femmes et PDG !

Tout ce qui dans cette société peut rapidement devenir quelque chose de violent.

Qui sont ces « femmes digitales » ?

1- Falmata Hassana Awada

2- Achta Zakaria Moursal

3- Salma Khalil Alio

4- Sabine Lady

5- Safia Mahamat Youssouf

6- Aicha Adoum Abdoulaye

7- Zamzam Mahamat Djorkode

8- Zoukhourfa Al-Raihana Abakar

9- Debora Edith Ngaba

Témoignage à la génération future 

Pendant quelques jours, ce mur qui abrite les portraits de ces braves femmes sera le mur du possible, le lieu du rêve, un endroit où les jeunes filles pourront semer des graines de l’espoir, une fenêtre entrouverte pour rêver le monde autrement tant dans les opportunités que dans la valeur accordée à la femme par humanisme…


Poème. Diabète, plus une question de mental que d’équilibre

Plusieurs millions de personnes souffrent du diabète dans le monde. Cette maladie chronique se caractérise par une augmentation anormale du taux de sucre dans le sang. Vue comme cela, on jette souvent la pierre aux patients, en les accusant d’avoir le bec sucré. Mais au-delà de ces préjugés, une vie de diabétique n’est jamais une vie de tout repos …

Des années plus tard, je les déteste autant 
Les réveils en sueur, les pics glycémiques injustifiés 
L’épuisement certain face à une vue brouillée 
Moi, hier battant, aujourd’hui éternel patient 

Des années plus tard je n’assume pas 
Les regards inquiétants, ceux compatissants 
Les fatigues extrêmes face au manque d’énergie pesant 
La vie qui chaque jour semble refermer sur moi son appât 

À quel moment est-on arrivé là, finalement ? 
À craindre le sommeil au risque d’un coma glycémique 
À penser que cette nuit pourrait être la dernière ? 
Que les beaux rêves ne garantiront pas notre réveil                                                                                                   

Vu d’ici, les espoirs en médecine ressemblent à un conte de fée
Quand pour conserver mon insuline je n’ai pas accès à l’électricité 
Vu d’ici, perpétuellement, on ressemble aux morts vivants 
Avec un système de santé de plus en plus décevant 

Heureusement quand on est au plus mal comme souvent, 
De belles âmes nous tendent encore la main 
Celles qui partagent nos souffrances tout comme nos sourires
Celles qui nous font de la place dans leurs prières 

Des années plus tard j’ai repeint ma vie de nouvelles couleurs
Couleur bleue, couleur de RESILIENCE
Couleur rouge de glycémie capricieuse
Et Couleur d’espoir pour aimer ce que j’ai face au manque de ce que je n’ai pas… 

Say Baa


Gestion des cimetières au Tchad : quand t’es mort, t’es mort !

A N’Djaména, les espaces dédiés aux inhumations sont mal gérés et souvent très étroits. Face à la croissance démographique de la ville, des cimetières se trouvent vandalisés au nom du développement.  Retour sur cette dévalorisation des lieux de sépulture…

Selon une tradition de l’église catholique, le 1ernovembre de chaque année, l’on honore la mémoire des Saints et tous ceux qui de leur vivant ont vécu dans la fidélité à l’Évangile. Cette tradition qui s’est étendue au-delà du catholicisme est à ce jour un rituel au cours duquel, les gens consacrent du temps à la célébration de ceux qui les ont précédés. C’est le moment, une fois dans l’année de prendre soin de nos morts en souvenirs ou en s’occupant de la salubrité des tombes par exemple.

Cimetière de Ngonba à N’Djaména

Encore faut-il qu’il y ait des tombes pour en prendre soin…

Ce n’est pas parce que certaines personnes nous ont précédé qu’elles ne comptent plus, qu’elles n’ont plus de places dans nos vies comme de leur vivant.

Il faut le dire, la ville de N’Djaména connaît une croissance démographique accélérée du fait de sa jeunesse. Les gens qui habitaient certains quartiers en périphérie de la capitale tchadienne il y a quelques années, se retrouvent à l’étroit.

Si la capitale tchadienne enregistre un fort taux de croissance démographique, il va de même des cas de décès qui se chiffrent à plusieurs dizaines par jour. De toutes les façons, le système sanitaire tchadien est loin d’être un bon élève.

Sacralité du cimetière 

Pour moi, un cimetière n’est pas seulement un lieu où reposent des ossements ou des corps sans vie. Il est un peu plus que cela. Au-delà du fait d’être un lieu de recueillement, c’est un lieu de spiritualité parce qu’on y garde les liens spirituels avec les morts.

Le cimetière de Ngonba
Crédit Photo : Abakar Brahim

C’est le dernier lieu sur terre qui vous rappelle que l’être qui vous est cher y est, le seul lieu où très souvent on prend conscience de combien cette vie est éphémère et que tout n’y est que vanité.

Notre rapport à la mort 

Face à la mort, nous avons des coutumes divergentes, des rites qui varient d’une région à une autre, le tout alimenter par notre rapport à la mort qui est très fort.

Aujourd’hui trois tendances d’enterrement sont représentatives :

1- Confessionnel 

Sobre et simpliste, selon le rituel musulman, l’enterrement doit se faire au plus tard 24h après le décès avant le coucher du soleil si le décès a eu lieu le matin et le lendemain matin si le décès a eu lieu la nuit.

Chez les chrétiens, la procédure funéraire se ressemble du fait qu’elle finit par la mise en tombeau du corps du défunt comme ce fut le cas du Christ après sa mort. Même si l’on peine à trouver de délai exact pour l’inhumation d’un corps, il est toujours conseillé que cela ait lieu le plus vite possible après avoir suivi les rites nécessaires. Ce délai qui va généralement de 24 à 48h permet de justifier le fait que la mort pour le religieux n’est qu’un passage.

Dans la pratique, les funérailles peuvent durer des semaines entières pour diverses raisons liées à l’organisation, au rapatriement du corps…

Ces rites existent également chez les juifs, les orthodoxes, les bouddhistes…

2- Traditionnel

Les cérémonies pour les enterrements varient selon les coutumes et us de chaque région dans le respect de la tradition. Il en est ainsi du temps de recueillement, des heures d’enterrement, de l’inhumation de l’homme, de la femme ou de l’enfant…

3- Communal

Il arrive que des corps sans vie soient retrouvés et dans ce cas, il revient à la mairie de s’occuper de l’inhumation dudit corps, si les proches du défunt ne sont pas retrouvés.

Repose en paix ou repose en cauchemar 

Depuis des années, les cimetières de N’Djaména sont les lieux de tous les cauchemars. Beaucoup de personnes l’ont compris et préfèrent inhumer leurs morts dans leurs villages, souvent à plusieurs centaines de kilomètres de la capitale. Ceci n’est pas à la bourse de tout le monde car le coup financier peut être particulièrement couteux. Choisir de mettre en terre le corps de son proche à N’Djaména c’est autrement lui garantir quelques nuits agitées !

Des cimetières vandalisés avec la bénédiction de l’État 

Il se raconte encore à ce jour, des réminiscences des tombes dans certains quartiers de N’Djaména qui ont fini par disparaître avec la bénédiction de l’État pour de juteux billets de banque ou pour tout autre raison farfelues !

Voici une liste de sites construits sur des cimetières :

1- L’hôtel Ledger Plaza 

L’ancien Kempinski hôtel qui est une chaîne d’hôtels de luxes Suisse d’origine allemande devenu Ledger Plaza est construit sur un ancien cimetière basé dans le quartier Diguel en plein centre de N’Djaména ;

L’hôtel Ledger Plaza se dresse fièrement sur un ancien cimetière
Crédit Photo : Say Baa

2- L’hôtel Hilton 

Le géant américain de l’hôtellerie Hilton, à trouver son bonheur au bord du fleuve Chari dans le quartier Sabangali au détriment des corps qui y reposaient paisiblement ;

L’hôtel Hilton à N’Djaména construit sur un ancien cimetière
Crédit Photo : Say Baa

3- Une partie de l’avenue Taïwan 

L’avenue Taiwan née des tréfonds de la terre a été un site des plus macabres. A coup de pelleteuse, des tombes entières ce sont vues rayées de la carte afin de pousser de l’asphalte à la place. 

4- Le marché de Habbena à Atrone 

A côté de l’avenue Taïwan, l’actuel marché est entièrement construit sur un cimetière. Des pierres tombales ont commencé par disparaître les unes après les autres laissant place aux étales de légumes, de boutiques, de routes…

Le petit marché d’Atrone entièrement installé sur un cimetière
Crédit Photo : Say Baa

5- Entre le palais du 15 janvier et le ministère de la femme

L’espace qui sépare ces deux grandes institutions étatiques était autrefois un cimetière pour enfant. Depuis, des villas y ont poussé, des routes aussi…

Les tombes du cimetière entre le palais du 15 janvier et le ministère de la femme ont été ratissés. Plusieurs routes en terre battues traversent cet espace et des gens y défèquent à longueur de journée
Crédit Photo : Say Baa

6- Le cimetière de Ngonba 

C’est l’un des plus grands cimetières du Tchad avec plusieurs hectares de tombes. Rempli depuis quelques années, cet espace est devenu le lieu des plus sordides envies. Les gens dans le voisinage grignotent de l’espace du cimetière pour en construire des habitations. Vu la cherté des terrains à N’Djaména, c’est une très bonne affaire de trouver une borne de terrain dans ces parages à 01 ou 02 millions de FCFA. 

La route et les maisons d’habitations qui débordent dans le cimetière
Crédit Photo : Abakar Brahim

A ce jour, des gens vivent littéralement dans le cimetière. Des débits de boissons y sont ouverts également de sorte à ce que dans certaines ventes à domicile, les tombes font office de tables.

Une entreprise chinoise de construction aurait lorgné sur ce même cimetière il y a quelques années afin d’y implanter son siège.

Ce sont des réalités qui pour ainsi dire contribuent à dévaloriser l’image des lieux de sépulture.

Les nouvelles dernières demeures 

A ce jour, il y a deux principaux cimetières à N’Djaména. Un cimetière musulman situé à Lamadji qui est sans doute le mieux protégé car il bénéficie d’une clôture partielle sur plusieurs hectares de superficie. 

Le second cimetière est situé à Toukra. Il accueille tous les corps de personnes non musulmanes. Il est déjà rattrapé par les habitations et vivra incontestablement la même situation que celui de Ngonba.

Il existe à Farcha, dans le premier arrondissement de N’Djamena un cimetière dédié exclusivement aux militaires tombés sur les champs des batailles. Les militaires décédés de toutes autre circonstance qu’à la guerre sont le plus souvent inhumés dans les autres cimetières de la ville.

Donner un pouvoir à la mairie dans la gestion des cimetières 

Juridiquement, le cimetière est considéré comme un lieu public faisant partie du domaine public communal ce qui implique que le cimetière

  • Est inaliénable, c’est-à-dire qu’il ne peut être transmis à titre onéreux ou gratuit ;
  • Est incessible ;
  • Est imprescriptible, c’est-à-dire qu’un concessionnaire ne peut jamais en devenir le véritable propriétaire nonobstant l’immobilité́ de la sépulture qui s’y trouve. 

Pour ma part, j’estime que la commune au travers de l’Etat Civil, devrait gérer au mieux les cimetières : la clôture, l’entretien, la surveillance, et pourquoi pas un plan de plantation… afin de veiller à leur aspect esthétique pour les intégrer à l’architecture de la ville.

Un cimetière rempli dans le quartier Ndjari et qui ne bénéficie d’aucun entretien.
Sous ces herbes, des tombes…
Crédit Photo : Say Baa

La commune devrait disposer d’une sorte de police de cimetière afin de réprimander les délits de violation de sépulture et d’atteinte à l’intégrité du cadavre.

Un système bien institutionnalisé permettrait de respecter la mémoire des morts et également d’imposer un peu de décence en ces lieux.

Je crois que l’on ne me traiterait pas de capricieux si j’exprimais mon envie de reposer un jour près de maman, pour que nous ayons la même terre en partage… Définitivement !

En attendant qu’ils trouvent paix où ils sont, nos chers morts !


Tchad : les chauffeurs de gros porteurs, les chauffeurs de l’extrême ?

Le métier de chauffeurs poids lourds reste à ce jour un métier de tous les risques. Entre les routes extrêmement dégradées et les tracasseries douanières se niche un système de traitement salarial des plus indignes. Les chauffeurs de gros porteurs, les chauffeurs de l’extrême ?

Quand j’étais petit, je voyais toujours le monde en rose. Un peu comme dans un film de Disney, boosté à la magie et aux jouets toujours de plus en plus gros et brillants. Dans mon imagination, tout était simple, en fait. Vraiment trop simple !

De temps en temps, mes frères cadets et moi, nous nous faisions conduire pour des courses dans des grosses voitures de marque Toyota. La chance d’avoir eu une maman qui travaillait dans un grand organisme. J’avais fini par développer une grande admiration pour ces chauffeurs que j’appelais affectueusement tontons. Ils étaient bienveillants et semblaient adorer ce travail qui n’était pas toujours de tout repos.

Depuis, j’ai grandi, je n’ai plus 10 ans. Je conduis un joli scooter et, j’ai aussi plus de responsabilités à assumer. Maintenant, je sais que ces chauffeurs étaient de grands hommes !

Dans notre contexte, il y a plusieurs catégories de chauffeurs :

  • D’un côté, il y a ceux qui travaillent pour les organismes, les ONG et les personnalités… Considérés souvent comme les mieux traités en termes d’avantages salariales liés aux différentes missions dans lesquelles ils peuvent être impliqués ;
  • De l’autre côté, il y a une deuxième catégorie. Là, on a à faire aux chauffeurs employés pour conduire des passagers d’un point à un autre. Quelques fois, ces chauffeurs sont les propriétaires de leur propre engin ;
  • Entre les deux catégories, il y a les chauffeurs de gros porteurs. Les chauffeurs de l’extrême. Généralement, ils conduisent des engins imposants et surtout pleins de chargement sur des milliers de kilomètres ! Pour vous donner une petite idée de ce travail extrêmement contraignant, ils peuvent relier la ville portuaire de Douala au Cameroun jusqu’à N’Djaména. Soit environ 2.000 kilomètres de route !

Jusqu’ici, vous vous dites que tout va bien. C’est un travail comme les autres. Mais non, tout ne va bien !

Quel est l’état de la route ?

Les tronçons de routes qui lient les villes entre elles, du Cameroun au Tchad, ne sont pas toujours en très bons états, surtout du côté du Tchad. Souvent, ce sont des nids de poules à perte de vue, de grands trous sur plusieurs centaines de kilomètres, rendant le voyage particulièrement lent et pénible. Il arrive fréquemment que les véhicules s’embourbent ou tombent littéralement à la moindre manœuvre brusque. Ce qui implique à certains endroits de se déplacer à 10 km parfois 5 à l’heure…

Route dégradée
Crédit Photo : Say Baa

Quelle est la durée d’un voyage ?

De Douala à N’Djaména, le voyage peut durer très longtemps. Généralement, il faut entre 2 à 6 semaines de route. En cause, l’état de la route et les tracasseries douanières qui peuvent persister des semaines.

Que transportent ces chauffeurs de l’extrême ?

Le Tchad est un pays enclavé avec aucun accès à la mer. Ce qui fait que tous les produits destinés à la consommation nationale transitent principalement par le port de Douala au Cameroun. ces produits assez variés vont des consommables, de matériels de construction, d’habits… Bref, absolument tout nous vient de ce port ! Nous en sommes complètement dépendants !

Un camion transportant un conteneur et quelques tuyauteries
Crédit Photo : Say Baa

Pour quel salaire, finalement ?

Vu toutes les contraintes liées à la conduite des gros porteurs, on s’imagine tout de suite un salaire de ministre ou alors, au moins, de directeur. Mais non ! La plupart de ces chauffeurs gagnent environ 100.000 FCFA par mois… Comme vous à cet instant, j’étais resté sans voix jusqu’à ce qu’un ancien chauffeur de gros porteurs me le confirme.

Il me dit que souvent, les chauffeurs profitent de ces voyages pour transiter différentes choses allant des marchandises, des meubles, des fruits… A leurs risques et périls, afin de joindre les deux bouts. S’il y a bien des voyages au cours desquels cette manœuvre porte ses fruits, dans d’autres cas, ils en sortent perdant.

Un gros porteur vide quittant N’Djaména pour Douala
Crédit Photo : Say Baa

Le chauffeur se souvenait avec amertume de cette période où sa fierté d’homme et de père avait pris un grand coup :

Le plus dur au-delà des semaines passées loin des siens était justement de rentrer chez soi, retrouver ses enfants qui accourent vers vous sans que vous ne puissiez leur offrir un petit cadeau. Parce que pendant ce voyage, le véhicule est tombé en panne et que vous êtes restés des semaines à le réparer, que vous êtes tombés malade ou que vous avez dû utiliser une partie de l’argent pour vous nourrir… Même si votre épouse vous comprend, ce n’est pas en réalité pour cette vie qu’elle avait signée. Pour un homme, c’est une rude épreuve.