Tchad : les chauffeurs de gros porteurs, les chauffeurs de l’extrême ?

Le métier de chauffeurs poids lourds reste à ce jour un métier de tous les risques. Entre les routes extrêmement dégradées et les tracasseries douanières se niche un système de traitement salarial des plus indignes. Les chauffeurs de gros porteurs, les chauffeurs de l’extrême ?

Quand j’étais petit, je voyais toujours le monde en rose. Un peu comme dans un film de Disney, boosté à la magie et aux jouets toujours de plus en plus gros et brillants. Dans mon imagination, tout était simple, en fait. Vraiment trop simple !

De temps en temps, mes frères cadets et moi, nous nous faisions conduire pour des courses dans des grosses voitures de marque Toyota. La chance d’avoir eu une maman qui travaillait dans un grand organisme. J’avais fini par développer une grande admiration pour ces chauffeurs que j’appelais affectueusement tontons. Ils étaient bienveillants et semblaient adorer ce travail qui n’était pas toujours de tout repos.

Depuis, j’ai grandi, je n’ai plus 10 ans. Je conduis un joli scooter et, j’ai aussi plus de responsabilités à assumer. Maintenant, je sais que ces chauffeurs étaient de grands hommes !

Dans notre contexte, il y a plusieurs catégories de chauffeurs :

  • D’un côté, il y a ceux qui travaillent pour les organismes, les ONG et les personnalités… Considérés souvent comme les mieux traités en termes d’avantages salariales liés aux différentes missions dans lesquelles ils peuvent être impliqués ;
  • De l’autre côté, il y a une deuxième catégorie. Là, on a à faire aux chauffeurs employés pour conduire des passagers d’un point à un autre. Quelques fois, ces chauffeurs sont les propriétaires de leur propre engin ;
  • Entre les deux catégories, il y a les chauffeurs de gros porteurs. Les chauffeurs de l’extrême. Généralement, ils conduisent des engins imposants et surtout pleins de chargement sur des milliers de kilomètres ! Pour vous donner une petite idée de ce travail extrêmement contraignant, ils peuvent relier la ville portuaire de Douala au Cameroun jusqu’à N’Djaména. Soit environ 2.000 kilomètres de route !

Jusqu’ici, vous vous dites que tout va bien. C’est un travail comme les autres. Mais non, tout ne va bien !

Quel est l’état de la route ?

Les tronçons de routes qui lient les villes entre elles, du Cameroun au Tchad, ne sont pas toujours en très bons états, surtout du côté du Tchad. Souvent, ce sont des nids de poules à perte de vue, de grands trous sur plusieurs centaines de kilomètres, rendant le voyage particulièrement lent et pénible. Il arrive fréquemment que les véhicules s’embourbent ou tombent littéralement à la moindre manœuvre brusque. Ce qui implique à certains endroits de se déplacer à 10 km parfois 5 à l’heure…

Route dégradée
Crédit Photo : Say Baa

Quelle est la durée d’un voyage ?

De Douala à N’Djaména, le voyage peut durer très longtemps. Généralement, il faut entre 2 à 6 semaines de route. En cause, l’état de la route et les tracasseries douanières qui peuvent persister des semaines.

Que transportent ces chauffeurs de l’extrême ?

Le Tchad est un pays enclavé avec aucun accès à la mer. Ce qui fait que tous les produits destinés à la consommation nationale transitent principalement par le port de Douala au Cameroun. ces produits assez variés vont des consommables, de matériels de construction, d’habits… Bref, absolument tout nous vient de ce port ! Nous en sommes complètement dépendants !

Un camion transportant un conteneur et quelques tuyauteries
Crédit Photo : Say Baa

Pour quel salaire, finalement ?

Vu toutes les contraintes liées à la conduite des gros porteurs, on s’imagine tout de suite un salaire de ministre ou alors, au moins, de directeur. Mais non ! La plupart de ces chauffeurs gagnent environ 100.000 FCFA par mois… Comme vous à cet instant, j’étais resté sans voix jusqu’à ce qu’un ancien chauffeur de gros porteurs me le confirme.

Il me dit que souvent, les chauffeurs profitent de ces voyages pour transiter différentes choses allant des marchandises, des meubles, des fruits… A leurs risques et périls, afin de joindre les deux bouts. S’il y a bien des voyages au cours desquels cette manœuvre porte ses fruits, dans d’autres cas, ils en sortent perdant.

Un gros porteur vide quittant N’Djaména pour Douala
Crédit Photo : Say Baa

Le chauffeur se souvenait avec amertume de cette période où sa fierté d’homme et de père avait pris un grand coup :

Le plus dur au-delà des semaines passées loin des siens était justement de rentrer chez soi, retrouver ses enfants qui accourent vers vous sans que vous ne puissiez leur offrir un petit cadeau. Parce que pendant ce voyage, le véhicule est tombé en panne et que vous êtes restés des semaines à le réparer, que vous êtes tombés malade ou que vous avez dû utiliser une partie de l’argent pour vous nourrir… Même si votre épouse vous comprend, ce n’est pas en réalité pour cette vie qu’elle avait signée. Pour un homme, c’est une rude épreuve.

Partagez

Auteur·e

lafenetreetoilee

Commentaires

PULCHERIE koïbla
Répondre

Hummmm

lafenetreetoilee
Répondre

Il ya de quoi ...