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N’Djaména : le fructueux business du maraichage dans le lit du fleuve Chari

Vers le mois de mars, lorsque l’eau du fleuve Chari quitte son lit naturel pour diverses raisons liées au changement climatique, il devient un lieu propice pour diverses activités plus ou moins lucratives. Des femmes et des hommes arpentes alors ses abords pratiquer le maraichage en tous genres.

Le fleuve Chari prend son origine de la RCA en traversant une bonne partie du Tchad jusqu’à se jeter dans le lac Tchad sur environ 1.200 km. Il joue un rôle très important dans l’agriculture (les cultures de contre saison), l’élevage (pour les transhumants) et la pèche.

Vers le mois de septembre chaque année, le fleuve Chari connaît de grandes crues qui peuvent avoir des conséquences désastreuses pour les habitations environnantes. C’est ce qui arrive souvent dans la capitale tchadienne.

Planchers de plantes de poivrons / Crédit Photo : Say Baa

N’Djaména et l’agriculture urbaine 

Il fut un temps où l’agriculture était pratiquée à l’intérieur même de la capitale tchadienne. A cette époque, il n’y avait pas autant de population dans la ville et les quartiers environnants étaient plus utilisés comme des champs pour la culture du millet, du maïs, du riz, du concombre…

Cette pratique a longtemps persisté dans certaines cours de maisons où en saison des pluies, quelques pieds de maïs sont plantés ci et là, un peu d’oseille dans un coin de la maison, des plantes de tomates…

Crédit Photo : Say Baa

Les sites de culture et leur mise en valeur 

Les sites de maraichage s’étendent sur plusieurs kilomètres le long du fleuve Chari qui passe par la capitale du Tchad. Des deux côtés du fleuve, plusieurs hectares de parcelles de cultures de tous genres poussent chaque année en cette période de Bakara à Farcha en passant par Walia et Sabangali.

Le lit du Chari, riche en alluvions, favorise la culture maraichère avec à proximité l’eau du fleuve pour l’arrosage. 

Au besoin, certaines parcelles sont renforcées avec des engrais organiques pour maximiser la production.

Les produits issus de la culture maraichère du fleuve Chari

Très souvent ce sont des légumes qui sont cultivés dans le lit du Chari. Particulièrement prisés pour leurs récoltes qui se font de manière plus ou moins rapide. Généralement deux mois suffisent pour récolter les premiers produits.

Toutefois, d’autres denrées alimentaires comme le manioc et le maïs y sont également cultivées à plus petite échelle.

Il faut rappeler que ce sont des jardinages sur des parcelles sous irrigation manuelle en utilisant l’eau du fleuve ou en creusant un puit à proximité qui généralement n’excèdent pas trois mètres de profondeur. L’irrigation se fait par aspersion au moyen d’arrosoirs.

Crédit Photo : Say Baa

La contribution de la culture maraichère au développement rural 

Ils sont nombreux, jeunes femmes et hommes à se lancer dans le business du maraichage au bord du fleuve Chari. Bien que les risques encourus comme le vol, la dévastation du jardin par des hippopotames, l’engloutissement des espaces cultivables par de grandes eaux de pluies… soient grands, ce business n’en reste pas moins lucratif.

En termes d’apport brut en argent, un jardinier peut en cinq mois faire un chiffre d’affaires qui s’élève à plus d’un million de francs CFA. Une planche de 10 mètres de légumes pouvant se vendre à 50.000 FCFA.

Au-delà de l’apport monétaire, le maraichage développé dans le lit du fleuve Chari contribue à alimenter les marchés de N’Djamena de légumes sains et de qualité pendant au moins la moitié de l’année.

Crédit Photo : Say Baa

La gestion du capital foncier : cas du lit du fleuve Chari

Au Tchad, la terre appartient à l’État. Mais coutumièrement, la terre appartient à un clan, à un grand-père qui le cède à son fils qui le lègue aux siens… Cette attribution foncière ne s’applique pas au lit du fleuve Chari car il n’appartient à personne en particulier. Toutefois, depuis que plus de personnes ont pris l’habitude de cultiver au bord du fleuve, des petites tensions ne cessent de naître pour des questions de territoire et d’ancienneté sur les lieux.

Un puit d’eau d’à peine deux mètres de profondeur / Crédit Photo : Say Baa

La commercialisation et le circuit de distribution 

Des commerçantes ont l’habitude d’aller au bord du fleuve et commander les légumes dont elles ont besoin pour leur commerce quand ce ne sont les jardiniers qui le leur apporte au marché.

D’autres jardiniers ont opté pour une approche différente, proposant leurs produits aux restaurateurs. De cette façon, chaque jour, ils livrent les produits directement dans les restaurants respectant la quantité commandée.

En attendant qu’un des légumes cultivés au bord du fleuve Chari finissent dans nos assiettes, laissons-nous tenter par une balade dans les parcelles de jardins sous le regard bienveillant du fleuve…

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Auteur·e

lafenetreetoilee

Commentaires

JEAN-CLAUDE JUGAN
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Excellent reportage qui me ramène des décennies en arrière... J'ai connu ces maraichages le long du Chari et durant des années j'ai consommé ces produits que l'on retrouvait au marché... De très bons souvenirs... Merci !

lafenetreetoilee
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Content d'avoir pu aider à vous rémomorer ces beaux souvenirs !
En attendant je mange un bon plat de karkandji (oseille) cultiver dans le lit du Chari !!!