Les étudiants tchadiens au Cameroun, entre agressions et assassinats

Cette nuit-là, à Yaoundé, je devais assister à une petite fête qu’organisait une amie pour son anniversaire. Au moment de sortir de ma cité universitaire, j’avais le sentiment qu’il me manquait quelque chose. Ce quelque chose c’était une arme, n’importe quoi qui me ferait me sentir en sécurité ! Oui, j’étais vulnérable alors je me suis armé d’un petit couteau Suisse. Cette fois, sûr de moi. Mais mon petit frère qui était témoin de mon désarroi, s’esclaffa car il ne comprenait pas comment je pourrais me défendre en cas d’agressions avec un couteau Suisse alors que les agresseurs sont réputés pour leur prodigieuse capacité à manier des machettes divinement aiguisées ? Bon, quand j’y pense, il n’avait pas tort ! Mais ce petit couteau c’était mieux que rien du tout…

A peine me suis-je installé à Soa à Yaoundé qu’on me racontait des lugubres histoires qui agitaient le quartier universitaire : un jour un étudiant et sa copine furent agressés et abusés sexuellement, il y a quelques mois à peine on découvrit le corps sans vie d’un étudiant dans la broussaille… J’avoue que je ne voulais pas céder à la psychose mais la paranoïa s’est définitivement installée en moi ce jour-là. C’était à l’approche des examens de fin de semestre, généralement en cette période le campus universitaire est vide et certains étudiants en profitent pour aller réviser dans les amphithéâtres. Il était 8h du matin lorsqu’une étudiante qui se rendait au campus a été agressée à coups de machette pour son sac à main qui contenaient ses cours, un vieux cellulaire et un billet de 2.000 FCFA le tout à une quinzaine de mètres à peine de ma cité… Heureusement, la jeune fille s’est tirée d’affaire avec une légère coupure sur le bras.

Cette histoire m’a conforté à l’idée que dans la plupart des campus universitaires du Cameroun, non seulement il y a des agresseurs mais aussi de véritables apprentis « Jack l’éventreur » complètement sournois qui sèment la terreur sans vraiment s’angoisser de ce que pourrait faire la police !

Désormais, c’est devenu une habitude que chaque année, des étudiants soient agressés et tués sans que les bourreaux ne soient mis aux arrêts.

A lire :

Marijuana : la nouvelle bévue de certains étudiants tchadiens au Cameroun

La sécurité dans les villes

Les policiers camerounais ne courent pas les rues. Sauf quand il s’ agit de faire de la vie des étrangers un véritable cauchemar en leur escroquant des sous sur les routes nationales au mépris du principe de la libre circulation des biens et des personnes chèrement défendu par la CEMAC. Ce laxisme offre une faille en or pour les agresseurs qui sèment des cadavres ci et là avec une prodigieuse longueur d’avance sur la procédure d’investigation.

Bien souvent, les jeunes qui vont au Cameroun pour des raisons d’études vivent en toute autonomie. En cas de pépins, ils veillent les uns sur les autres mais cela n’est pas toujours suffisant dans des villes où des gens sans scrupules peuvent agresser, violer et tuer tout aussi bien à 8h du matin qu’à minuit. Tout de même, la recrudescence de la violence se fait sentir les nuits : aux détours d’une ruelle mal éclairée, au croisement d’une route dans un quartier paumé, à la sortie d’une boite de nuit ou d’un bar…

La sécurité sur le campus

La sécurité (agents de sécurités) sur le campus est très fragile. Et là encore il faut rappeler que certaines universités en sont dépourvues. Les rares agents qu’on rencontre sur les campus sont en charge de garder les bâtiments administratifs.

L’université de Yaoundé 2 possède une unité d’agents de sécurité dénommée Police Campus. Cette unité est en charge de la sécurité sur le campus (uniquement) de jour comme de nuit. Sauf que cela n’a pas empêché les assassins de sévir lorsque qu’avec effroi, les étudiants ont perdu une des leurs. Assassinée le 1er juillet 2020 à coups de couteau aux alentours de 20h à Soa. Elle n’est malheureusement pas la première victime comme le témoigne le magazine Koaci. Et mon avis sur la question est que certains de ces assassins seraient des étudiants.

Je m’explique : lors de ses patrouilles de nuit, la Police Campus n’effectue pas de fouilles au corps par contre, elle demande systématiquement à voir une carte d’étudiant, laquelle présentée, vous permet de circuler librement peu importe l’heure. Si l’on suit cette logique, un étudiant qui aurait des macabres intentions munie de sa carte pourrait tendre un guet-apens à n’importe quelle heure et à n’importe qui sur le campus même de l’université.

La sécurité dans les cités universitaires

Certaines cités universitaires ont des gardiens qui veillent à la tranquillité et à la sécurité (chose que je ne saurais apprécier) des locataires. Bien évidemment ce supplément offert par les bailleurs augmente logiquement le tarif mensuel du loyer. Mais quand on se penche sur les réalités du terrain, souvent le dispositif sécuritaire des mini-cités ressemble fortement à un ballon de baudruche.

Le danger se trouve hors des cités, dans ces rues souvent lugubres, mal famées et diaboliquement sombres ! C’est là que se passe les crimes les plus crapuleux !

Des étudiants tchadiens seuls et vulnérables

Bien souvent, les jeunes qui vont au Cameroun pour des raisons d’études vivent en toute autonomie. En cas de pépins, ils veillent les uns sur les autres mais cela n’est pas toujours suffisant dans des villes où des gens sans scrupules peuvent agresser, violer et tuer tout aussi bien à 8h du matin qu’à minuit.

La passivité de la représentation diplomatique tchadienne au Cameroun

Pays amis de très longue date, le Tchad et le Cameroun partagent beaucoup de réalités communes sur le plan sociologique, historique et institutionnel. Ainsi, en territoire camerounais, se trouve le consulat du Tchad basé dans la ville de Garoua et l’ambassade à Yaoundé dans la capitale.

Ces institutions diplomatiques sont totalement impuissantes face aux violences que subissent nos étudiants. A chaque fois qu’elles sont intervenues dans une affaire où il y a mort d’homme, c’est pour aider à rapatrier les corps sans vies au Tchad dans une posture totalement atone. De quoi nourrir la vulnérabilité toujours croissante des étudiants abandonnés à leur propre sort.

Ce phénomène qui devient un véritable problème de société sème la terreur dans les villages universitaires sous le regard impuissant des étudiants mais aussi et surtout des autorités en charge de la sécurité constituées de la police régulière et de la police des campus.

Pour éviter de se retrouver à la morgue ou à l’hôpital pour agression physique, il est impératif de :

  • Sortir de chez soi accompagné d’au moins une personne ;
  • Signaler sa position a une personne de confiance à chaque sortie ;
  • Eviter ou limiter les sorties nocturnes ;
  • Eviter la nuit tombée de se retrouver seul dans un taxi ou derrière un moto-taximan ;
  • Suivre un cours de self défense…
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Auteur·e

lafenetreetoilee

Commentaires

Philologue
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Vraiment... Cette situation désastreuse va croissante. Les autorités en charges doivent trouver impérativement la solution car ceci met la vie de beaucoup de compatriote en danger.
En fin mars dernier, j'étais également victime de cette brutalité dans la ville de Dschang aux environ de 19h lorsque je rentrait chez moi. Dieu merci, le pire est épargné. J'ai eu juste des écorchures suite à la lutte entre eux et moi.....

lafenetreetoilee
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Nous espérons que les autorités compétentes prendront des décisions fermes vis-à-vis de la situation.
En attendant, faites très attention à vous! Prenez bien soin de vous!