N'Djaména : la guerre des moustiques

La saison des pluies à N’Djaména est aussi celle des moustiques et avec eux des maladies qu’ils apportent. Face à cette situation sanitaire grave, une seule solution : la guerre. Et je ne plaisante même pas !


En cette saison des pluies qui s’étale de juin à septembre, je dois avouer que j’exècre au plus haut point les insolentes inondations dans mon quartier. Les flaques d’eau qui peuvent stagner des mois durant, mélangées aux ordures, aux matières fécales humaines et à toutes les canalisations des douches et autres déchets ménagers constituent de véritables points de prolifération de mouches, de bactéries de tout genre et de moustiques plus précisément des anophèles à l’origine du paludisme qui est une des principales cause de mortalité au Tchad.

Cette invasion aux conséquences avérées de moustiques pousse les habitants de la capitale tchadienne à prendre des mesures pour ne pas contracter des maladies et des infections… Des mesures qui ne sont pas toujours efficaces car même si l’on a pris l’habitude de dormir dans des moustiquaires, de pulvériser nos chambres d’insecticides, il n’y a toujours pas de solutions pour nos rues toujours inondées nous obligeant à disputer le passage avec les crapauds, les matières fécales flottantes et tout genre de déchets…

Un enfant traversant une flaque d’eau dans un quartier de N’Djaména
Crédit Photo : Say Baa

Pour avoir vécu dans plusieurs quartiers de N’Djaména, je peux vous assurer que la situation est grave !

Et c’est aussi le lieu de dire que les moustiques ont évolué, ils sont devenus plus résistants, plus coriaces et les anophèles définitivement plus mortels.

Normalement les moustiques prolifèrent par saisons mais dans certains quartiers de N’Djaména, ils sont omniprésents et n’agissent pas toujours de la même manière ! La grande victime que je suis est devenue un expert en moustique… Et de ce fait, je me dois de vous les présenter.

Quand les moustiques s’adaptent à leurs environnements

Dans le quartier Paris-Congo, où les caniveaux ne s’écoulent jamais, je peux vous assurer que les moustiques font de la gym… Ils ont des biceps bien développés et peuvent soulever la moustiquaire à la seule force de leurs bras avant d’y entrer et passer toute la nuit avec vous ! Je vous laisse imaginer les dégâts…

Un petit canal où prolifèrent les moustiques
Crédit Photo : Say Baa

Au quartier Moursal, ils sont tellement malins que je suis convaincu qu’ils portent des cache-nez et des masques. La preuve, impossible de les tuer avec un insecticide ! Autant dire que vous signez avec eux un pacte à vie !

Les produits répulsifs semblent bien marcher dans le quartier Dembé sauf que les moustiques finissent tous par ressusciter au bout de la troisième heure ! Pendant ce temps au quartier Diguel les insecticides ont un effet de drogue sur les moustiques. Ils planent littéralement et au bout de deux heures, ils sont tous prêts à chanter en chœur dans vos oreilles comme dans un film de Bollywood.

Les Moustiques du quartier Chagoua ressemblent à l’invasion de l’armée tchadienne contre la Libye pour la récupération de la bande d’Aouzou. Impitoyablement agressifs !

A Walia, ils sont sournois comme un cancer. Le temps que vous-vous rendiez compte, le paludisme dans votre organisme est déjà à 4 croix !

Dans la plus part des quartiers périphériques de N’Djaména, les moustiques sont encore en stage professionnel à cause de la faible densité de la population mais ne vous méprenez pas, ils peuvent vous envoyez vite fait à l’hôpital pour un plus ou moins long séjour !

Maintenant que vous connaissez les moustiques selon les quartiers, laissez-moi vous prodiguer un dernier conseil : Si vous ne voulez pas repeindre le mur de votre WC (à la tchadienne avec un trou ouvert) de vos matières fécales à coups de sursauts ou « d’auto grandes fessées » à cause des piqûres de moustiques, É-VI-TEZ de déféquer de 18h 30mn à 07h 00 !!! Et si vous avez une diarrhée pendant ce temps ? Et bien si vous êtes un croyant, entre nous, c’est le moment de réciter quelques prières même si elles n’ont aucun rapport avec les moustiques… Et honnêtement, c’est à peine si j’exagère !

Une femme enceinte couchée dans une moustiquaire
Crédit Photo : Allan Gichigi / Flickr

Comment vit-on avec l’un des insectes les plus tueurs au monde ?

Ces insectes diptères ont fait de nos vies un véritable calvaire. Chaque jour on enregistre de nombreux décès dus au paludisme au Tchad. Les plus concerné•es étant les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes.

Test de paludisme sur un enfant
Crédit Photo : Flickr

Finalement, pour se protéger des piqûres de moustiques, les tchadiens utilisent des produits qui ne sont pas sans dangers pour l’organisme humain. Il s’agit :

  • Des insecticides pulvérisables qui peuvent créer des lésions pulmonaires à causes de leurs compositions contenants de produits chimiques ;
  • Des crèmes anti-moustiques susceptibles de créer des problèmes dermatologiques ;
  • Les moustiquaires imprégnées de produits très irritants pour la peau et les yeux pendant les premiers jours d’utilisation…

Même si des sommes colossales sont déboursées chaque année par le gouvernement et les organisations internationales pour lutter contre le paludisme, il n’en reste pas moins que le détournement et les pratiques peu orthodoxes de certaines institutions étatiques mettent à mal l’objectif d’éradication de cette maladie au Tchad. Il en ainsi de la douane qui en 2016 avait bloqué 21 conteneurs de moustiquaires pour des raisons inexpliquées.

Et plus souvent, ces moustiquaires destinées à une distribution gratuite se retrouvent sur les marchés à des prix qui ne sont pas toujours à la bourse de tous les tchadiens.

Selon le Programme National de Lutte contre le Paludisme au Tchad :

En termes de mortalité, il représente 15% de tous les décès enregistrés dans les structures sanitaires. On voit donc que l’affaire est sérieuse. Mais, on sait que les statistiques officielles sont en deçà de la réalité des dégâts causés par le paludisme au Tchad, parce que tous les cas ne sont pas déclarés au niveau des formations sanitaires.

Source : RFI

À force d’être victime des moustiques, tout le monde est devenu « médecin »

Aujourd’hui, tout le monde trouve normal de tomber malade du paludisme au moins une fois par an. C’est devenu une routine ! Et vu la multitude d’antipaludéens disponibles sur nos marchés, chacun fait de l’automédication se basant sur la montée de fièvre qui est très souvent une des caractéristiques du paludisme sans savoir s’il y a d’autres maladies sous-jacentes à ce symptôme. Et ces personnes se retrouvent souvent avec un palu mal traité qui peut engendrer une multitude de problèmes tels que l’anémie sévère, le neuropaludisme, l’insuffisance rénale et hépatique…

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), près de la moitié de la population mondiale est exposée à cette maladie. En 2017, 219 millions de cas cliniques de paludisme ont été observés dans le monde et 435 000 ont entraîné le décès des personnes atteintes.

Source

Pour tirer votre épingle du jeu, il est impératif de passer régulièrement le test du palus surtout si vous être fréquemment exposés aux piqûres des moustiques. Et gardez à l’esprit que les enfants et les femmes enceintes sont très vulnérables alors, gardez-leur une attention particulière.

Prise de température sur un enfant atteint de paludisme
Crédit Photo : Flickr

Evitez les médicaments de la rue même si ce sont d’antipaludéens. Rendez-vous dans les pharmacies où les produits sont mieux conserver et avec un effet curatif efficace.

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Auteur·e

lafenetreetoilee

Commentaires

Dr K.
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le pedigree des moustiques par quartier m'a fait mourir de rire. Entre les moustiques Rambo et les apprentis stagiaires c'était très drôle. Malheureusement cette situation est commune a plusieurs pays de la région et le constat est toujours le même. Attraper le paludisme est devenu d'une telle banalité dans nos contrées.

lafenetreetoilee
Répondre

hahaha il n'y avait pas d'autre manière (pour moi) de décrire ces moustiques! Ils arrivent même littéralement à me faire faire des cauchemars... En attendant d'avoir un véritable plateau pour une meilleure prise en charge, on croise les doigts...